Des commissions vont s’attaquer aux trois dossiers cruciaux dont dépend grandement le succès ou l’échec de la paix en Ulster: le désarmement des groupes paramilitaires catholiques et protestants, la libération anticipée de prisonniers dits «politiques», et la refonte d’une police décriée. L’accord de 69 pages prévoit un désarmement total de toutes les organisations paramilitaires représentées par des partis ayant souscrit à l’accord historique conclu vendredi, l’IRA et les deux grandes milices protestantes (UDA-UFF et UVF). La commission ad hoc disposera de deux ans, à compter des référendums qui doivent valider la paix, au nord et au sud de l’île, le 22 mai. Mais dès la fin juin, Londres et Dublin sont censés établir leur plan d’action pour éliminer la capacité de destruction de ceux qui ont mis à feu et à sang la province, 29 années durant. Mais la tâche préparée par le général canadien John de Chastelain s’annonce des plus délicates. Le bon vouloir des groupes armés est requis à défaut de mesures coercitives. Deux scénarios sont envisagés pour neutraliser les quelques centaines de paramilitaires. Le groupe le mieux armé, l’IRA, disposerait de deux tonnes de Semtex, un explosif particulièrement puissant, d’environ 650 fusils AK47, de mortiers et de lance-grenades. Dans le premier cas, les milices révèlent progressivement leurs caches d’armes. Dans le second, elles se chargent de détruire leurs fusils et leurs explosifs, avant d’accepter des contrôles a posteriori. Les autorités toutefois ne nourrissent guère d’illusion sur la capacité des uns et des autres à reconstituer leur arsenal. Qui plus est, armes de poing et explosifs artisanaux à base d’engrais potentiellement meurtriers resteront facilement disponibles, pour longtemps. Les crimes terroristes Enfin, échappent à l’accord des extrémistes des deux bords: trois dissidences de l’IRA – l’INLA, la Continuité de l’IRA (ex-CAC), et Comité des 32 nouvellement constitué – et la LVH dans le camp loyaliste. Tous sont déterminés à poursuivre le carnage qui a déjà fait 3.200 morts. Le sort des détenus a été l’objet d’ultimes tractations qui, de l’aveu même du président américain des pourparlers, George Mitchell, ont failli faire capoter l’accord. Ils sont quelque 242 protestants loyalistes et 236 catholiques républicains à être incarcérés au Maze, le premier pénitencier d’Europe pour «crimes terroristes». Leur adhésion au processus est à ce point essentielle que Mo Mowlam, le ministre à l’Irlande du Nord, a rencontré en prison les loyalistes en janvier, un des gestes les plus audacieux pour arracher la paix. Seuls seront élargis d’ici l’an 2000 ceux qui professent la fin de la violence. Les premiers bénéficiaires de la clémence pourraient être les condamnés au titre des lois d’exception (Emergency Provisions Act) autorisant le jugement sans jury. Sont candidats à l’élargissement: Patrick Magee, l’homme qui a failli tuer le premier ministre Margaret Thatcher à Brighton en 1984, ou encore Sean Kelly, dont la bombe dans une poissonnerie de Belfast a tué neuf personnes en 1993. Les républicains qui seraient maintenus en prison pourraient bénéficier d’un transfert d’Ulster vers l’Irlande, le Sinn Fein refusant de devenir le geôlier de ses «détenus politiques». La troisième et dernière commission doit envisager une réforme de la police d’Irlande du Nord, le Royal Ulster Constabulary (RUC). Accusée de partialité et parfois de collusion avec les paramilitaires protestants, elle est honnie des catholiques. L’une des principales caractéristiques de la force composée à près de 90% de protestants est sa taille, démesurée par rapport à la population: 8.454 policiers, auxquels il convient d’ajouter 4.326 réservistes, assurent la sécurité d’une population de 1,6 million d’habitants. Parallèlement, le gouvernement britannique s’est engagé vendredi à réduire aussi vite et autant que possible le contingent de forces de sécurité en Irlande du Nord, et notamment celui des soldats déployés depuis 1969. A moins d’une recrudescence de la violence. (AFP)
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