A l’entrée de Tchabanmakhi, des gardes barbus et armés de Kalachnikovs stoppent le nouvel arrivant pour vérifier qu’il ne transporte ni armes, ni alcool. Pas question d’introduire vin ou vodka dans ce village wahhabite qui a «fait sécession» d’avec le Daguestan et donc la Russie. Ils sont trois villages, tous dans cette même région de Bouïnaksk, à 70 km au sud-ouest de la capitale Makhatchkala, à avoir annoncé récemment qu’ils ne reconnaissaient plus l’autorité du Daguestan et entendaient vivre désormais «strictement selon l’islam». Si à Makhatchkala les autorités ne cachent pas leur inquiétude devant cette montée en puissance d’extrémistes qu’elles voient financés et dirigés par des Etats islamiques étrangers, à Tchabanmakhi tout est calme. C’est un village typique des hautes collines boisées daguestanaises, avec de petites maisons carrées de pisé passé à la chaux grise ou bleutée, pauvres, mais ayant gardé de l’époque soviétique l’électricité et le gaz, et même une arrivée d’eau dans la cour au lieu du puits villageois, un luxe dans le Caucase russe. Les habitants, des Darguines, vivent modestement d’un peu d’agriculture potagère et de troupeaux de moutons ou de vaches. Ils acceptent sans peur mais sans fanatisme ce nouveau statut du village et ces nouveaux maîtres. «Ils croient en Dieu, c’est leur droit de vivre comme ils l’entendent. Ils ne nous gênent pas, ils ne nous obligent pas à quoi que ce soit, on s’y est habitué, on ne fait plus attention», explique Zalina Amaïeva, 52 ans. Le foulard de couleur claire qui lui entoure la tête, à la mode islamique? «Ils ne nous obligent pas, mais c’est vrai que, de voir comment ils vivent suivant l’islam, on a envie soi-même de faire attention. Et puis, ils amènent des visiteurs ici, il faut qu’on soit habillé correctement». Car Tchabanmakhi et ses deux voisins, c’est la «vitrine» des wahhabites. Les villages qu’ils montrent pour prouver que, là où ils règnent, les gens vivent tranquilles, sans avoir à craindre ni la police corrompue ni la criminalité omniprésente au Daguestan. Refus des lois laïques Venu d’Arabie Séoudite, le wahhabisme, avec son interprétation stricte de la charia, est arrivé dans la région il y a environ six ans avec le retour des premiers pèlerinages vers la Mecque. Il s’est renforcé via la Tchétchénie, avec les «volontaires» étrangers venus aider les Tchétchènes pendant la guerre contre les Russes (1994-96). Les wahhabites de Tchabanmakhi ne cachent d’ailleurs pas «prendre conseil» auprès du fameux Khatab, chef du mouvement en Tchétchénie. «Sur notre territoire, seule la charia existe. Nous ne reconnaissons aucune loi laïque, et certainement pas les autorités (du Daguestan). Nous maintenons l’ordre nous-mêmes, nous n’avons pas besoin d’eux, tout ce qu’ils font c’est nous empêcher de travailler et de vivre, en volant aux gens le peu d’argent qu’ils ont. Nous, nous voulons vivre calmement et travailler pour nous-mêmes», explique Khalipa, 40 ans, un habitant du village qui s’est enthousiasmé pour le nouveau mouvement. «Nous avons besoin d’armes pour nous défendre, pour que personne ne puisse nous persécuter», lance Mogamedsadik Askhabov, l’un des miliciens en armes qu’on voit ici et là dans le village, arborant fusils mitrailleurs du dernier modèle et radios sophistiquées. «Nous, nous ne touchons personne. Que le gouvernement désarme donc les bandits qui font la loi dans la république». Mais dans les villages voisins on voit les wahhabites d’un mauvais œil. Leur rejet de l’islam très adouci qui règne officiellement au Daguestan, concession à la fois à 70 ans de soviétisme et à des traditions locales pas toujours en accord avec la charia, est perçu comme une menace potentielle. «Le danger, c’est qu’ils recrutent les jeunes, ils appellent à n’écouter personne, ne reconnaître aucune autorité et ça plaît», explique Khaiboullah Abouïev, un habitant de Denboutaï, à 10 km de là. «S’ils prennent de la force, ils finiront par établir un pouvoir fondamentaliste et nous n’en voulons pas. Le Caucase a d’autres traditions». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats A l’entrée de Tchabanmakhi, des gardes barbus et armés de Kalachnikovs stoppent le nouvel arrivant pour vérifier qu’il ne transporte ni armes, ni alcool. Pas question d’introduire vin ou vodka dans ce village wahhabite qui a «fait sécession» d’avec le Daguestan et donc la Russie. Ils sont trois villages, tous dans cette même région de Bouïnaksk, à 70 km au sud-ouest de la capitale Makhatchkala, à avoir annoncé récemment qu’ils ne reconnaissaient plus l’autorité du Daguestan et entendaient vivre désormais «strictement selon l’islam». Si à Makhatchkala les autorités ne cachent pas leur inquiétude devant cette montée en puissance d’extrémistes qu’elles voient financés et dirigés par des Etats islamiques étrangers, à Tchabanmakhi tout est calme. C’est un village typique des hautes collines...