Les chances de survie du gouvernement de Romano Prodi sont suspendues au choix de leurs turbulents alliés communistes qui décideront au cours du week-end s’ils soutiennent ou non le projet de budget du gouvernement de centre-gauche. Les communistes du Parti de la Refondation communiste (PRC) qui depuis 1996 soutiennent le gouvernement de centre-gauche sans y participer, ont convoqué samedi et dimanche à Rome leur Comité politique national (CPN), «Parlement» du parti composé de 338 membres, qui fixera l’attitude des parlementaires communistes lors de l’examen du projet de loi des finances au Parlement. Le soutien des 34 députés communistes est indispensable au gouvernement pour conserver la majorité à la Chambre des députés. Le secrétaire national du PRC, Fausto Bertinotti a proclamé que le projet gouvernemental n’était pas satisfaisant. «Le projet de loi des finances n’est pas amendable mais à retirer», a lancé M. Bertinotti en réclamant «une thérapie de choc contre les injustices». «Quoi que propose maintenant le gouvernement, M. Bertinotti a décidé de rompre», affirmait dans son édition de vendredi le quotidien indépendant de gauche «Il Manifesto». «Si le PRC refuse la loi des finances, la crise sera inévitable», a affirmé le président du Conseil Romano Prodi qui a exclu de rechercher «une autre majorité» avec l’aide des centristes. Le risque d’un glissement à gauche Il y a un an, en octobre 1997, M. Prodi avait été confronté au même cas de figure et avait été contraint de présenter sa démission au président de la République, Oscar Luigi Scalfaro. La «crise la plus folle du monde» comme l’avait baptisée à l’époque M. Prodi avait duré quatre jours et les communistes avaient finalement accepté de voter le budget après que le gouvernement eut promis de présenter une loi sur les 35 heures. Un an après, la situation est sensiblement différente. L’Italie s’est qualifiée pour l’euro et les communistes ne risquent plus d’apparaître comme ceux qui auraient empêché l’entrée d’un des pays fondateurs de la Communauté européenne dans l’Europe monétaire. Le PRC qui avait recueilli 8,6% des voix lors des élections générales d’avril 1996 a peu de risques de devoir s’expliquer devant ses électeurs —très majoritairement hostiles à la crise selon les sondages— car à partir du 21 novembre l’Italie entrera dans le «semestre blanc», les six mois précédant l’élection du président de la République et pendant lesquels toute dissolution du Parlement est constitutionnellement impossible. Même si le calendrier est serré, le recours à des élections anticipées pour dénouer la crise est cependant possible. La droite aurait toute les chances de remporter ces élections, a fait remarquer le président du PRC, Armando Cossutta qui a dénoncé l’attitude «aventureuse» du secrétaire national. Le pari risqué de M. Bertinotti est de provoquer un glissement à gauche du gouvernement au détriment des centristes proches de Romano Prodi. «Blair, Jospin et Schröder parlent de trois pays à gauche en Europe pas de quatre», aime-t-il ironiser. Le 55e gouvernement italien, un des plus stables de l’histoire de ce pays, «vit sa dernière fin de semaine», a écrit «Il Manifesto» et M. Prodi qui n’a jamais caché son ambition d’être président du Conseil toute la durée de la législature —du jamais vu en Italie— a rappelé que «sans stabilité l’Italie ne compte pas». «Nous sommes des fous inconscients si nous interrompons la législature maintenant. Ce serait le retour d’une Italie pas crédible et à laquelle personne ne peut se fier», a-t-il dit.(AFP)
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