La direction des Albanais du Kosovo a appelé dimanche les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) à «intervenir d’urgence» pour faire cesser la «terreur» du régime serbe et a réitéré son refus de discuter avec Belgrade sans médiateur. Elle a affirmé son soutien à la politique d’Ibrahim Rugova, le «président» des Albanais de la province, «en faveur de l’indépendance du Kosovo, expression de la volonté populaire manifestée par référendum» en 1991. La direction de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), le parti de M. Rugova, s’est déclarée favorable au «dialogue» avec les autorités serbes, à condition qu’il se déroule avec la participation directe d’un médiateur international. Les Albanais ont ainsi rejeté l’invitation de Belgrade à entamer aujourd’hui des discussions avec une délégation gouvernementale, qu’ils avaient boycottée jeudi et vendredi. La LDK a exigé le «retrait inconditionnel» des forces serbes qui ont mené récemment des opérations contre des séparatistes albanais dans la région de Drenica (centre), faisant au moins 80 morts, parmi lesquels une vingtaine de femmes et d’enfants. Le groupe de contact sur l’ex-Yougoslavie (Allemagne, Etats-Unis, France, Italie, Grande-Bretagne, Russie) a lancé le 9 mars un ultimatum à Belgrade, lui demandant de retirer dans un délai de dix jours les forces responsables de la répression dans la province. A Pristina (chef-lieu du Kosovo), plus de 20.000 personnes ont manifesté silencieusement dimanche à la mémoire des victimes de la région de Drenica, sans que les forces de l’ordre n’interviennent. Les manifestants arboraient des portraits de mère Teresa, qui était d’origine albanaise, faisaient le V de la victoire ou tenaient des bougies allumées. Pas d’extension du rôle de la SFOR Le président yougoslave, Slobodan Milosevic, qui considère que le problème du Kosovo est une «affaire intérieure», s’oppose à toute médiation étrangère. Il ne s’est cependant pas encore prononcé formellement contre la venue du médiateur de l’UE et de l’OSCE pour le Kosovo, Felipe Gonzalez. L’ancien président socialiste du gouvernement espagnol a souligné dimanche à Madrid que l’attitude de M. Milosevic était «absolument décisive» pour le succès de sa mission. «Si Milosevic dit qu’il n’accepte pas une mission dans son pays, il ne sera pas possible d’obtenir un résultat», a affirmé M. Gonzalez, qui s’est entretenu samedi à New York avec Robert Gelbard, l’envoyé spécial du président américain, Bill Clinton, pour l’ex-Yougoslavie. M. Gelbard doit entamer en début de semaine une nouvelle mission en République fédérale de Yougoslavie (RFY, Serbie et Monténégro) où il entend inviter responsables serbes et albanais à résoudre leurs différends de façon pacifique. A Lisbonne, le président du Comité militaire de l’OTAN, le général allemand Klaus Naumann, a déclaré que l’Alliance était favorable à une solution d’autonomie du Kosovo à l’intérieur des frontières de la RFY. Il a toutefois exclu une extension au Kosovo du rôle de la SFOR (force de l’OTAN en Bosnie). «Nous n’avons pas de mandat pour cela et il n’y a ni intention, ni plan en préparation», a-t-il dit. La Russie, la France et l’Allemagne vont redoubler d’efforts cette semaine pour tenter de désamorcer la crise du Kosovo et écarter les risques de déstabilisation des Balkans. Le ministre russe des Affaires étrangères, Evgueni Primakov, se rendra à Belgrade mercredi, dans le cadre d’une tournée qui le conduira également en Bosnie, en Croatie et en Slovénie. Moscou a toutefois tenu à préciser que «la Russie n’a pas un rôle de médiateur dans ce conflit intérieur», celui du Kosovo. Le chef de la diplomatie russe sera suivi jeudi à Belgrade de ses collègues allemand, Klaus Kinkel, et français, Hubert Védrine, qui viendront appuyer auprès de M. Milosevic leur initiative pour l’octroi au Kosovo d’un «statut spécial» prévoyant une large autonomie. L’Organisation de la conférence islamique (OCI), réunie au niveau ministériel à Qatar, va dénoncer la Serbie dans une résolution appelant la communauté internationale à «intervenir pour éviter que le Kosovo ne se transforme en une nouvelle Bosnie», selon l’agence qatariote QNA. Environ 95% des 1,8 million d’Albanais du Kosovo sont musulmans et 5% catholiques.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La direction des Albanais du Kosovo a appelé dimanche les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) à «intervenir d’urgence» pour faire cesser la «terreur» du régime serbe et a réitéré son refus de discuter avec Belgrade sans médiateur. Elle a affirmé son soutien à la politique d’Ibrahim Rugova, le «président» des Albanais de la province, «en faveur de l’indépendance du Kosovo, expression de la volonté populaire manifestée par référendum» en 1991. La direction de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), le parti de M. Rugova, s’est déclarée favorable au «dialogue» avec les autorités serbes, à condition qu’il se déroule avec la participation directe d’un médiateur international. Les Albanais ont ainsi rejeté l’invitation de Belgrade à entamer aujourd’hui des discussions avec une délégation...