Rechercher
Rechercher

Actualités - Reportage

Les lauréats du mois de la photographie Quatre talentueux faiseurs d'images (photos)

Paul Zogheib et Pierre Zabbal sont les grands gagnants du concours du mois de la photographie (juillet 98). Grand prix pour le premier, prix d’an-Nahar (meilleur reportage) pour le second... Tandis que le prix du jeune talent est revenu à Naji Zahar et Imad Khouri ex aequo. Concrètement, cela représente pour les quatre photographes un séjour de trois jours, fin octobre, à Paris pour participer au mois de la photo organisé par la Maison européenne de la photographie A tout seigneur, tout honneur: Paul Zogheib, chef du département de photographie de l’USEK, estime que ce prix est «la récompense, justifiée ou non, de trois ans de travail sur le thème de la mémoire de guerre». Un sujet grave inspiré d’un poème de Nadia Tuéni «Archive sentimentale d’une guerre au Liban». Partant du principe qu’ «il ne faut pas oublier la guerre pour ne pas la répéter», Zogheib a fixé sur vingt tableaux photographiques, regroupés sous le titre «Part d’ombre», sa vision de l’ampleur des dégâts. Axant son travail sur l’être humain et son environnement, le photographe met en scène la souffrance, dans une maison détruite. Chaque cliché montre une silhouette, féminine ou masculine, à la posture évoquant douleur, crucifixion, déchirement, éclatement, abattement ou lassitude… Sur tirage bleu grand format (80x120 et 120x200), il a ensuite retravaillé ses images par le feu (au chalumeau) pour en faire sortir des formes qui, au départ, peuvent sembler abstraites mais prennent corps sous un regard appuyé. «A l’instar du processus de la mémoire», souligne Paul Zogheib. Une recherche technique poussée qui donne à ces photos artistiques un fort pouvoir expressif… Couleurs d’Asie Registre différent pour Pierre Zabbal, successivement photographe de presse, de mode, d’architecture, aujourd’hui reconverti dans l’image publicitaire Zabbal, qui a exposé au Palais de Beiteddine 53 scènes de rues (formats : 30x40 et 40x50) tirées de ses «Carnets d’Asie», est bien sûr «content d’avoir obtenu le prix du Nahar» bien qu’il dise s’être senti découragé par quelques bavures d’organisation. «L’initiative est cependant louable et puis c’était une première édition» …. Attiré par les gens, les couleurs, la luminosité — «Le secret d’une bonne photo ? C’est de savoir interpréter la lumière», dit-il —, ce photographe n’est pas du genre à se cacher derrière la caméra. Ses clichés aux couleurs exubérantes foisonnent de personnages, «avec qui j’échange toujours quelques mots, généralement après la photo». Que ce soit dans un temple en Inde, au bord d’une rivière au Sri Lanka, dans les marchés pakistanais ou dans la rue en Thaïlande, les figures humaines, les regards restent au centre des photos de Pierre Zabbal. «Un lieu vide est un endroit mort. Ce sont les gens qui introduisent la vie et par conséquent l’émotion». L’émotion est, semble-t-il, le fil conducteur de son travail. «Aujourd’hui, on est saturé d’images. Il n’y a que celles qui véhiculent une certaine émotion qui peuvent accrocher» Pour cet «œil qui passe», comme il se qualifie, le reportage est un défoulement, parce que c’est de l’instantané. «Je ne sais pas ce qui m’attend. Je suis là et hop une photo se présente, j’arrête l’instant. Il y a des moments forts, bouleversants, des impulsions. J’ai cependant du mal à photographier la souffrance. Pour moi, c’est du voyeurisme. J’aime surtout montrer la beauté. Mon but est de rendre beau même ce qui ne l’est pas de prime abord». Objectif atteint….. Flou artistique Décidément, l’Asie est une destination-photos prisée des Libanais. Naji Zahar, prix du jeune talent, a parcouru pour sa part le Népal, la Birmanie, le Tibet, le Bangladesh …. Il en a rapporté une centaine de reportages couleur (10x10) et une cinquantaine d’images tirées sur papier aquarelle en noir et blanc. Ces dernières reflètent les préoccupations de ce photographe amateur dont le métier est l’habillement pour enfants. Portraits d’enfants du Bangladesh au regard intense, méfiant, évoquant les dures conditions de vie de ces «adultes précoces»… Des visages pris sur le vif mais nimbés de flou artistique «pour les extraire de la réalité», dit leur auteur. Une deuxième série est consacrée aux singes «demi dieux». Vénérés en Birmanie, considérés comme des chasseurs de mauvais esprits, ils ont inspiré à Naji Zahar un rapprochement — étonnant de prime abord — avec «les moines tibétains à l’heure du repas». D’une part, des primates qui déploient leurs faciès contrastés sur une vingtaine de tableaux et offrent une gamme d’expressions variées allant de l’agressivité à une troublante sérénité. D’autre part, ces hommes d’élévation et de compassion, qui, à la fin du jeûne, perdent leur impassibilité de bonzes et se ruent sauvagement, dans une indescriptible cohue, sur l’unique repas de la journée…. Portraits de photographes Expressives et denses, les photos de Naji Zahar allient l’esthétisme raffiné de l’impression sur papier fibré à l’expression documentaire. Expression qu’il sera peut-être amené à développer dans une prochaine étape. Le prix du jeune talent lui apportant une certaine reconnaissance et la possibilité d’exposer à l’étranger, Zahar envisage sérieusement un avenir de reporter. Son statut de professionnel fraîchement acquis, il vient juste d’obtenir son diplôme en photographie de l’USEK. Imad Khoury a misé sur l’effet «croqueur croqué» en faisant les portraits hauts en couleurs d’une vingtaine de ses collègues. «Le travail s’est situé surtout au niveau de la préparation de la séance de pose, dit-il. Comme je voulais montrer en une photo, la personnalité de chacun, j’ai dû multiplier les rencontres pour mieux cerner leurs principaux traits de caractère. J’ai dû également vaincre leurs réticences, les photographes en général n’aiment pas passer de l’autre côté de la caméra. Ensuite il a fallu soigner la mise en scène». Et la spontanéité, l’instantané dans tout cela? Imad Khoury ne jure que par la maîtrise complète de l’image à prendre. Au point même qu’il fait au préalable une esquisse de la photo qu’il veut avoir. «Parce que, insiste t-il, le secret d’une photo réussie, c’est avant tout la mise en scène» … De «l’art et la manière» de réaliser une bonne photo, un œil qui se met en quatre….
Paul Zogheib et Pierre Zabbal sont les grands gagnants du concours du mois de la photographie (juillet 98). Grand prix pour le premier, prix d’an-Nahar (meilleur reportage) pour le second... Tandis que le prix du jeune talent est revenu à Naji Zahar et Imad Khouri ex aequo. Concrètement, cela représente pour les quatre photographes un séjour de trois jours, fin octobre, à Paris pour participer au mois de la photo organisé par la Maison européenne de la photographie A tout seigneur, tout honneur: Paul Zogheib, chef du département de photographie de l’USEK, estime que ce prix est «la récompense, justifiée ou non, de trois ans de travail sur le thème de la mémoire de guerre». Un sujet grave inspiré d’un poème de Nadia Tuéni «Archive sentimentale d’une guerre au Liban». Partant du principe qu’ «il ne faut...