Dans le sillage de l’Internet, la photographie numérique connaît elle aussi son «big bang», comme cela est apparu à l’occasion des multiples foires et expositions. Aujourd’hui, cette technologie a atteint l’âge mûr. Certains modèles offrent une qualité d’image digne des appareils compacts et l’équipement est devenu meilleur. Les ventes d’appareils photos numériques, disponibles depuis seulement deux ans pour le grand public, connaissent un net décollage. L’essor de ces nouveaux appareils, où la pellicule est remplacée par un support informatique, est aussi dopé par une baisse des prix: le prix moyen s’établit actuellement à 800 dollars. En chiffre d’affaires, ce secteur représentera cette année plus de 60 millions de dollars, contre 29 millions en 1997. Dans les allées des expositions, on peut admirer aujourd’hui ces nouveaux appareils photo, aux allures de petits bijoux, fonctionnant un peu comme des camescopes, avec des capteurs photosensibles en lieu et place de la pellicule. L’image numérique est ensuite mémorisée sur un support informatique, carte ou disque. Le photographe peut sélectionner les clichés qu’il désire conserver, modifier les images sur son micro-ordinateur (exposition, cadrage, couleurs, etc.), voire les diffuser immédiatement sur son site Internet ou par e-mail... Mais la capacité de stockage est toujours limitée, la définition des images loin d’atteindre celle d’un film conventionnel et les tirages papiers sont plus chers. La première apparition des boîtiers numériques grand public, il y a deux ans, avait provoqué des réactions angoissées: le numérique allait-il tuer la pellicule? La contre-offensive Les fabricants de films sont passés à la contre-offensive. Puisque l’essor du numérique est inéluctable, autant l’accompagner, voire le devancer, se sont dits les grands de la photo mondiale, tels le Japonais Fujifilm ou l’Américain Kodak. Celui-ci est devenu leader mondial des CD enregistrables, supports de choix pour l’archivage des photos numériques. «Le numérique annonce la renaissance d’une technologie vieille de plus de 100 ans», s’enthousiasme Pierre Schaeffer, directeur général pour l’Europe et l’Asie de la division Imagerie numérique de Kodak, qui se frotte les mains à l’idée d’une «explosion du nombre des tirages». D’autres se rongent les ongles, tels l’Allemand Agfa, plus vulnérable parce que moins diversifié. «Ce sera catastrophique pour tous les fabricants de films», assure son directeur du marketing, Klaus Schleicher. Pour l’heure, le marché est encore embryonnaire. L’an dernier, 2,5 millions d’appareils photo numériques ont été vendus dans le monde contre 64 millions de boîtiers classiques. Croissance exponentielle Mais les experts lui prédisent une croissance exponentielle, un peu à la manière d’Internet avec lequel il va d’ailleurs se mêler étroitement. Ils lui donnent entre deux et sept ans pour prendre le pas sur la photo classique. Fujifilm a ouvert un site Internet pour les possesseurs d’un appareil photo numérique en Allemagne, aux Pays-Bas, en France, aux États-Unis et au Japon. Par l’intermédiaire d’un micro-ordinateur, les photos sont communiquées en ligne à Fuji qui les tire sur papier. Grâce à un mot de passe, on peut aussi créer son propre album virtuel sur ce site. Kodak dispose déjà d’un service similaire en Amérique du Nord. Il sera étendu dès novembre à la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Cette technologie a toutefois deux inconvénients: elle laissera de côté tous ceux que l’informatique rebute et ses progrès incessants déstabiliseront les consommateurs, tentés d’attendre éternellement la prochaine génération d’appareils plus performants à prix égal, comme pour la micro-informatique. Pour les fabricants, elle signifie aussi une pression de tous les instants. «La durée de vie maximale d’un modèle d’appareil grand public sur le marché est d’un an. Mais cette énergie crée aussi le marché», constate Toshio Terada, directeur des ventes et du marketing pour le matériel numérique chez Nikon.
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