Le marché des changes de Beyrouth s’est montré encore une fois, la semaine dernière, sensible aux conjectures selon lesquelles l’article 49 de la Constitution serait aussitôt amendé afin de paver la voie à l’élection du commandant en chef de l’armée à la présidence de la République. En effet, la livre libanaise a continué de bénéficier d’un certain courant d’achat à des fins de placements en bons du Trésor libanais dont le rendement est actuellement assez élevé, surtout après les propos attribués au gouverneur de la Banque du Liban (B.D.L.) faisant allusion à une réduction des taux d’intérêt libanais au lendemain de l’échéance présidentielle. Cela d’autant qu’on est parvenu à ramener le taux d’inflation à moins de 5% et à maintenir le déficit budgétaire au-dessous de l’objectif qui lui a été fixé pour l’exercice financier 1998, soit à 38% fin août au lieu de 42% comme initialement prévu, contre 59,5% en 1997. En effet, le dollar a continué quant à lui à faire l’objet d’un surcroît d’offre, se négociant dans les échanges interbancaires tout près du taux moyen indicatif fixé par la B.D.L. au lieu de rester tel qu’il était auparavant au point supérieur d’intervention de celle-ci en l’absence d’intérêts particuliers à la vente. C’est ainsi qu’il a dû fluctuer pratiquement tout au long de la semaine dernière dans une marge très étroite comprise entre 1511,00 et 1512,00 L.L., avec un point d’ancrage à 1511,50 L.L., pendant que la B.D.L. le faisait négocier théoriquement dans une fourchette plus large entre 1503,50 L.L. à l’achat et 1516,50 L.L. à la vente, avec un taux moyen indicatif à 1510,00 L.L., dans un marché où la propension des opérateurs à la vente du dollar ne s’est pas démentie quoique dans des volumes ne dépassant pas les besoins commerciaux du pays en cette monnaie. Le dollar dans la tourmente A l’étranger, les marchés des changes internationaux ont encore vécu une nouvelle période difficile la semaine dernière marquée vers sa fin par des craintes que l’économie américaine ne puisse sortir saine et sauve de la tempête qui secoue les marchés émergents de par le monde. A cet égard, la communauté financière internationale a été très préoccupée par les déconvenues du fonds américain de performance (Hedge Fund), le «Long Term Capital Management Fund» (L.T.M.C.) dont la faillite pouvait annoncer une série de déboires d’autres établissements des deux côtés de l’Atlantique, avec une prise de conscience des risques du trading et du manque de contrôle dans ce genre de fonds. Cela d’autant qu’on apprenait de l’Union de Banques Suisses (U.B.S.) qu’elle aurait accusé des pertes dans ce fonds de l’ordre d’un milliard de F.S.(725 millions de dollars) jusqu’au troisième trimestre de cette année, et que des agences de notation financière internationale faisaient savoir qu’elles réexamineraient le profil des grandes banques américaines et européennes à la suite des déconvenues de ce fonds avec sans doute pour conséquence un déclassement pour plusieurs d’entre elles. Les établissements bancaires et financiers concernés sont : Bankers Trust, Chase Manhattan Bank, J.P. Morgan, Merrill Lynch, Goldman Sachs, Deutsche Bank, Dresdner Bank, Crédit Suisse, U.B.S., Barclays Bank, Paribas, la Société Générale… L’annonce par la firme Standard and Poor’s qu’elle avait déclassé dès vendredi dernier la dette prioritaire de Bankers Trust au moment où l’agence Moody’s annonçait qu’elle avait mis sous surveillance avec implication négative les dettes de cette banque, estimant qu’elle a beaucoup trop d’engagements auprès de clients à risque élevé, est venue jeter beaucoup de froid sur le marché du dollar à la veille du week-end, relançant les craintes de généralisation de la crise financière aux Etats-Unis dans le sillage de la tourmente asiatique et russe. Ce sentiment a été renforcé aussi par le discours du président de la Réserve fédérale (Fed), Alan Greenspan, devant la commission bancaire du Sénat, laissant entendre que la crise financière mondiale faisait courir à l’économie américaine un risque accru de récession. Ce phénomène, conjugué à l’absence de pressions inflationnistes, qui pourrait contraindre le comité de l’open market lors de sa réunion de demain à abaisser les taux d’intérêt servis sur les fonds fédéraux (Fed funds) de 25 à 50 points de base, a constitué aussi un autre facteur de pression sur le dollar contre toutes les autres grandes monnaies, à l’exception toutefois du yen souffrant lui aussi de profondes inquiétudes en rapport avec le retard de la réforme du secteur bancaire japonais, et ce, avant l’annonce samedi dernier par le Parti libéral démocrate au pouvoir qu’il est parvenu à un accord avec les partis de l’opposition sur la nationalisation de la Long Term Credit Bank of Japan (L.T.C.B.) et sur l’autorisation de l’utilisation de l’argent public pour la restructuration du secteur bancaire nippon. Dans ce contexte empreint de beaucoup d’incertitudes sinon d’inquiétudes, les opérateurs se sont montrés très indifférents, la semaine dernière, aux statistiques en provenance de l’économie américaine, les considérant comme faisant partie du passé et ne préjugent en rien de la prochaine orientation des taux d’intérêt aux Etats-Unis. A cet égard, ils n’ont guère été sensibilisés par la nouvelle hausse de 1,6% des commandes de biens durables le mois dernier après 1,9% en juillet, de l’augmentation de 0,6% des dépenses des Américains à la consommation contre une baisse de 0,1% pendant la même période et de la diminution du nombre des demandeurs d’allocations-chômage de 8000 personnes pendant la deuxième semaine de septembre en raison de plusieurs créations d’emplois non agricoles, témoignant de la vigueur de l’économie. Ils ont au contraire fait état de la maigre hausse de 1,8% en dernière révision du produit intérieur brut (P.I.B.) américain au deuxième trimestre contre 5,5% au premier et de la forte baisse de 3,7% des reventes de logements aux Etats-Unis le mois dernier contre une hausse de 3,6% en juillet, pour s’attaquer au dollar dans la mesure où ces chiffres reflétaient un ralentissement de l’économie, justifiant, entre autres, un assouplissement de la politique monétaire de la Fed. C’est ainsi qu’à la veille du week-end et à quelques jours de la réunion demain du comité de l’open market de la Fed, le dollar a clôturé la semaine, vendredi dernier, à New York, sur un ton faible, sauf contre le yen, en comparaison avec la fin de la semaine se terminant au vendredi 18 septembre, comme suit: — 1,6980 pour un sterling contre 1,6850 (-0,77%). — 1,6780 D.M. contre 1,6875 (-0,56%). — 5,6285 F.F. contre 5,6590 (-0,54%). — 1660,65 lires contre 1667,00 (-0,38%). — 1,3875 F.S. contre 1,3890 (-0,11%). — 136,25 yen contre 132,10 (+3,14%). Réduction des gains de l’or Reflétant les inquiétudes suscitées par les déboires des marchés financiers internationaux et la faiblesse du dollar, les métaux précieux ont été souvent très recherchés en tant que valeurs-refuge avant de subir la pression de quelques ventes bénéficiaires à la fin de la semaine, leur faisant perdre une bonne partie de leurs gains. C’est ainsi que la parité de l’or a clôturé vendredi dernier, à New York, à 293,60 dollars, après avoir frôlé le seuil des 300,00 dollars, contre 291,65 dollars à la fin de la semaine se terminant au vendredi 18 septembre, en hausse réduite à 0,67% en moyenne. Il en est de même de l’argent-métal qui, après un plus haut à 5,25 dollars l’once, a dû achever la semaine vendredi dernier, à New York, à 5,13 dollars contre 4,9750 dollars à la fin de la semaine se terminant au vendredi 18 septembre, en sensible progression de 3,12% en moyenne.
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