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Actualités - Analyse

Premiers efforts de conciliation, mais la polémique se poursuit

Une bonne note à l’actif des traditions locales: il ne se produit pas de conflit sans qu’aussitôt conciliateurs et médiateurs de tous crins se mettent en branle pour proposer un compromis… Ainsi divers pôles se démènent aujourd’hui, qui entre Baabda et Koraytem, qui entre Baabda et Dar el-Fatwa, pour décrisper le climat dans un premier temps puis se mettre en quête d’un arrangement pouvant convenir à tous. Mais, entre-temps, la polémique se poursuit de plus belle. On sait que le chef de l’Etat a maille à partir avec la poignée de ministres qui soutiennent que son projet de mariage civil n’a été approuvé qu’en première lecture et nécessite un deuxième débat pour être discuté point par point. Le président du Conseil s’accroche de son côté avec l’écrasante majorité de son Cabinet qui affirme, comme le président de la République, que la messe est dite et qu’il faut maintenant transmettre le texte voté à la Chambre. Les haririens se disent pris de court, pour justifier leur demande de réexamen. Mais les hraouistes rétorquent en rappelant qu’en réalité le sujet est à l’ordre du jour depuis…1951! Et très sérieusement puisque, cette année-là, les avocats avaient fait grève pendant six mois pleins pour exiger la mise en place d’une telle législation. Les hraouistes ajoutent, sans doute en bons connaisseurs de la cession de souveraineté, qu’il est «intolérable que l’Etat reste soumis à des caprices d’enfant gâté et aux trente-six volontés de la corporation des hommes de religion. On dira que c’est chronique, que rien ne presse et qu’on peut encore attendre avant d’en finir. Mais plus on laisse traîner les choses, plus elles se compliquent, et il faut bien commencer quelque part pour redonner à l’Etat son rôle naturel de régulateur de la vie collective. Il est insensé de priver les gens de libertés fondamentales comme le choix d’un contrat décisif pour leur existence privée. Il est inique de pénaliser lourdement des jeunes, aux ressources généralement réduites, en les forçant à payer un double voyage pour se rendre à l’étranger afin de pouvoir s’y marier parce que cela leur serait impossible dans leur propre pays. Quel respect, quelle considération avons-nous pour notre loi fondamentale, cette Constitution qui reconnaît à tout Libanais le droit de libre croyance, de choix de son propre culte, de liberté d’opinion comme d’expression… Il est temps que l’Etat prenne effectivement sous son aile ces libertés constitutionnelles, en contrôlant les tribunaux religieux et en attribuant les questions des statuts personnels aux tribunaux civils. Il faut une loi unifiée, il faut l’égalité pour tous». Réponse Pour leur part, les haririens, qui ne contestent pas le bien-fondé de l’option mariage civil, relèvent qu’un tel projet «bouleverserait fatalement les fondements mêmes de notre société. Il faut donc en préparer soigneusement, longuement, l’application par une large campagne d’éveil ponctuée de débats publics contradictoires, de conférences et de colloques. Il faut aussi, parallèlement, engager le dialogue avec les hommes de religion pour en lever les réticences, une fois qu’un soutien populaire massif aura été clairement dégagé en faveur du mariage civil facultatif. Après ce travail de sape, si les hommes de religion devaient s’obstiner, ils ne seraient plus suivis ainsi que le montrent les sit-in, les délégations et les manifestations diverses en leur faveur auxquels on assiste. Nous ne devons pas oublier que la société orientale diffère de la société occidentale. Nous devons prendre aussi garde aux dangers de la permissivité qui démantèle les familles et mène à l’union dite libre. En tout cas, pour évoluer, il faut agir sur les mentalités et on ne peut dans ce cadre procéder que par lentes étapes». Et d’ajouter que, « sur le plan politique également, le climat n’est pas propice à un projet qui multiplie et aggrave les césures locales. Et c’est d’autant plus déplorable qu’en toile de fond se profilent les présidentielles, source d’une lutte d’influence préjudiciable aux intérêts véritables du pays». l Toujours est-il qu’à l’instar de M. Hussein Husseini, des modérés proposent pour leur part une assez étrange voie de dégagement: à leur avis on ne devrait discuter du mariage civil facultatif… qu’une fois que le Conseil des ministres, conformément à la Constitution, sera devenu une institution à part entière disposant de son propre siège et doté d’un règlement intérieur faisant l’objet d’une loi en bonne et due forme, non d’un simple décret. Une façon commode de renvoyer dos à dos hraouistes et haririens, mais qui offre l’inconvénient majeur d’être peu en prise avec l’actualité. Le confessionnalisme Pour sa part, M. Zaher el-Khatib, député du Chouf, estime que l’on doit plus étroitement jumeler le mariage civil à l’abolition du confessionnalisme politique. Dans ce sens que c’est le comité national virtuellement chargé de cette abolition qui étudierait le projet de mariage civil dans le cadre de sa mission préparatoire. M. Khatib souligne qu’en vertu de l’article 95 de la Constitution, «c’est à l’Assemblée nationale qu’il appartient de prendre les dispositions menant à l’abolition du confessionnalisme politique, en base d’un plan par étapes établi par un comité national présidé par le chef de l’Etat assisté des présidents de la Chambre et du Conseil ainsi que d’un aréopage de sommités intellectuelles, sociales et politiques…». Mais, à ce propos, on peut se demander comment ces personnalités seraient choisies, quel en serait le nombre, quelles parties politiques seraient ou non représentées au sein du comité, quel rôle de sélection serait dévolu à la Chambre, comment l’instance nationale établirait ses résolutions, s’il devrait y avoir des délais et quelles seraient les étapes successives… «Il est certain, remarque M. Khatib, que toutes ces interrogations montrent par elles-mêmes combien le sujet est grave, important, délicat. Il faut donc pour y répondre valablement organiser un dialogue national. A moins qu’on ne décide que le comité ne soit lui-même le lieu d’un tel dialogue qui, tout en étant préliminaire, devra prendre tout son temps. On ne peut oublier en effet qu’avec l’abolition éventuelle du confessionnalisme politique, c’est une toute nouvelle république que nous aurions. Et il ne faut pas qu’elle échoue». Inanité D’autres ne sont cependant pas du même avis que le député du Chouf. On entend en effet répéter dans divers cercles politiques que «le comité national ne devra être mis sur pied d’une fois la loi sur le mariage civil approuvée à la Chambre, car elle constituerait par elle-même le coup d’envoi effectif du processus de déconfessionalisation politique…». D’autres voix soutiennent au contraire que «l’on a tort de lier les deux éléments, de quelque façon que ce soit, car la Constitution ordonne bien dans son article 95 la mise sur pied du comité national mais ne mentionne pas le mariage civil, projet que ce comité serait tout à fait en droit de considérer comme n’entrant pas dans le cadre de sa mission qui se rapporte uniquement aux mécanismes des institutions publiques». Mais, selon toute probabilité, si mariage civil et abolition du confessionnalisme sont jumelés, c’est plutôt pour le pire, c’est-à-dire pour le néant, que pour le meilleur. L’un et l’autre ont en effet peu de chances de voir le jour. Ainsi, sous la précédente législature, M. Nabih Berry avait déjà fait une première tentative, rapidement avortée, pour mettre sur pied le comité national. On lui avait fait des objections de tous côtés, preuve si besoin est que le confessionnalisme politique se porte comme un charme et que les abolitionnistes authentiques, c’est comme le Cinzano mauve, cela n’existe pas…
Une bonne note à l’actif des traditions locales: il ne se produit pas de conflit sans qu’aussitôt conciliateurs et médiateurs de tous crins se mettent en branle pour proposer un compromis… Ainsi divers pôles se démènent aujourd’hui, qui entre Baabda et Koraytem, qui entre Baabda et Dar el-Fatwa, pour décrisper le climat dans un premier temps puis se mettre en quête d’un arrangement pouvant convenir à tous. Mais, entre-temps, la polémique se poursuit de plus belle. On sait que le chef de l’Etat a maille à partir avec la poignée de ministres qui soutiennent que son projet de mariage civil n’a été approuvé qu’en première lecture et nécessite un deuxième débat pour être discuté point par point. Le président du Conseil s’accroche de son côté avec l’écrasante majorité de son Cabinet qui affirme,...