Quel que soit le résultat des élections fédérales allemandes du 27 septembre, les défis économiques du futur gouvernement seront les mêmes: lutte contre le chômage, réformes de la fiscalité et du régime de protection sociale, financement des retraites. Après quatre ans de piétinements — l’opposition social-démocrate a enterré la grande réforme fiscale d’Helmut Kohl — l’heure des adaptations douloureuses a sonné, mondialisation et UEM obligent. Soucieux de ne pas trop effrayer les électeurs, l’Union démocrate-chrétienne du chancelier Kohl et de Theo Waigel et le Parti social-démocrate (SPD) de Gerhard Schröder (et Oskar Lafontaine, pressenti en cas de victoire pour l’Economie) ont fait campagne chacun sur un programme délibérément flou en la matière. Les deux rivaux s’accordent sur les enjeux mais ils diffèrent sur les remèdes à appliquer. Ce qui est certain, c’est que le SPD aura une influence déterminante sur le cours des réformes, qu’il accède au pouvoir à la tête d’une coalition rouge-vert, au sein d’une «Grande coalition» avec la CDU, ou s’il demeure dans l’opposition. Dans le domaine fiscal, le SPD projette un allégement de dix milliards de marks — contre 30 milliards de marks pour la CDU — pour relancer la demande intérieure en diminuant le seuil du taux d’imposition de 53 à 49% pour les revenus élevés et de 26 à 15% pour les plus modestes. Le casse-tête des retraites Pour les entreprises, le seuil passerait de 45 à 35%. La CDU propose de réduire le taux d’imposition sur les personnes physiques de 53 à 39% (revenus élevés) et de 26 à 15% (revenus modestes). Le ministre sortant des Finances, Theo Waigel, est toutefois revenu récemment sur ces chiffres, indiquant que le taux d’imposition maximal passerait à 47 ou 48% et le minimal à 20%. S’agissant du taux d’imposition des sociétés, le seuil serait abaissé à 35% pour les bénéfices non distribués et 25% pour les bénéfices distribués sous forme de dividendes. L’allégement fiscal prévu par la CDU nécessiterait également un relèvement d’un point de la TVA, dont le montant est actuellement fixé à 16%. Le SPD juge ce plan irréalisable, mais les «ajustements» apportés par Waigel — et qualifiés de plagiat par Schröder — devraient permettre un terrain d’entente dans la future législature. Les premières baisses d’impôts devraient intervenir en 1999. La réforme du système de protection sociale, auquel sont profondément attachés les Allemands, devrait s’avérer plus complexe. Les deux partis s’accordent pour baisser les charges sociales de 42 à 40%. La solvabilité du régime futur des retraites est la «grande» question dans ce domaine. Le SPD a opposé son veto à un projet de réforme du ministre sortant du Travail, Norbert Blüm, qui veut baisser progressivement le niveau des retraites de 70 à 64% du salaire net moyen. Il veut également remettre en cause la baisse des indemnités-maladie et une loi facilitant le licenciement. Le SPD pourrait repousser la réforme du système des retraites, mais deux données incontestables le contraindront à agir: le vieillissement de la population et la hausse du chômage. Si Schröder parvient à prendre l’avantage sur l’aile radicale du SPD — qui prône le statu quo en matière de retraites —, il pourrait lancer l’idée de fonds de pensions privés que son allié Walter Riester tenterait d’appliquer au ministère du Travail. L’emploi au cœur du débat L’emploi enfin, sujet principal des débats électoraux. En juin, l’Allemagne comptait 8,9% de chômeurs dans sa partie Ouest et 17,2% de sans emploi dans sa partie Est, soit plus de quatre millions de chômeurs. Gerhard Schröder, qui ne cesse de pointer du doigt les responsabilités du gouvernement Kohl, a fait de la lutte pour l’emploi la priorité de son programme. Le chancelier sortant compte de son côté tirer profit de la baisse de demandeurs d’emploi observée depuis janvier (-700.000) pour s’adjuger un cinquième mandat. Le SPD veut lancer un «Pacte pour l’emploi» qui mobiliserait patronat, syndicats et gouvernement à égalité pour favoriser la création d’emplois. Kohl avait tenté pareille initiative en 1996, mais elle s’était soldée par un échec. Schröder envisage également un programme d’urgence pour les jeunes qui assurerait à 100.000 élus un emploi ou une formation professionnelle. Le SPD et la CDU militent enfin — sous des modalités légèrement différentes — pour la création d’un «kombilohn», un salaire «combiné» qui permettrait aux chômeurs de longue durée d’accepter un emploi peu rémunéré tout en conservant la totalité ou une partie de leurs indemnités chômage. Les solutions sont posées, leur application est urgente pour relever le défi de l’euro. «Quelle que soit la nature de la coalition, tous les projets de réformes devront être entérinés dans les deux ou trois mois qui suivent (les élections) et mis en œuvre sans délai. Sinon, ce sera la paralysie», résume Dieter Vesper, de l’institut DIW de Berlin, sentiment partagé par la majorité des analystes en Allemagne.
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