Il n’en est plus à son premier passage à Beyrouth. Tous ceux qui l’ont écouté (et ils étaient nombreux en cette même salle) ne sont pas près d’oublier son éblouissante prestation. Les fervents mélomanes qui l’ont applaudi ont certainement gardé en mémoire ces saisissantes sonorités d’un violon déchaîné qui font de lui un prince de l’archet. Présenté par l’Association arménienne pour l’éducation et la culture «Hamazkaine», Ara Malikian est de retour et il est accompagné au piano par Serouj Kradjian. Ce jeune artiste, non seulement espoir d’une nouvelle génération de violonistes mais maître déjà ès archet, offre un programme fastueux où se déploient les partitions de Bach, Ravel, Paganini, Rachmaminov, Liszt et Kupkovic. Duo où les deux compères ont des complicités étonnantes mais où chacun d’eux montre son âme de musicien et demeure vedette à part entière tant sa performance est d’une brillante virtuosité. Tristesse et sortilèges des notes échappées au violon, cet instrument de la solitude, de l’errance et de l’exil. Sonate en do majeur pour violon seul donc de J.S. Bach où l’adagio avait l’allure d’une prière, la fugue d’une danse convulsive, le largo un grand espace de rêve agité et l’«allegro assaï» renouait avec la tradition humaniste de cette époque où Dieu et les balbutiements de la science commençaient à faire bon ménage… Atmosphère plus «décontractée» avec la sonate op. 8 en mi bémol de Beethoven où les accords seuls du piano ont empli la salle d’une présence pleine de frémissements secrets. Des «adieux» au «retour» en passant par l’«absence», les accents du maître de Bonn sont éminemment romantiques et passionnés. Narration à la fois fluide et véhémente où le piano adoucit les éclats chargés de colère d’une partition où l’effusion sentimentale est telle une tornade. Avec aussi de grands moments d’exaltation domptée où dominent des images sonores mélancoliques et rêveuses comme seuls les romantiques savent les écrire… Avec Rachmaninov il y a toujours cet aspect brillant et bravoure qui caractérise les crus russes et où ici violon et piano ont littéralement fusionné dans un dialogue vif et animé. Mais avec cette «romance» et cette «danse hongroise» le ton était moins porté à la nostalgie et à la gravité. «Romance» empreinte de douceur et enrobée de ces «tirades» à couper le souffle où sanglote un violon en prise d’un tourbillon de notes narrant les intermittences du cœur et les égarements de l’esprit… Après l’entracte, ton plus moderne et bien différent des déferlements échevelés avec la sonate en sol majeur de Ravel où l’on retrouve la finesse et la liberté d’expression de l’esprit français. Cette œuvre pour violon et piano écrite en 1927 emploie dans un subtil agencement des rythmes de danses modernes, mais aussi des blues. Changement de cap avec les cinq chansons arméniennes où l’on retrouve toute la fougue du pays de Naïri. Sans être totalement populaires ou folkloriques, ces œuvres respirent avec vivacité le parfum d’une terre millénaire où se confondent les poèmes de Sayat Nova, les cimes enneigées de l’Ararat, les eaux tumultueuses de l’Araxe et le silence tranquille des eaux du lac Sevan se mirant dans un ciel au souvenir douloureux… Tout cela ressuscite dans cette musique lancinante, parfois bondissante comme ces bergers des hauts plateaux aux sauts vifs comme des flammèches… Pour terminer, «Palpiti» de Paganini. Palpitante virtuosité où les fumants coups d’archet de Malikian ont quelque chose d’absolument ensorcelant et ensorceleur… Edgar DAVIDIAN
Il n’en est plus à son premier passage à Beyrouth. Tous ceux qui l’ont écouté (et ils étaient nombreux en cette même salle) ne sont pas près d’oublier son éblouissante prestation. Les fervents mélomanes qui l’ont applaudi ont certainement gardé en mémoire ces saisissantes sonorités d’un violon déchaîné qui font de lui un prince de l’archet. Présenté par l’Association arménienne pour l’éducation et la culture «Hamazkaine», Ara Malikian est de retour et il est accompagné au piano par Serouj Kradjian. Ce jeune artiste, non seulement espoir d’une nouvelle génération de violonistes mais maître déjà ès archet, offre un programme fastueux où se déploient les partitions de Bach, Ravel, Paganini, Rachmaminov, Liszt et Kupkovic. Duo où les deux compères ont des complicités étonnantes mais où...
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