Les premières propositions pour un programme économique devraient être lancées jeudi par le gouvernement russe, mais les analystes craignent un patchwork d’idées peu à même de sortir le pays de la crise. Si le programme économique du premier ministre Evugeni Primakov est «crédible, nous le soutiendrons», a expliqué mercredi sur une radio française le directeur général du FMI, Michel Camdessus. Mais il ne le fera que si la Russie parvient à stabiliser sa monnaie et son budget et si elle adopte un comportement «civilisé» à l’égard de ses créanciers pour le rééchelonnement des dettes. Seul l’argent du FMI peut éviter une «catastrophe» économique, a averti de son côté Anatoli Tchoubaïs, l’ancien médiateur du Kremlin auprès des organisations financières internationales. La Russie ne pourra éviter le défaut de paiement que si le FMI débloque les 4,3 milliards de dollars promis pour début septembre au précédent gouvernement, estime-t-il dans une interview au quotidien «Moskovski Komsomolets». La Russie doit rembourser 3 milliards de dollars cette année sur sa dette extérieure en devises, et 19,2 mds de dollars l’an prochain (interêts et capital). Sa dette intérieure globale (250 milliards de roubles, soit 40 mds de dollars au cours d’avant dévaluation) est gelée et sa restructuration contestée par les investisseurs occidentaux. Pas de ligne de conduite claire Moscou doit aussi aux fonctionnaires et aux retraités l’équivalent de plus de 5 milliards de dollars, et la colère sociale monte. L’inflation se monte déjà à 70% depuis janvier et atteindra «au mieux» 120-150% d’ici la fin de l’année. Les banques n’ont plus un sou. «La production nationale va aussi rechuter nettement, de 5-6% cette année, et plus fortement l’an prochain», selon les analystes. Le temps presse donc pour le gouvernement de centre-gauche de M. Primakov. Mais il n’a aucune ligne de conduite claire, hésitant entre la nécessité de séduire l’Occident avec une politique de stabilisation monétaire et celle d’aider financièrement les producteurs, comme le demandent les communistes dont le soutien au Parlement est indispensable. Le porte-parole du gouvernement Andreï Korotkov a expliqué mardi que trois groupes travaillaient sur un programme anticrise: — l’un est dirigé par le premier vice-premier ministre (communiste) Iouri Maslioukov, chargé de la stratégie de sortie de crise et qui collabore avec les économistes de l’Académie des sciences, — un autre est placé sous la tutelle du vice-premier ministre (réformateur modéré) Alexandre Chokhine, chargé des mesures d’urgence, — le troisième est dirigé par M. Primakov lui-même et doit élaborer les mesures globales. Le programme de M. Maslioukov n’est pas très différent de celui déjà dessiné par les économistes (âgés de 60 à 71 ans), «sortis du sous-sol de l’Académie des sciences»: une émission monétaire massive est envisagée pour éteindre les dettes budgétaires et soutenir les producteurs nationaux, relève le quotidien «Kommersant», pour qui cela va droit vers l’hyperinflation. M. Chokhine propose quant à lui un mélange de libéralisme et de réformes modérées. Il souhaite éviter d’en appeler à la planche à billets. «On trouve aussi chez lui des propositions très exotiques, comme l’émission de nouveaux titres financiers «dans lesquels les gens auraient confiance»», note «Kommersant». M. Primakov doit rédiger le programme général. Et «le problème n’est pas la qualité éventuelle des différentes propositions, mais leur incompatibilité», souligne Sevodnia. «Primakov va tenter de trouver une voie médiane, cela semble impossible», relève un expert occidental. Il va proposer «un peu d’émission monétaire, mais pas trop, une dose de renforcement de l’Etat, mais sans effrayer les Occidentaux...» «Tout cela est insuffisant pour mener une véritable politique de redressement», ayant une logique propre, relève l’expert. Outre les crises bancaire, sociale et budgétaire, «le gouvernement fait face à une crise d’idées», estime «Kommersant». (AFP)
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