Après 16 mois d’état de grâce au pouvoir et un congrès travailliste plutôt tranquille, Tony Blair et sa politique de «troisième voie», encore floue, vont être désormais soumis à rude épreuve du fait de la dégradation de l’économie. Le Premier ministre britannique n’a cessé de le marteler tout au long de la conférence de son parti à Blackpool (nord-ouest), qui s’achève vendredi: le Royaume-Uni s’apprête à vivre une période de «défis» après une croissance euphorisante et un taux de chômage (6,2%) qui fait rêver nombre de ses partenaires européens. Les suppressions d’emplois se multiplient dans l’industrie, durement éprouvée par le niveau élevé de la livre et des taux d’intérêts, et les prévisions de ralentissement de la croissance dans les deux ans à venir font poindre le spectre de la récession. Or, c’est précisément pendant cette période que les Britanniques sont censés jouir des bienfaits du concept de «troisième voie» de leur Premier ministre, entre laissez-faire du libéralisme à tout crin et dirigisme, économie de marché et justice sociale. Son gouvernement a ainsi promis 40 milliards de livres pour améliorer le système scolaire et celui des soins — les deux grandes priorités de son mandat — toujours très déficients. Ces crédits sont prévus pour l’essentiel dans les trois ans à venir, Suffisamment tôt en tout cas pour assurer au Labour un «doublé» aux élections de 2002, disent ses détracteurs. Pour l’heure, les syndicats se plaignent d’avoir surtout connu le volet «libéral» de la politique de Tony Blair. Et, à Blackpool, leurs appels à desserrer les cordons de la bourse afin d’augmenter les salaires de la fonction publique sont restés lettre morte. Le Premier ministre et son «chancelier de fer», Gordon Brown, aux Finances n’ont rien lâché. Ils ont fermement maintenu le cap de leur politique de strict contrôle des dépenses publiques et de l’inflation et annoncé la poursuite de la réforme controversée de l’Etat-providence créé par le Labour il y a 50 ans. «Pas de retour en arrière», a prévenu Tony Blair, qui dit préférer être «impopulaire que dans l’erreur». Sa ligne reste pour l’heure majoritairement soutenue par le Parti travailliste. Le chef du gouvernement avait, il est vrai, pris soin de «verrouiller» la conférence de Blackpool, en réduisant au strict minimum les possibilités de récriminations. L’aile gauche contestataire, en sommeil depuis plusieurs années, ne s’en est pas moins rappelée à son bon souvenir. Quatre de ses porte-drapeaux ont été élus par la base au sein du comité directeur du Labour, aux dépens de fidèles de Tony Blair. Un avertissement sans frais des militants qui veilleront de près à ce que les promesses de «justice sociale» ne soient pas sacrifiées aux impératifs du marché. Paradoxalement, le Premier ministre est sans doute aujourd’hui plus populaire dans le pays qu’à l’intérieur du Labour recentré sous son impulsion depuis quatre ans. Sa cote de popularité dans les sondages, bien qu’en baisse, reste élevée et, dans l’immédiat, il n’a pas grand-chose à craindre d’un Parti conservateur toujours en déshérence et déchiré comme jamais sur l’Europe à la veille d’aborder son deuxième congrès dans l’opposition. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Après 16 mois d’état de grâce au pouvoir et un congrès travailliste plutôt tranquille, Tony Blair et sa politique de «troisième voie», encore floue, vont être désormais soumis à rude épreuve du fait de la dégradation de l’économie. Le Premier ministre britannique n’a cessé de le marteler tout au long de la conférence de son parti à Blackpool (nord-ouest), qui s’achève vendredi: le Royaume-Uni s’apprête à vivre une période de «défis» après une croissance euphorisante et un taux de chômage (6,2%) qui fait rêver nombre de ses partenaires européens. Les suppressions d’emplois se multiplient dans l’industrie, durement éprouvée par le niveau élevé de la livre et des taux d’intérêts, et les prévisions de ralentissement de la croissance dans les deux ans à venir font poindre le spectre de la...