Le touriste arabe en Turquie cherchera en vain le nom de Antakya sur les panneaux de signalisation routière. Si la terminologie arabe existe parfois entre deux parenthèses au-dessous de «Hatay» sur quelques panneaux anciens, il est plutôt recommandé de se référer à la précision anglaise «Antioch» figurant dans un cadre jaune qui désigne généralement les lieux historiques ou touristiques. En effet, Antakya a été rebaptisée par l’État, tout comme Marash (Kahramanmaras), Ourfa (Sanliurfa) et Dersime (Tunceli), pour ne citer que quelques exemples de villes à majorité arabe ou kurde du Sud. Mais l’histoire d’Antioche mérite le détour, puisque la ville a été annexée par la Turquie en 1939 et que la population d’origine arabe y est toujours nombreuse. Au temps de l’Empire ottoman, l’actuel Hatay était une province séparée connue sous le nom de Sandjak d’Iskenderun, du nom de l’importante ville portuaire d’Alexandrette fondée par Alexandre le Grand dans la foulée de sa conquête de l’Orient. Le terme «sandjak» désignait une division administrative plus petite que «Vilayet» dans la terminologie ottomane. À la fin de la guerre d’indépendance et la proclamation de la République en 1923 par Kémal Atatürk, le président de la jeune République avait les yeux rivés sur le Hatay, non seulement pour sa richesse (agriculture et centre portuaire) mais pour le fait qu’il y avait une importante population turque. Le terme turc était déjà usité et Kémal dans sa course pour la «purification» de la langue turque appréciait particulièrement le nom de «Hatay», dérivé de l’ancien turc d’Asie centrale, où le nom «Kitaï» désignait … la Chine (Cathay )! La province représentait pour Kémal le chaînon manquant de la guerre d’indépendance et le Sandjak se trouvait sous la juridiction des Français qui exerçaient leur mandat sur la Syrie. Cela représentait un atout majeur pour la Turquie qui entretenait de bonnes relations diplomatiques avec l’Occident, notamment la France et la Grande-Bretagne. Atatürk, après avoir exercé des pressions sur les Français pendant plus de cinq ans, a pu décrocher une administration spéciale de la province, séparée de la Syrie, où les Turcs auraient une place dans le conseil local. Décédé en 1938, Kémal n’a pu exaucer son rêve de rattacher sa province, mais en 1939, alors que la Deuxième Guerre mondiale s’annonçait, les Français ont cru bon de gagner les faveurs de la Turquie en lui offrant le Hatay après un référendum et cela au grand dam des Syriens. L’État n’avait qu’à déplacer le chef-lieu d’Alexandrette à Antioche et, en rebaptisant la ville, changer le nom de la province qui devint le Hatay. Pour le reste, on sait que la Turquie avait gardé sa neutralité pendant le conflit mondial, malgré les pressions et les tentations allemandes, et elle a pu même bénéficier du Plan Marshall pour avoir déclaré symboliquement la guerre à l’Allemagne …en 1945.
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