L’élection d’au moins sept présidents de région de la droite française grâce à l’appui de voix du parti d’extrême droite, le Front National, consacre de manière magistrale les premiers effets de la politique de la main tendue prônée par Bruno Mégret, le penseur et numéro deux du FN. Après vingt-cinq ans d’existence marginale, repoussé par tous les partis, le FN est peut-être sur le point de réussir le plus grand chambardement du paysage politique français de l’après-guerre en forçant en quelques jours la droite à songer à sa recomposition. On attendait le FN en bulldozer, pourfendeur de lieux communs aux accents xénophobes, cherchant à passer en force pour conquérir le pouvoir. Or, il arrive à la surprise générale, sous la houlette de son mentor obstiné Bruno Mégret, à rallier une partie de la droite sur un programme dont les aspects douteux du parti ont été gommés. Ancien membre dirigeant du RPR au début des années 80, M. Mégret est persuadé que le FN n’arrivera pas au pouvoir par lui-même, mais seulement s’il contracte des alliances. Cette stratégie l’a emporté avec l’adhésion mitigée de Jean-Marie Le Pen longtemps partisan du «seul contre tous». Les dirigeants de droite ont toujours refusé l’alliance avec ce parti aux positions ultranationalistes et antieuropéennes. Ils estiment qu’il «vaut mieux perdre les élections que perdre son âme». Deux tiers de leur électorat les soutiennent, selon des sondages, mais près de 30% de leurs militants et sympathisants ne partagent pas cette ligne. Avec la publication de ce programme minimal de gestion, au début de la semaine, le FN a réussi ce premier «coup politique» plaçant la droite au bord de l’explosion, tellement le décalage entre les états-majors du RPR et de l’UDF, et leur base est grand. L’apport des transfuges Ce résultat spectaculaire est l’œuvre d’un travail obstiné depuis des années de la part d’un certain nombre de compagnons de route de Bruno Mégret comme lui issus des rangs gaullistes ou libéraux centristes. Avant de quitter les rangs de la droite modérée, ces hauts fonctionnaires ont milité dans des clubs de réflexion et sont arrivés à temps dans les années 1985 au FN pour apporter la structure intellectuelle qui faisait défaut au parti de Jean-Marie Le Pen. En raison de la montée du chômage, de l’immigration et de l’insécurité, le FN avait prospéré sur des slogans simplistes «Les Français d’abord», ou encore «Plus d’immigration, c’est plus de chômage». Avec ses nouveaux venus, la doctrine du FN va s’étoffer. Dans leurs premières démarches pour amadouer une droite complètement déboussolée par le résultat des élections régionales, le FN «nouvelles cuvée» ne fait pas référence au principe de la «préférence nationale». Il refuse toute hausse d’impôts, donne la priorité à la sécurité, et parle de «défense de l’identité culturelle française et régionale». Bref, un programme où le FN a gommé les aspects xénophobes et anti-immigrés qui constituaient habituellement son fonds de commerce. Les élus de la droite modérée, qui ont accepté les voix du FN pour que leurs régions ne basculent pas à gauche, ont affirmé avec un bel ensemble que les valeurs qu’ils défendaient n’étaient pas remises en cause, mais qu’au contraire, c’était le FN qui évoluait. Cet argument est violemment rejeté par la gauche qui voit dans ce premier exercice en commun «un jour noir pour la démocratie». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’élection d’au moins sept présidents de région de la droite française grâce à l’appui de voix du parti d’extrême droite, le Front National, consacre de manière magistrale les premiers effets de la politique de la main tendue prônée par Bruno Mégret, le penseur et numéro deux du FN. Après vingt-cinq ans d’existence marginale, repoussé par tous les partis, le FN est peut-être sur le point de réussir le plus grand chambardement du paysage politique français de l’après-guerre en forçant en quelques jours la droite à songer à sa recomposition. On attendait le FN en bulldozer, pourfendeur de lieux communs aux accents xénophobes, cherchant à passer en force pour conquérir le pouvoir. Or, il arrive à la surprise générale, sous la houlette de son mentor obstiné Bruno Mégret, à rallier une partie de la...