Président du FIFL depuis 1994, Robert Abirached est une sommité dans les milieux du théâtre français. Résident en France depuis la fin des années cinquante, il n’est plus à présenter. Un rapide survol cependant, de quelques étapes d’une carrière riche en responsabilités: directeur général des théâtres et des spectacles au ministère français de la Culture (1981-1988); président du réseau français de l’Institut international du théâtre méditerranéen; président de l’Observatoire des politiques culturelles; auteur de nombreux essais, de pièces de théâtre et d’un roman; responsable de la section théâtre à l’Université de Nanterre pendant une dizaine d’années; actuellement professeur dans cette même université. Robert Abirached précise en préambule qu’il est installé en France depuis longtemps, «par choix et non pas à cause de la guerre». Il a pris la présidence du Festival de Limoges en 1994, à la suite de Claude Julien (directeur du Monde diplomatique) parti à la retraite. Un bilan du FIFL 1998, «c’est un des meilleurs crus», estime-t-il. «La qualité de ce qui a été présenté est très belle. Nous avons eu une révélation libanaise. Je pense que Wajdi Mouawad est un futur grand écrivain, s’il ne l’est déjà. Depuis que j’assiste au Festival, je pense avoir dit cela de deux ou trois auteurs». Et il explique que «Littoral», la pièce présentée par Wajdi Mouawad, allie à la fois «l’imagination, l’originalité, la force des idées, l’écriture et la manière de mettre tout cela en scène. L’idée de cette quête du père, des origines perdues. C’est une pièce qui dépasse de loin son propre univers pour atteindre au cosmique, à l’universel». Le président a également apprécié «Lettre au directeur du théâtre», de Denis Guénoun, mise en scène de Hervé Loichemol. «C’est un excellent texte, une réflexion philosophique sur la crise du théâtre actuel». Le Festival des théâtres francophones est avant tout une manifestation qui présente des créations contemporaines. «La qualité ne doit pas être le seul critère de jugement», estime M. Abirached. «Les journalistes de la presse nationale française s’y trompent souvent en montrant une certaine réticence vis-à-vis du FIFL. Nous ne sommes pas au Festival d’Avignon. Notre festival sert à faire le point, non pas de la grande production internationale mais de cette production multiforme qui est obligatoirement de niveau inégal. Notre but est également d’entretenir la flamme de l’écriture». Robert Abirached se réjouit de la convention triennale que va signer le FIFL avec le ministère de la Culture et celui de la Coopération et de la Francophonie. «C’est un progrès très important et significatif pour nous. Cela permettra de planifier les trois prochaines années». La culture en France serait-elle logée à meilleure enseigne qu’ailleurs? «Il y a des pays où le budget culturel a été complètement laminé. Ce n’est pas tout à fait le cas de la France», estime Robert Abirached. «Les augmentations ne sont obtenues que par des redéploiements administratifs. Il n’y a donc pas d’effondrement, mais pas d’augmentation très substantielle. Je pense qu’il faudrait obtenir de quoi améliorer le budget de la Maison des auteurs et travailler sur l’idée de commencer le festival par une grande fête de rue». En tant que professeur à Nanterre, il constate qu’il y a constamment des changements dans les modes de création, les intérêts… «Il y a également une absence de mémoire qui se généralise. Le rôle de l’université est de lutter justement contre cela». Robert Abirached a collaboré à partir de Paris, au début des années soixante à «L’Orient littéraire». Depuis, il dit n’avoir plus aucune connaissance directe de ce qui se passe sur les planches libanaises. «Roger Assaf est un homme qui a beaucoup de talent et j’ai vu les pièces qu’il a présentées à Paris ces dernières années. J’ai cependant manqué celle de Nidal Achkar. Mais je pense qu’il y a une jeune génération et qui semble très intéressante. J’ai eu l’occasion de voir le travail de Siham Nasser qui est venue au festival il y a quelques années». Quant à l’indifférence dont il fait l’objet de la part de son pays d’origine, il dit n’en nourrir aucune acrimonie, mais constate cependant que «c’est un caractère très oriental: la considération va à ceux qui ont le pouvoir et l’argent, le reste est marginalisé. Mais je n’aime pas en parler, car les gens pensent que j’ai du ressentiment. Ce qui n’est pas du tout le cas, pas avec la carrière que j’ai eue et le choix que j’ai fait en toute liberté d’habiter la France».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Président du FIFL depuis 1994, Robert Abirached est une sommité dans les milieux du théâtre français. Résident en France depuis la fin des années cinquante, il n’est plus à présenter. Un rapide survol cependant, de quelques étapes d’une carrière riche en responsabilités: directeur général des théâtres et des spectacles au ministère français de la Culture (1981-1988); président du réseau français de l’Institut international du théâtre méditerranéen; président de l’Observatoire des politiques culturelles; auteur de nombreux essais, de pièces de théâtre et d’un roman; responsable de la section théâtre à l’Université de Nanterre pendant une dizaine d’années; actuellement professeur dans cette même université. Robert Abirached précise en préambule qu’il est installé en France depuis...