«Sommeil du mimosa», le premier roman publié en France par l’écrivain algérien Amin Zaoui, évoque avec nostalgie une «Algérie plurielle», riche en intellectuels, en cultures diverses et en influences extérieures, que sont en train d’assassiner, selon lui, les intégristes. «Nous, écrivains algériens, sommes-nous une espèce en voie d’extinction?», s’interroge en conclusion le romancier qui avoue «avoir perdu tous ses amis». Et de citer l’écrivain Tahar Djaout, le poète Youcef Sebti ou l’universitaire Rabah Stambouli, tous assassinés. Ou encore Rachid Mimouni, emporté par la maladie mais dont la tombe a été profanée. Né en 1956, fondateur et directeur du Palais des arts et de la culture d’Oran, enseignant de littérature, producteur-animateur d’une émission littéraire à la télévision algérienne, Amin Zaoui a quitté l’Algérie en 1995. «Je ne me sentais pas l’âme d’un Don Quichotte. J’ai décidé de remettre ma fin à plus tard», avoue-t-il, paraphrasant le héros écrivain d’une des deux nouvelles qui composent «Sommeil du mimosa». Auteur de six livres en Algérie, tous interdits aujourd’hui, Amin Zaoui a été le premier écrivain algérien victime d’un attentat à la voiture piégée, en mai 1992. Mais «le traumatisme le plus dur» pour lui a été de voir brûler une de ses œuvres, «Le huitième ciel», en pleine rue de Sidi-Bel-Abbès, en 1994. «A la fin, je marchais dans la rue accompagné de trois ombres: l’ombre normale, la peur et la mort». Amin Zaoui ne pouvait plus travailler dans ces conditions. «Comment continuer à écrire avec la tête froide dans une situation bouillonnante?» L’écrivain, sa femme et ses trois enfants vivent désormais à Caen (Ouest), une des villes-refuges du réseau mis en place par le Parlement international des écrivains. En Normandie, Amin Zaoui a «trouvé le silence» et pu écrire les deux récits publiés en un seul recueil aux éditions du Serpent à plumes. «Sommeil du mimosa» raconte la vie sans issue de Mehdi, un croque-mort au poste convoité en ces temps de massacres. «Sonate des loups» est l’histoire de Bakh, un écrivain désespéré qui voit tomber un à un ses amis et décide de fuir les atrocités. Ces deux «textes de combat», qui dénoncent «les haïsseurs assassins de Dieu», «les minarets qui hurlent comme des loups» et révèlent la résistance des Algériens qui «marchent chaque jour derrière nos morts afin de ne pas perdre la mémoire», ont en commun d’avoir pour cadre Oran, «la ville aux 77 nationalités», symbole de «l’Algérie plurielle». A Oran, se souvient Amin Zaoui, ont cohabité en parfaite harmonie des années durant musulmans, juifs et chrétiens. Là s’organise aujourd’hui «la résistance» à travers les concerts de raï qui continuent d’être organisés, les bars qui ne désemplissent pas et les femmes qui ne portent pas le voile. Dans cette ville, Amin Zaoui est certain de revenir un jour. «Je ne suis que de passage à Caen», assure-t-il.
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