La crise de surproduction pétrolière qui a lancé le prix du baril dans une spirale de records à la baisse précipite le Venezuela dans un dilemme politiquement dangereux: il lui faut choisir entre une hausse des prix ou le chaos. Plus de la moitié des ressources budgétaires du pays sont en effet liées à l’exportation des produits pétroliers dont le pays vit depuis 1924. L’histoire économique du Venezuela est ainsi un calque presque parfait des fluctuations du prix du brut. La période la plus faste du pays a correspondu au record à la hausse du second choc pétrolier de la fin des années 70, le début de la crise qui secoue le pays, à la surproduction des années 80. Considérant obsolète le système des quotas mis en place dans les années 70 dans l’OPEP, dont le Venezuela est membre fondateur, Caracas a décidé de se servir du pétrole pour sortir le pays de la dure crise qu’il vit depuis la faillite bancaire généralisée de 1994. L’actuel gouvernement du président Rafael Caldera, tout en préconisant la réduction de la taille de l’ancien Etat-Providence, préconise de multiplier par deux la production de brut d’ici 2.010 pour exporter 6 millions de barils/jours. Cette politique a une double explication: elle permet d’assurer des revenus au pays, mais aussi aux compagnies étrangères appelées à investir pour développer «l’ouverture pétrolière», après une longue période de «tout Etat» sous la houlette de PDVSA (Petroleos de Venezuela S.A.) la puissante compagnie nationale. De là, le refus vénézuélien de réduire la production actuelle. Au- delà du quota OPEP de 2,58 millions de barils/jour, le gouvernement vénézuélien avoue un dépassement de 600.000 barils/jour. Premier fournisseur des Etats-Unis, le Venezuela s’appuie sur ce marché stable, d’autant plus captif que PDVSA, seconde compagnie pétrolière du monde, y est le premier distributeur de produits finis grâce à son réseau des stations-service (Citgo). La visite du président Bill Clinton à Caracas, en octobre dernier, a d’autre part permis au gouvernement d’identifier le désir des Etats-Unis d’assurer leur sécurité énergétique en diversifiant leurs fournisseurs pour moins dépendre du Proche-Orient, où pèsent les inconnues irakienne et iranienne. L’hiver clément, la crise économique asiatique et la résolution pacifique de la crise irakienne, ainsi que l’augmentation des quotas OPEP de 10% fin 1997, ont soudainement fait peser la surproduction sur le marché pétrolier. Et en pleine année électorale, le Venezuela a été contraint de réduire ses budgets. Le président Caldera, 82 ans, qui a réussi jusqu’à aujourd’hui à éviter une explosion sociale malgré un plan d’austérité économique lancé en avril 1996, notamment pour juguler une inflation galopante (103,2% en 1996), voit soudainement ses ressources fondre. Son actuel voyage officiel européen (Pays-Bas, Belgique, Allemagne et France) se fait grandement sur l’image de «pacificateur» et de «stabilisateur» économique du pays. Un niveau très moyen de réserves internationales (de l’ordre de 17 milliards de dollars) lui donnent sans doute une marge de manœuvre, ainsi que le fait qu’il ne peut constitutionnellement pas se représenter et n’a désigné aucun dauphin. Mais l’objectif à long terme, l’augmentation de production pour renflouer le pays en faillite, contredit son objectif avoué à court terme: avoir été l’un des pères de la démocratie vénézuélienne en 1958, puis son salvateur en 1998. Une explosion sociale, redoutée après les émeutes et la répression de février 1989, effacerait son «image» historique. Pour le moment, le Venezuela résiste à une baisse de la production et demande une conférence de tous les producteurs, expliquant qu’une baisse des quotas de l’OPEP serait immédiatement comblée par la production des pays hors-OPEP. La limite de sa résistance sera à la mesure de la capacité des Vénézuéliens à continuer de supporter une austérité qui devrait être renforcée: le budget 1998 a déjà été amputé de 1,2 milliard de dollars depuis quelques semaines et le prix du baril continue de tomber. Le prix moyen du pétrole vénézuélien a touché mardi le record psychologique de 10 dollars, le prix le plus bas depuis 1986. Le même baril valait en moyenne 16,48 dollars en 1997 et 18,39 en 1996. (AFP)
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