Les recherches autour de l’épave de l’appareil de la Swissair qui s’est abîmé en mer mercredi au large du Canada ont beaucoup progressé dimanche avec la découverte de l’enregistreur de données de vol, une des deux «boîtes noires», par les plongeurs de la Marine. L’enregistreur, dont l’état n’a pu être précisé, contient théoriquement une centaine de paramètres et devrait fournir des indications essentielles aux enquêteurs sur les causes de l’accident. Il a été découvert à cinq milles marins de la côte, par 60 mètres de profondeur, et va être transporté dans un laboratoire spécialisé d’Ottawa où il sera décrypté par une équipe internationale de spécialistes. Le chef des enquêteurs, Vic Gerden, a estimé qu’il faudrait encore attendre «un certain temps» avant de pouvoir en tirer des informations. Cette première découverte essentielle a dopé le moral des enquêteurs, qui se sont montrés très confiants sur la suite des recherches, et notamment sur la possibilité de découvrir rapidement la deuxième boîte noire. Louis Garneau, porte-parole de la Marine canadienne, dit «espérer d’autres bonnes nouvelles plus tard». Les plongeurs ont découvert aussi trois sections du fuselage de l’appareil, qu’ils n’ont pas encore remontées du fond marin. La section la plus importante, qui mesure 13 à 17 mètres, est la section centrale, où l’on voit les attaches des ailes. Une autre mesure 7 à 10 mètres et la taille de la troisième n’a pu être précisée. Les enquêteurs espèrent retrouver des corps dans ces morceaux de fuselage. Les plongeurs, au nombre d’une douzaine, utilisaient dimanche des sonars manuels, des véhicules téléguidés et des caméras de télévision sous-marines pour scruter les fonds. Ils ont pu voir aussi une zone avec une accumulation de fragments de petite taille, qui laisse penser que l’appareil s’est désintégré sous le choc. A Peggy’s Cove, le petit port le plus proche du drame, des gerbes et des couronnes de fleurs ont été déposées au pied du phare, transformant l’endroit en un mémorial spontané en hommage aux 229 victimes de la catastrophe. Le village commençait à retrouver dimanche un rythme un peu plus normal. Des dizaines de membres des familles des victimes ont continué à défiler au pied du phare, mais la police a indiqué que le village allait être rouvert au public, même si des forces de sécurité restent en place pour limiter les visites de curieux. Le père Richard Walsh, de l’église Saint-John du village, a refusé que les télévisions assistent à l’office du dimanche, où la communauté a prié pour les victimes. Le président de la compagnie Swissair, Jeffery Katz, est venu au port où il a souligné combien le voyage jusqu’à Peggy’s Cove pouvait être salutaire pour les familles des victimes. Plusieurs cérémonies religieuses ont été organisées dans la région, dont un service multiconfessionnel à la basilique de Halifax (Nouvelle-Ecosse). Plusieurs dizaines de proches des victimes ont pu identifier sur la base de Shearwater, dans la banlieue de Halifax, des objets retrouvés dans la mer après l’accident. La Marine a indiqué que deux membres des équipages avaient dû être ramenés à terre, du fait du caractère insupportable de leur mission menée. M. Gerden a précisé que des spécialistes du stress se trouvaient sur les bateaux. Un bébé figure parmi les très rares cadavres à peu près entiers récupérés. «Nous n’avons pas réussi à ce jour à identifier» le bébé, dont le corps n’est «pas complètement intact», a déclaré le médecin légiste en charge des opérations d’identification, John Butt. La seule victime identifiée pour l’instant est une femme, française et de peau noire, a précisé M. Butt, soulignant que son corps figurait parmi les premiers trouvés et qu’il était «l’un des seuls relativement intacts». M. Butt a évoqué les difficultés auxquelles font face les équipes médicales qui travaillent avec lui au «traitement de restes humains». Pour la plupart, a-t-il expliqué, ce ne sont que des «fragments». L’équipe a déjà communiqué avec 150 à 170 familles pour établir les dossiers des victimes, comportant des renseignements utiles pour une identification dont les caractéristiques physiques, antécédents médicaux, fiches dentaires, marques distinctives, tatouages. Peu optimiste toutefois sur les résultats de ce processus, M. Butt a estimé que la source principale d’espoir pour l’identification des victimes résidait dans les analyses d’ADN. Les équipes médicales procèdent au classement des restes humains en leur possession. La première catégorie comprend ceux qui présentent de «traits anatomiques» et la deuxième des «restes largement intacts». Les autres catégories sont celles de «restes petits et non identifiables» ou de «fragments», a expliqué M. Butt. En priorité, seuls les «morceaux significatifs» des premières catégories seront soumis aux analyses d’ADN, les autres étant «congelés», a précisé M. Butt. Interrogé sur les causes du décès des victimes, M. Butt a répété qu’il n’y avait «aucune preuve de brûlures» sur les corps examinés. (AFP)
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