Le nouveau premier ministre chinois Zhu Rongji a révélé jeudi un programme ambitieux de réformes économiques, mais s’est montré très prudent sur le chapitre des réformes politiques, écartant notamment une révision du jugement sur le massacre de Tiananmen. La première conférence de presse radiotélévisée en direct du «tsar de l’économie», élu mardi à la tête du nouveau gouvernement, était attendue comme un test et M. Zhu l’a passé avec brio, répondant à des questions non préparées à l’avance, avec une franchise souvent teintée d’humour. Mais si le style tranche clairement avec celui plus crispé de son prédécesseur Li Peng, sur le fond en revanche, le premier ministre n’a pas fait de propositions nouvelles sur la libéralisation du régime. M. Zhu, 69 ans, a ainsi entrouvert la porte à une possible élection des hauts dirigeants chinois au suffrage démocratique, avant de s’empresser d’ajouter qu’une telle réforme «demandera du temps». En Chine, le chef de l’Etat est nommé par les députés, qui sont eux-mêmes élus selon un système de suffrage indirect. Lorsqu’une journaliste de Hong Kong a ensuite bravé l’interdit en osant l’interroger sur une révision possible du jugement sur le massacre de la place Tiananmen de juin 1989, M. Zhu n’a pas cillé et a accepté la question. Mais la réponse a probablement déçu ceux qui voyaient en Zhu Rongji un réformateur à tous crins. Le Parti et l’Etat ont «déjà abouti à une conclusion correcte sur cette question et celle-ci ne sera pas modifiée», a-t-il dit en rappelant les «mesures fermes» prises à l’époque «pour stabiliser la situation et mettre fin aux troubles politiques». Dans la nuit du 3 au 4 juin, l’armée avait réprimé violemment les étudiants massés sur la place Tiananmen à Pékin pour réclamer la démocratie. La répression de ces manifestations qualifiées de «contre-révolutionnaires» avait fait plusieurs centaines de morts. Le terrain économique C’est sur le terrain économique que le nouveau premier ministre a pu faire étalage de tout son talent, reconnu en Chine comme à l’étranger. Il a par ailleurs annoncé son intention de mener à bien d’ici 3 ans les réformes audacieuses du secteur d’Etat, des finances et des institutions, et s’est par ailleurs engagé à achever dès cette année les réformes du logement, de la protection médicale, de la fiscalité, des investissements lourds et de la distribution des céréales. «Trois années seront suffisantes pour que nous sortions la plupart des entreprises d’Etat déficitaires de leurs difficultés», a-t-il affirmé. Selon lui, plus de 40% des 79.000 entreprises d’Etat sont dans le rouge, mais sur les quelque 500 très grosses entreprises, qui représentent 85% du total des profits et des taxes, seulement 10% d’entre elles éprouvent des difficultés, a-t-il souligné. Plusieurs dizaines de millions de personnes risquent d’être licenciées à la faveur des fusions et des fermetures d’entreprises. M. Zhu s’est d’autre part engagé à poursuivre la réforme du système financier, qui prévoit d’accroître le «rôle de supervision et de régulation» de la Banque centrale et d’accorder une totale indépendance aux banques commerciales. Face au problème de la bureaucratie, qui «avale» une grande partie du budget, il a rappelé que le nombre de ministères et de commissions d’Etat dans son gouvernement est passé de 40 à 29 et a annoncé une réduction de moitié des fonctionnaires au niveau central dès la fin de l’année et à l’échelon local d’ici l’an 2000. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le nouveau premier ministre chinois Zhu Rongji a révélé jeudi un programme ambitieux de réformes économiques, mais s’est montré très prudent sur le chapitre des réformes politiques, écartant notamment une révision du jugement sur le massacre de Tiananmen. La première conférence de presse radiotélévisée en direct du «tsar de l’économie», élu mardi à la tête du nouveau gouvernement, était attendue comme un test et M. Zhu l’a passé avec brio, répondant à des questions non préparées à l’avance, avec une franchise souvent teintée d’humour. Mais si le style tranche clairement avec celui plus crispé de son prédécesseur Li Peng, sur le fond en revanche, le premier ministre n’a pas fait de propositions nouvelles sur la libéralisation du régime. M. Zhu, 69 ans, a ainsi entrouvert la porte à une...