Après l’effondrement de leurs marchés boursiers, les pays asiatiques ont engagé des réformes de fond pour les rendre plus attirants, mais les grands investisseurs internationaux ne se montrent guère pressés d’y revenir, en dépit de valorisations très intéressantes. Les Bourses asiatiques, longtemps critiquées pour leur fonctionnement opaque, ont toutes adopté de règles plus transparentes et équitables, en levant notamment une partie des obstacles à l’actionnariat étranger. Mais la région a perdu son capital confiance et est désormais perçue comme un investissement risqué: «Une terre épuisée n’offrant que de maigres récoltes» au grand capital international, a résumé, un brin provocateur, le président de la compagnie du téléphone philippin Roberto Romulo. «La situation actuelle est encore confuse», s’est défendu David Hale, chef économiste du Zurich Insurance Group, lors de la conférence sur l’Asie de l’Est du World Economic Forum (les organisateurs du sommet de Davos). «Dans l’année ou les deux années à venir, les investissements de portefeuille devraient rester modestes» en Asie, a pronostiqué l’économiste américain. M. Hale a fait valoir que la crise bancaire de la région était sans précédent dans l’histoire, avec des encours douteux atteignant 30% à 40% du Produit intérieur brut (PIB) de certains pays, alors que cette proportion n’a pas dépassé 3% au plus fort de la crise des caisses d’épargne américaine. De surcroît, l’environnement international devrait devenir moins porteur, alors que l’exportation représente un important soutien pour ces économies. Pour Jose Barrionuevo, chef de la recherche économique chez Lehman Brothers, la redécouverte des bourses asiatiques dépend de la stabilisation du système financier mondial et de l’assainissement des banques de la région. «Les flux de capitaux internationaux devraient repartir en 1999 et cela devrait certainement intéresser l’Asie. Les occasions (d’investissement) seront significatives», a souligné M. Barrionuevo, lors du même colloque. Les bourses étaient par tradition peu développées en Asie, les entreprises se refinançant habituellement auprès des banques. Avec la crise, leur capitalisation a de plus fondu comme neige au soleil: en trois ans, la valeur de la Bourse de Séoul est passée de 180 milliards de dollars à 45 mds de dollars, celle de Kuala-Lumpur de 223 mds à 68 mds de dollars et celle de Djakarta de 91 mds à 13 mds de dollars, selon les chiffres de M. Hale. La capitalisation cumulée de toutes les Bourses de l’ASEAN est de 275 mds de dollars, soit exactement celle de la seule société américaine Microsoft. De tels marchés sont trop étroits pour intéresser les grands fonds d’investissement. Actuellement, les grands fonds US investis en valeurs étrangères sont composés à 85% de titres ouest-européens, «parce qu’il n’y a pas ailleurs où aller», a fait valoir le responsable de Zurich Insurance. Si des incertitudes politiques étaient levées, la faiblesse actuelle des cours pourrait malgré tout conduire à une reprise de l’investissement. «Lorsqu’on regarde ce qui se passe en Asie, on est très impressioné par le prix, qui ont connu des déclins sans précédent», allant jusq’a 80%, relève Mark Mobius, directeur de Templeton Asset Management à Singapour. M. Hale estime que l’Indonésie est probablement à l’heure actuelle la bourse la moins chère du monde (après la Russie): les entreprises cotées s’y négocient à un tiers de leur cash-flow par action. «Je ne vois pas comment vous pouvez perdre de l’argent» avec de tels ratios, a-t-il relevé. Mais la situation politique explique une certaine frilosité: qui sera à la tête de l’Indonésie dans 18 mois? Comment va se passer la transition en Malaisie? D’autres pays de la région vont-ils mettre en place un système de contrôle des changes sur le modèle malaisien? s’interrogent les marchés. «Si cette maladie – la croyance selon laquelle un système de contrôle des changes peut vent aider le pays – devait se répandre, nous serions tous dans une situation difficile», a souligné M. Mobius, dont la société a vu ses substantiels actifs financiers en Malaisie bloqués pendant un an.
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