La paix en Irlande du Nord reste à la merci de mouvements extrémistes farouchement opposés à la moindre concession, tant dans le camp protestant que du côté catholique, où un nouveau groupe dissident rejoint par des transfuges de l’IRA vient de voir le jour. Ultra-minoritaires mais affichant une détermination sans faille nourrie par trente années de haine réciproque, ces groupuscules d’irréductibles ont fait sécession des grandes milices de la province qui respectent aujourd’hui une trêve des armes. Naviguant entre croisade idéologique et criminalité de droit commun, ils ont tout à perdre d’un accord de paix. Côté nationaliste, la direction de l’IRA a respecté depuis plus de huit mois son cessez-le-feu mais doit subir une pression croissante de deux dissidences qui prêchent ouvertement une lutte armée sans merci et voient dans les négociations une trahison à la revendication historique de la réunification irlandaise: l’INLA et la Continuité de l’IRA (ex-CAC). Depuis sa création en 1975, l’Armée de libération nationale irlandaise (INLA) est coutumière des actions spectaculaires. Elle l’a une nouvelle fois prouvé dans la nuit de mardi à mercredi en assassinant un protestant à Londonderry, une provocation destinée à relancer le cycle de règlements de compte intercommunautaires (12 morts en trois mois et demi) qu’elle avait initié fin décembre en assassinant dans sa prison le chef d’une milice extrémiste loyaliste, la LVF. Et ce alors que les pourparlers sont dans une phase critique. La volonté d’en découdre Recrutant également chez les déçus du processus de paix, la Continuité de l’IRA est rendue responsable de plusieurs attentats à la bombe ou au mortier ces derniers mois, visant notamment des commissariats. Mais c’est vers un nouveau mouvement sécessionniste que l’attention de la police s’est tournée ces dernières semaines: le Comité des 32 (pour les 32 comtés de l’Irlande nord et sud confondus) fondé à la fin de l’année dernière par la sœur du «martyr» Bobby Sands, mort après une retentissante grève de la faim en 1981 pour la cause irlandaise. Officiellement parti politique, il abriterait en fait plusieurs militants de l’IRA opposés aux négociations. Sa volonté d’en découdre a été prouvée récemment par la saisie d’une bombe énorme, 500 kilos (autant que celle de l’attentat de l’IRA au Canary Wharf en 1996) qui devait être convoyée en Grande-Bretagne, faisant craindre un retour des attentats en Angleterre. «Des gens très proches de ce comité sont militairement opérationnels, ils ont une expertise et un savoir-faire qui ont été récemment utilisés», a accusé le chef de la police d’Ulster, Ronnie Flanagan. Dans le camp protestant, la menace la plus sérieuse est posée par la LVF, la Force des volontaires loyalistes, qui n’a pas hésité à commettre plusieurs assassinats aveugles depuis la fin de l’année dernière pour semer la terreur dans la communauté catholique. Intransigeant dans sa lutte pour l’Ulster britannique, le groupuscule menace aussi régulièrement les responsables protestants qui accepteraient des compromissions. Les paramilitaires protestants se sentent confortés dans leur attitude inflexible par les prêches incendiaires du révérend fondamentaliste Ian Paisley qui, sans cautionner leur action, prêche depuis un demi-siècle une croisade «anti-papiste» virulente dans la province. «C’est la pire défaite pour l’Ulster que j’aie jamais vue», a-t-il dit à propos du compromis de paix discuté à Stormont, en appelant à la résistance. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La paix en Irlande du Nord reste à la merci de mouvements extrémistes farouchement opposés à la moindre concession, tant dans le camp protestant que du côté catholique, où un nouveau groupe dissident rejoint par des transfuges de l’IRA vient de voir le jour. Ultra-minoritaires mais affichant une détermination sans faille nourrie par trente années de haine réciproque, ces groupuscules d’irréductibles ont fait sécession des grandes milices de la province qui respectent aujourd’hui une trêve des armes. Naviguant entre croisade idéologique et criminalité de droit commun, ils ont tout à perdre d’un accord de paix. Côté nationaliste, la direction de l’IRA a respecté depuis plus de huit mois son cessez-le-feu mais doit subir une pression croissante de deux dissidences qui prêchent ouvertement une lutte armée sans...