Le décret est enfin signé: dans un an, le Liban aura son orchestre symphonique. «Une telle formation, on en rêve depuis des dizaines d’années», souligne le directeur du Conservatoire national, M. Walid Gholmieh. «A la fin des années 50, le Liban avait réussi à former une sorte d’orchestre de chambre, mais nous n’avons jamais eu d’orchestre symphonique. C’était le souhait de nombreux musiciens et mélomanes qui réclamaient sans cesse la création d’un tel ensemble. Moi-même», note-t-il, «comme d’autres Libanais, j’ai été obligé de faire enregistrer mes compositions symphoniques en Europe». Il affirme s’être battu tous les jours, depuis 1991, pour arriver à ses fins. «Lorsqu’on m’a confié la direction du Conservatoire, je me suis retrouvé avec beaucoup de responsabilités», indique-t-il. «Sur le plan académique, il fallait revoir les programmes, les disciplines et spécialités, éliminer certaines choses «périmées», en créer de nouvelles… Malgré cela, dès le début, j’ai pensé à la création d’un orchestre symphonique. J’en parlais tout le temps, à chaque occasion, au cours de rencontres avec la presse, lors d’entretiens avec des responsables, par courrier… Car sans cela, le Conservatoire est comme un oiseau à qui il manquerait une aile». Avec un «entêtement sérieux» et sans jamais se décourager, M. Gholmieh continuait également d’inscrire ce projet au budget annuel du Conservatoire.«Mais chaque année, pour des raisons économiques, le ministère des Finances l’éliminait, évoquant d’autres priorités…», dit-il. Cet été, au fil des festivals, le Liban a vu défiler plus d’un orchestre symphonique de qualité (l’orchestre symphonique de Stuttgart et l’orchestre de la Scala de Milan, pour ne citer que ceux-là). Pour son concert, Hiba el-Kawas a dû faire appel à l’orchestre symphonique ukrainien… «Tout cela a fait que l’atmosphère générale, en plus de mon insistance quasiment obsessionnelle, a fini par bouger les choses», indique M. Gholmieh. Une ossature Avec le soutien du député de Beyrouth Mohammed Youssef Beydoun et à la suite de démarches concrètes auprès des différents ministères concernés, le décret est enfin signé. «Le ministère de la Culture et de l’Enseignement m’a toujours soutenu», souligne M. Gholmieh. «Du temps du ministre Michel Eddé comme de celui de Boutros Harb». Mais débloquer des crédits, est-ce suffisant? «Bien sûr que non», répond le directeur du Conservatoire. «Pour créer un orchestre symphonique, il faut d’abord établir des règles, des critères, des conditions, en ce qui concerne l’âge et le talent. Par ailleurs, nous n’avons pas le nombre suffisant de musiciens pour former une telle structure, du moins pas pour tous les instruments nécessaires. Nous devons donc faire appel à des professionnels étrangers». Enfin, il reste à acheter certains instruments. «Dans six mois au plus tard l’équipement sera complet», annonce-t-il. Selon Walid Gholmieh, 35 musiciens libanais sont aujourd’hui en mesure d’intégrer le futur orchestre symphonique libanais. Ce sont tous des étudiants ou des professeurs du Conservatoire.«Il en manque encore une quarantaine», ajoute-t-il, relevant que «l’orchestre symphonique est une nécessité, autant pour la culture de l’ouïe que pour celle des yeux. C’est un enrichissement visuel car beaucoup de personnes ne savent pas à quoi ressemblent, par exemple, un cor anglais ou une harpe…». Il déplore l’absence d’intérêt des médias — notamment les télés et les radios — pour tout ce qui est musique «sérieuse». «Cela ne semble pas les concerner», dit-il. «Résultat: aujourd’hui, le Libanais est entouré, dans la rue comme chez lui, de chansons et de musiques de basse qualité». A et B L’administration du Conservatoire a commencé à établir des contacts pour faire venir des musiciens étrangers. «Ces professionnels feront partie de l’orchestre, mais ils enseigneront aussi au Conservatoire», précise Gholmieh. De plus, il faut s’occuper de l’administration, de l’organisation, du répertoire, de locaux pour les répétitions… Il explique que deux groupes seront d’abord créés. En un premier temps, les étudiants doués intégreront le groupe B. Là, ils s’exerceront en vue de faire partie d’un orchestre. Les plus forts, ceux qui font preuve de virtuosité, pourront alors rejoindre le groupe A. «C’est ainsi que, d’ici 10 à 15 ans, nous aurons un nombre suffisant de musiciens locaux et nous pourrons nous passer des étrangers», dit-il. Le directeur du Conservatoire national ajoute que plusieurs formations découleront de l’orchestre symphonique: un orchestre de Chambre, un orchestre à cordes, un duo, un trio, un quartette, un quintette etc. «Maintenant que l’Etat a donné le feu vert, il me reste, en tant que directeur d’une institution, à faire des démarches auprès du secteur privé: banques, sociétés, particuliers...», poursuit Walid Gholmieh. «Notre conservatoire se distingue de tous ceux des pays arabes. Nous avons d’énormes potentialités et de grands compositeurs». Les premiers «essais» de l’orchestre symphonique libanais sont prévus pour octobre 1999. «L’Etat nous a offert un terrain où nous espérons déménager le plus tôt possible», poursuit Gholmieh. «Il est prévu d’y construire aussi deux auditoriums. Le Conservatoire sera alors une entité complète», conclut-il. Harmonieusement.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le décret est enfin signé: dans un an, le Liban aura son orchestre symphonique. «Une telle formation, on en rêve depuis des dizaines d’années», souligne le directeur du Conservatoire national, M. Walid Gholmieh. «A la fin des années 50, le Liban avait réussi à former une sorte d’orchestre de chambre, mais nous n’avons jamais eu d’orchestre symphonique. C’était le souhait de nombreux musiciens et mélomanes qui réclamaient sans cesse la création d’un tel ensemble. Moi-même», note-t-il, «comme d’autres Libanais, j’ai été obligé de faire enregistrer mes compositions symphoniques en Europe». Il affirme s’être battu tous les jours, depuis 1991, pour arriver à ses fins. «Lorsqu’on m’a confié la direction du Conservatoire, je me suis retrouvé avec beaucoup de responsabilités», indique-t-il....