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Actualités - Reportage

(Supplément) Petites et micro-entreprises : nouvelles perspectives d'emplois bancaires

La petite entreprise constitue la toile de fond de l’économie libanaise. Pourtant, son financement est loin d’être assuré par les circuits de financement traditionnels qui reposent sur le crédit bancaire. Trop risquée, la petite entreprise n’est pas convoitée par les banques. Trop cher, le crédit bancaire est inaccessible pour la petite entreprise. La réconciliation de ces paradoxes passerait aujourd’hui par le renforcement des garanties associées aux crédits bancaires accordés à ces unités. Profil de la petite entreprise Le marché libanais est aujourd’hui constitué à 95% d’entreprises de moins de 10 salariés. Il s’agirait d’environ 185.500 entreprises dont 6% seulement emploieraient plus de 5 personnes. L’émergence et la prépondérance d’une telle structure de marché au Liban sont parfaitement justifiables autant par des facteurs d’ordre économique, que d’ordre social et conjoncturel. Sur le plan économique, l’exiguïté du marché interne et le rétrécissement des marchés (notamment régionaux) à l’exportation ont fortement affaibli les capacités de production libanaises, entravant la croissance des entreprises. De 65% en 1974, le taux de couverture des importations par les exportations chute à moins de 8% en 1997. En effet, le conflit libanais a été à l’origine d’une fuite massive des capitaux et des ressources humaines, endiguant compétitivité et productivité et amplifiant par là-même les barrages à un développement sain des entreprises. La dégradation de la situation politique et économique dans le pays a aussi rimé avec une décentralisation de l’activité économique qui a fortement réduit le poids économique de la capitale au profit de l’ensemble des régions libanaises. Cet éclatement de l’activité productive a été très propice au développement des petites unités, d’autant plus que le secteur tertiaire, qui accapare depuis longtemps les trois quarts de l’activité économique du pays, comprend principalement des entreprises de taille limitée. Effectivement, dans le domaine des services, le facteur taille ne joue généralement qu’un rôle accessoire de vecteur d’efficacité et de compétitivité. D’autre part, certaines caractéristiques de l’entreprise et de l’entrepreneur libanais encouragent de fait les activités de petite taille. La facilité juridique d’entreprendre, la nature individualiste du Libanais et l’importance de l’entreprise familiale au sein de la société sont autant d’éléments qui continuent à renforcer la position déjà depuis longtemps ancrée de la petite entreprise. Mais si la petite entreprise, et plus particulièrement la micro-entreprise, constitue une part écrasante des entreprises opérant dans le pays, il n’en demeure pas moins qu’elle souffre le plus souvent d’un handicap majeur : le financement. De manière particulière, les circuits de financement "formels" axés sur la banque sont aujourd’hui tels que les petites entreprises en sont exclues de fait. Le crédit bancaire aux petites entreprises: rareté, cherté, et discrimination L’affaiblissement du crédit bancaire durant les années du conflit, associé à la chute de la livre libanaise, à la dollarisation poussée de l’économie, et à une montée des risques liés à l’entreprise, ont tous été des facteurs handicapant le développement des modes de financement des entreprises et partant, justifiant la limitation de leur taille. Présélection discriminatoire Même si certaines banques ont depuis peu adopté une stratégie d’extension de leurs crédits à un plus grand nombre d’entreprises, notamment celles de taille relativement petite, l’accès au crédit demeure très coûteux et souvent conditionné par la fortune personnelle de l’entrepreneur. Les crédits aux petites entreprises sont perçus comme trop risqués pour les banques, et les garanties sont primordiales. L’ironie du marché est donc telle que, plus l’on est riche, plus on peut emprunter facilement. Cette marginalisation de la petite entreprises vis-à-vis du financement bancaire est due aussi bien à l’aspect informel de la gestion des entreprises qu’à des spécificités du secteur bancaire et de l’économie libanaise Le crédit bancaire: difficulté d’accès et éviction des petits crédits Aussi bien rare que cher, le crédit bancaire actuellement disponible au Liban est difficilement accessible aux entreprises de petite taille ne possédant pas de garanties suffisantes aux yeux des établissements bancaires. En fait, les crédits à l’économie sont conditionnés par une rareté des ressources à long terme des banques commerciales. La moyenne des dépôts des banques libanaises ne dépasse pas les 2 mois, ce qui raréfie et renchérit significativement les prêts à long terme. Il va donc de soi que les "gros" clients sont les premiers servis. Par ailleurs, la politique de soutien massif à la monnaie nationale a engendré le maintien à des niveaux très élevés des taux d’intérêt servis sur la livre libanaise. Ces derniers sont jugés excessifs et dépassent toujours la barre des 20% pour les petits emprunteurs. Cette hausse des taux se double d’un grave effet d’éviction dû aux priorités de financement de l’Etat qui emprunte sur le marché interne jusqu’à plus de 50% de ses besoins. La forte hausse des taux d’intérêt sur la livre affecte même les taux sur l’endettement en dollars. Les risques élevés d’exploitation, doublés d’une stérilisation d’une grande partie des dépôts (réserves obligatoires et taux plafond pour les remplois des ressources bancaires), forcent les établissements de crédit à augmenter les intérêts débiteurs en dollars. En effet, le "prime rate" accordé aux débiteurs privilégiés des banques dépasse de 2 à 3% les taux pratiqués sur le marché international. Démunie de pouvoir de négociation, la petite entreprise ne peut donc bénéficier d’un taux préférentiel et se retrouve le plus souvent interdite d’accès au crédit bancaire. Il ne faut pas oublier non plus qu’une proportion infime des petites entreprises opérant au Liban tiennent une comptabilité exacte, gèrent leurs stocks selon des règles d’exploitation saines, ou encore ont un semblant d’organisation de leur gestion. L’aspect informel de la gestion de ces unités est d’autant moins rassurant que la fiscalité au Liban n’implique pas de contraintes majeures pour les entreprises. Si la gestion des risques au sein des banques a récemment fait l’objet d’un développement important dans le cadre d’une volonté généralisée de renforcement de la banque libanaise, il n’en demeure pas moins que les structures y consacrées restent insuffisantes et les coûts de gestion d’un dossier de crédit trop élevés. Le risque inhérent aux petits crédits reste donc mal cerné par les banques et les conditions conséquentes imposées par les banques ne sont passibles d’être assurées que par un nombre très limité de petites entreprises. Sans oublier les "frais annexes" de constitution d’un dossier de crédit (frais d’ouverture du dossier, frais d’hypothèque, frais d’estimation par les experts des garanties immobilières, etc.) qui atteignent souvent une proportion significative du montant du crédit dans le cas des petits montants. L’adaptation du marché ou le crédit informel Les réalités du marché ont depuis longtemps résulté en une marginalisation de la petite entreprise quant à l’accès au financement formel qu’incarne le crédit bancaire. Pourtant, le marché a vite fait de s’adapter en faisant place à une multitude d’options en matière de financement de la petite entreprise, palliant par là, tant bien que mal, les insuffisances du crédit bancaire. L’essor du crédit fournisseur a permis la survie de la plus grande partie des petites entreprises au Liban. Aujourd’hui, ce crédit constitue la principale source de financement aux PME. Les banques commerciales préfèrent effectivement financer les grands distributeurs qui, à leur tour, assurent des crédits à leurs petits clients. D’une manière complémentaire, le crédit familial, le crédit usuraire et les capitaux propres des petits entrepreneurs assurent le financement des petites unités, surtout en matière de fonds de roulement. Le problème demeure toutefois entier lorsqu’il s’agit d’expansion de l’entreprise et de besoins en fonds de moyen ou de long terme. Le financement d’équipements et d’immobilier s’intègre mal aux circuits de financement extra-bancaires tandis que l’ouverture du capital social des petites entreprises relève de l’utopie. Les besoins de financement à long terme des petites entreprises sont donc aujourd’hui très mal satisfaits par les structures existantes du marché. De la nécessité du soutien aux petites entreprises Les professionnels estiment que les besoins de financement des petites entreprises sont actuellement à 80% justifiés par des besoins en capital et par l’achat d’équipements, et accessoirement par les besoins en fonds de roulement. Seul un accès simplifié au financement bancaire permettrait de satisfaire ces besoins, permettant aux petites entreprises de remplir entièrement leur rôle central dans le développement et la croissance de l’économie. Les difficultés d’accès au crédit bancaire, notamment pour les entreprises de petite taille, ont récemment généré une volonté des autorités publiques de catalyser l’accès au crédit bancaire pour ces entreprises. La principale proposition formulée dans ce sens consiste en l’extension des fonctions de l’Institut national de Garantie des Dépôts pour qu’elles s’étendent à l’actif du bilan bancaire de manière à garantir les crédits bancaires accordés aux petites unités. Des hypothèses réalistes Les études préliminaires effectuées à ce sujet ont permis de tracer et de définir les modes d’intervention et les objectifs de cet institut, et d’en évaluer les résultats prévisionnels. L’objectif principal du projet est de faciliter l’accès au crédit bancaire aux entreprises de moins de 10 salariés qui seraient intéressées par un crédit d’un montant allant de L.L. 10 à 100 millions. Les principales unités concernées seraient donc celles ne pouvant pas présenter aux banques de garanties immobilières. Selon les statistiques officielles, il s’agirait de la moitié des entreprises postulant pour le crédit, sachant que 50% des entreprises libanaises possèdent leurs locaux tandis que l’autre moitié est en location. Les secteurs ciblés par le projet seraient a priori l’industrie (et son corollaire l’artisanat), le tourisme et l’agriculture. L’estimation de la demande potentielle pour ce type de crédit garanti pousse à croire que seule la moitié des demandes de crédit présentées aux banques seront a priori acceptées, la plus grande part provenant d’entreprises industrielles. Progressivement, il est prévu que les demandes proviennent à 50% de l’industrie, et à 50% de l’agriculture et du tourisme. Les statistiques de l’Administration centrale de la statistique et de la Centrale des risques de la Banque centrale permettent de poser l’hypothèse suivante: environ 3.000 unités industrielles et 3.000 unités agricoles et touristiques profiteraient dans un premier temps de la création de l’institut de garantie des crédits pour accéder au crédit bancaire. Ces 6.000 entreprises ne disposeraient actuellement d’aucune garantie immobilière pouvant leur ouvrir la voie du financement bancaire. Ajoutons à cela environ 2.000 petites entreprises accédant déjà à un crédit bancaire grâce à des garanties personnelles fournies par l’entrepreneur. Ces entreprises seraient intéressées par une augmentation du plafond de leur crédit. La garantie supplémentaire de l’institut permettrait alors d’élargir la marge de crédit de ces unités. Avec un taux de croissance estimé du nombre d’entreprises accédant au crédit de 10% par an (donc de 5.000 entreprises sur 6 ans), le nombre d’entreprises passibles d’accéder au crédit au cours des 6 premières années de fonctionnement de l’institut varierait entre 8.000 et 13.000 entreprises. Le prêt moyen s’élèverait à environ 40 millions de livres et la durée du prêt irait de 2 à 5 années, avec un délai de grâce de 6 mois. Le total des crédits accordés aux petites entreprises s’élèverait à $ 340 millions en 6 ans. L’institut de garantie couvrirait entre 65 et 75% du montant des crédits, laissant 25 à 35% à supporter par la banque. La croissance des entreprises qui découlerait de ce projet entraînerait, six ans après son démarrage, la création d’environ 56.000 nouveaux emplois engendrant environ $519 millions en valeur ajoutée par an (soit 3,5% du PIB estimé de 1997 – $ 14,5 milliards). De nouveaux horizons pour les banques et pour l’économie L’institut de garantie des crédits signifierait alors moins de risques pour les banques, plus de fonds pour les petites entreprises, et une croissance relancée pour l’économie. L’accès au crédit rendu possible par le nouvel institut pousserait aussi les entrepreneurs à engager leurs propres fonds, jusque-là insuffisants, dans les investissements qu’ils prévoient et qui seraient devenus réalisables. Cela inciterait d’ailleurs d’autant plus les banques prêteuses qui ne seront que plus rassurées sur le bien-fondé du crédit et sur la bonne volonté de l’entrepreneur. Les nouveaux emplois bancaires ainsi créés à l’actif des banques seraient source de diversification des placements des banques commerciales, réduisant le risque global supporté par les banques et instiguant un processus de multiplicateur bénéfique pour l’ensemble des agents économiques. L’assurance que procurerait le nouvel institut stimulerait la concurrence entre banques en matière d’offre de crédits. La baisse des taux d’intérêt en résultant éventuellement ferait alors partie d’un cercle a priori vertueux, rimant avec investissement productif, emploi, compétitivité, et par conséquent croissance saine et soutenue. Mais ce n’est que la mise en exécution réelle du projet qui mettra en relief son impact en matière de nouveaux emplois bancaires et de redéfinition du rôle économique de la banque commerciale.
La petite entreprise constitue la toile de fond de l’économie libanaise. Pourtant, son financement est loin d’être assuré par les circuits de financement traditionnels qui reposent sur le crédit bancaire. Trop risquée, la petite entreprise n’est pas convoitée par les banques. Trop cher, le crédit bancaire est inaccessible pour la petite entreprise. La réconciliation de ces paradoxes passerait aujourd’hui par le renforcement des garanties associées aux crédits bancaires accordés à ces unités. Profil de la petite entreprise Le marché libanais est aujourd’hui constitué à 95% d’entreprises de moins de 10 salariés. Il s’agirait d’environ 185.500 entreprises dont 6% seulement emploieraient plus de 5 personnes. L’émergence et la prépondérance d’une telle structure de marché au Liban sont...