Mufti et juge : deux égyptiennes à l'assaut des derniers bastions masculins
le 09 octobre 1998 à 00h00
Deux femmes se sont lancées à l’assaut des derniers bastions masculins en voulant devenir mufti et juge, apanage des hommes depuis la nuit des temps en Egypte. Si les femmes peuvent être ambassadrice, ministre ou député, elles n’ont jamais pu revêtir la toge noire surmontée d’un ruban vert du magistrat ou porter la «imma», coiffe traditionnelle du cheikh. En Egypte, comme dans les autres pays musulmans, seuls les hommes peuvent être mufti et émettre des fatwas (avis religieux), mais Mme Soad Saleh, professeur de théologie à l’université musulmane d’al-Azhar, veut bousculer la tradition. «Rien dans la charia (loi coranique) n’interdit à une femme de donner des fatwas», affirme cette femme de 51 ans, mère de deux garçons et de deux filles, réputée pour sa connaissance de la théologie musulmane. Voilée, ne serrant pas la main des hommes, elle donne depuis une dizaine d’années, mais de manière non officielle, des avis religieux sur des questions féminines dans des séminaires religieux ou à la télévision. «Cet été, j’ai demandé au mufti de la République, cheikh Nasr Farid Wassel, de me nommer officiellement comme son adjointe pour les questions féminines», a-t-elle déclaré. «Je n’ai pas obtenu de réponse mais je pense réaliser tôt ou tard mon objectif en essayant de convaincre les autorités religieuses du bien-fondé de ma démarche», dit-elle. Elle met en avant les avantages que l’islam pourrait tirer de sa nomination. «En Orient, la femme hésite à demander à un homme des avis religieux sur des questions intimes. C’est ce genre de questions que les Egyptiennes me posent et ce poste me permettrait de faire connaître à plus de femmes les préceptes tolérants de l’islam». Si Mme Saleh tente de réaliser son ambition sans confrontation avec ses supérieurs, Me Fatma Lachine se bat avec la justice pour devenir juge, «un rêve qui me hante depuis ma jeunesse», affirme-t-elle. «Dans l’Egypte ancienne, des femmes étaient prêtresses et reines à qui était confiée la tâche de juge. Aucune loi n’interdit à une femme d’être magistrat et la Constitution prévoit l’égalité entre hommes et femmes, mais mon plus grand ennemi c’est le conservatisme et la tradition», souligne cette avocate de 35 ans. En 1996, le Conseil d’Etat s’était déclaré incompétent pour statuer sur sa requête d’accéder à la magistrature. Elle a intenté un nouveau procès devant la Cour de cassation qui doit examiner l’affaire le 3 novembre. «Je ne désespérerai jamais. Si la justice me déboute à nouveau, j’encouragerai d’autres avocates à m’emboîter le pas», a affirmé cette femme décidée et souriante. (AFP)
Deux femmes se sont lancées à l’assaut des derniers bastions masculins en voulant devenir mufti et juge, apanage des hommes depuis la nuit des temps en Egypte. Si les femmes peuvent être ambassadrice, ministre ou député, elles n’ont jamais pu revêtir la toge noire surmontée d’un ruban vert du magistrat ou porter la «imma», coiffe traditionnelle du cheikh. En Egypte, comme dans les autres pays musulmans, seuls les hommes peuvent être mufti et émettre des fatwas (avis religieux), mais Mme Soad Saleh, professeur de théologie à l’université musulmane d’al-Azhar, veut bousculer la tradition. «Rien dans la charia (loi coranique) n’interdit à une femme de donner des fatwas», affirme cette femme de 51 ans, mère de deux garçons et de deux filles, réputée pour sa connaissance de la théologie musulmane. Voilée, ne...
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