Le président Suharto, doyen des chefs d’Etat asiatiques, a affirmé mercredi qu’il entendait rester, au moins jusqu’en 2003, à la tête de l’Indonésie dont il a averti les 200 millions d’habitants qu’ils auront à se serrer la ceinture. Le traitement de paria que lui vaut sa gestion d’une crise économique qui menace l’existence même du pays ne semble pas avoir affecté outre-mesure le chef de l’Etat indonésien. De plus, les manifestations de plus en plus nombreuses, lui demandant de s’effacer, n’ont pu passer l’enceinte de l’Assemblée consultative du peuple. Rien n’a filtré de l’enceinte sévèrement gardée par la police et l’armée, où 1.000 délégués en majorité choisis personnellement par lui-même et comptant la plupart des membres de sa famille et ses amis, l’ont rituellement reconduit pour un septième mandat de cinq ans. Les mêmes, dans la nuit de mercredi à jeudi, ont confirmé M. Baharuddin Yussuf Habibie, l’un de ses proches et son choix personnel, comme vice-président. Dans la brève allocution prononcée après avoir prêté serment, le président Suharto a même tenu à couper net à toutes les spéculations, tant de certains milieux indonésiens que diplomatiques, selon lesquelles il mettrait à profit les deux ou trois prochaines années pour préparer le successeur derrière lequel il s’effacerait avant l’échéance des cinq ans. «Si Dieu le veut, dans cinq ans, je serai ici même pour présenter le bilan de mon mandat devant vous, les représentants du peuple indonésien», a-t-il ainsi annoncé écartant toute idée d’une transmission de pouvoir «à l’asiatique», un peu comme celle de Lew Kuan Yew à Singapour. Le président Suharto n’a pas commenté les décisions de la communauté internationale de suspendre l’aide à l’Indonésie tant que les mesures de réformes économiques auxquelles il s’est personnellement engagé ne sont pas mises en application. Il a, au contraire, averti les Indonésiens que les lendemains seraient encore plus difficiles car, a-t-il dit, il n’y aura «plus jamais une croissance économique comparable à celle connue durant le dernier quart de siècle». La crise financière L’Indonésie, durant les quinze dernières années, avait bénéficié d’une croissance de l’ordre de 7%, mais l’immense prospérité du secteur privé acquise par la spéculation et l’endettement rendu possible par ses liens étroits avec le pouvoir ne l’ont pas armé pour résister à la crise financière qui a secoué l’Asie l’été dernier. Au contraire, l’Indonésie semble dans l’incapacité de mettre réellement en œuvre les mesures de réformes nécessaires mais qui affectent directement les intérêts privés et les privilèges de la famille du président et de ses proches. Et, au lieu de s’engager dans la voie du rétablissement comme la Thaïlande ou la Corée du Sud, l’Indonésie ne cesse de s’enfoncer dans l’attente d’un remède-miracle qui rétablirait la situation sans avoir à prendre de mesures douloureuses. Le président Suharto a annoncé qu’il faudrait «se serrer la ceinture», faisant remarquer que «certains d’entre nous, des individus, des groupes, mènent une vie prospère». Le président n’a pas identifié les groupes qu’il visait, mais diplomates et analystes ont remarqué qu’il n’avait eu aucun mot ou aucune allusion de réconfort pour la communauté des Indonésiens d’origine chinoise directement visée par les émeutes et pillages déclenchés le mois dernier pour protester contre la hausse des prix. Il est, en tout cas, peu probable qu’il visait ses enfants, tous multi-millionnaires et dont au moins deux sont milliardaires en dollars. Arrivés à l’Assemblée en même temps que lui dans un long cortège de limousines, ils ont, avec leurs femmes et leurs amis, traversé en procession le hall du bâtiment suivant le couloir dégagé sans ménagement à travers la foule des invités par leurs gardes du corps. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le président Suharto, doyen des chefs d’Etat asiatiques, a affirmé mercredi qu’il entendait rester, au moins jusqu’en 2003, à la tête de l’Indonésie dont il a averti les 200 millions d’habitants qu’ils auront à se serrer la ceinture. Le traitement de paria que lui vaut sa gestion d’une crise économique qui menace l’existence même du pays ne semble pas avoir affecté outre-mesure le chef de l’Etat indonésien. De plus, les manifestations de plus en plus nombreuses, lui demandant de s’effacer, n’ont pu passer l’enceinte de l’Assemblée consultative du peuple. Rien n’a filtré de l’enceinte sévèrement gardée par la police et l’armée, où 1.000 délégués en majorité choisis personnellement par lui-même et comptant la plupart des membres de sa famille et ses amis, l’ont rituellement reconduit...