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Actualités - Chronologie

"J'ai bu un grand verre d'alcool mélangé à du foie humain"

Le bilan du régime de terreur imposé par Pol Pot et les Khmers rouges aux Cambodgiens de 1975 à 1979 a été estimé ces dernières années à plus d’un million de morts, peut-être deux, soit le quart de la population du pays transformé alors en camp d’extermination. Près de vingt ans après la chute des polpotistes, il est encore difficile d’évaluer le nombre de personnes ayant été sommairement exécutées, ou ayant succombé à l’épuisement causé par le travail ou les marches forcés, à la maladie, la torture, ou la faim. Aujourd’hui à Phnom Penh, il est pratiquement impossible de rencontrer un adulte qui n’ait pas perdu à l’époque plusieurs membres de sa famille. Le roi Norodom Sihanouk déplore lui-même la perte de 14 de ses enfants et petits-enfants morts dans des conditions atroces. La tragédie a été révélée par des réfugiés qui avaient réussi à échapper au massacre dès l’automne 1975, soit six mois après la prise de Phnom Penh par les Khmers rogues. A leur arrivée au pouvoir, les nouveaux dirigeants, porteurs d’une utopie agraire démentielle, contraignirent plus de deux millions d’habitants de Phnom Penh, vieillards, infirmes, enfants ou malades y compris, à quitter la ville pour se consacrer surtout aux travaux des champs. L’exode forcé n’épargna aucune agglomération. Travaillant jusqu’à la limite de leurs forces et soumis à des déplacements épuisants, les Cambodgiens, sous-alimentés et vivant dans des conditions sanitaires désastreuses, succombèrent par milliers. Intellectuels, religieux, collaborateurs de l’ancien régime furent éliminés en grand nombre. Le principe d’une épuration avait été arrêté dès juillet 1976. Les grandes purges prirent de l’ampleur en 1977 avant de connaître une recrudescence en mai 1978. «J’ai personnellement participé à l’exécution de 5.000 personnes», avoua Chong Bo, un ancien Khmer rouge réfugié en France en 1976. «Ils étaient mis à mort à coups de pioche dans la tête». Ces massacres eurent lieu en plusieurs fois dans deux provinces en septembre 1975, selon ce témoin. Un autre jeune Khmer rouge, Nuon Sary, âgé de 16 ans, avouera avoir participé en juin 1978 à la tuerie de 10.000 personnes convaincues d’être pro-vietnamiennes. «J’ai bu un grand verre d’alcool mélangé à du foie humain, et après j’ai tiré toute la journée», déclara-t-il un an plus tard. L’un des plus macabres vestiges de l’époque khmère rouge est la prison de Tuol Sleng, à Phnom Penh, aujourd’hui transformée en «Musée du génocide» où furent interrogés et torturés, de 1976 à 1978, 14.000 à 20.000 contre-révolutionnaires avant d’être tués dans un champ voisin. Sept détenus seulement ont survécu au «Centre d’interrogation S-21», nom de Tuol Seng. Les instruments de supplice y sont exposés: à côté de la matraque, des électrodes, des tuyaux de caoutchouc, des fils électriques, des badines de bambou. Les clichés insoutenables témoignent de ce qu’ils pouvaient infliger aux chairs (visages réduits en bouillie sanglante, plaies béantes). Ces exactions sont jusqu’à nos jours restées impunies. Lors du «procès de Phnom Penh», organisé par le régime pro-vietnamien en 1979, Pol Pot, le numéro un du régime et son bras droit, Ieng Sary, ont été condamnés à mort par contumace, «pour des actes criminels avec intention de commettre un génocide», sentence qui est restée sans suite. En juillet 1997, Pol Pot a été «condamné à mort» pour «trahison» par ses propres lieutenants lors d’un «procès» organisé à Anlong Veng, dernier bastion de la guérilla dans le nord du Cambodge, récemment tombé aux mains des forces gouvernementales. Selon les observateurs, ce procès était destiné avant tout à amender les Khmers rouges désireux de réintégrer la scène politique cambodgienne. (AFP)
Le bilan du régime de terreur imposé par Pol Pot et les Khmers rouges aux Cambodgiens de 1975 à 1979 a été estimé ces dernières années à plus d’un million de morts, peut-être deux, soit le quart de la population du pays transformé alors en camp d’extermination. Près de vingt ans après la chute des polpotistes, il est encore difficile d’évaluer le nombre de personnes ayant été sommairement exécutées, ou ayant succombé à l’épuisement causé par le travail ou les marches forcés, à la maladie, la torture, ou la faim. Aujourd’hui à Phnom Penh, il est pratiquement impossible de rencontrer un adulte qui n’ait pas perdu à l’époque plusieurs membres de sa famille. Le roi Norodom Sihanouk déplore lui-même la perte de 14 de ses enfants et petits-enfants morts dans des conditions atroces. La tragédie a...