Un «jackpot» d’un million de dollars et quatre athlètes décidés à faire main basse sur ce pactole. La finale de la Golden League et du Grand Prix IAAF aura, samedi à Moscou, des allures surréalistes dans un pays à l’économie ravagée et au bord de l’implosion. A tel point qu’une pétition, signée par une trentaine d’athlètes (notamment américains) et appelant à ne pas se rendre dans la capitale russe pour des raisons de sécurité, a circulé. «On ne va pas arriver avec tout cet argent alors qu’il y a une forte crise économique là-bas», indiquait notamment le texte. La Fédération internationale (IAAF) a vite balayé toute idée d’annulation, de report ou de délocalisation. Son président, Primo Nebiolo, s’est même employé à calmer les esprits au cours d’une conférence de presse inopinée, mardi, lors de la finale du 100m de la réunion de Berlin. Auparavant, la double championne olympique russe Svetlana Masterkova avait assuré tout un chacun qu’il trouverait à Moscou «de bons hôtels, de la bonne nourriture et une bonne piste». Contre-offensive victorieuse, tout le monde ou presque acceptant de fermer les yeux sur l’image embarrassante d’athlètes s’emplissant les poches quand la population locale racle les fonds de tiroir. «Je pars pour Moscou et je tiens absolument à gagner le jackpot». «A Moscou, je ferai une belle performance». L’Américain Bryan Bronson (400m haies) et sa compatriote Marion Jones (100m) ont été respectivement parmi les premiers à confirmer une participation dont on ne doutait guère en réalité. Bronson en danger Ils figurent, avec l’Ethiopien Haïle Gebreselassie (3000m) et le Marocain Hicham el-Guerrouj (1500m), au nombre des quatre athlètes encore en mesure de se disputer le magot réservé aux vainqueurs des six manches de la Golden League et de la finale. Samedi au stade olympique Lugniki, Bronson sera le plus exposé. Autant la supériorité actuelle de Jones, Gebreselassie et el-Guerrouj semble les placer hors de portée, autant la marge de manœuvre du Texan paraît mince. Ainsi, s’en est-il fallu d’un centième (48’’03 contre 48’’04), mardi à Berlin, pour qu’il soit battu par le champion du monde Stéphane Diagana. Or, samedi, le Français sera là. En revanche, il est douteux que la Russe Irina Privalova, l’Ukrainienne Zhanna Pintusevich ou l’Américaine Chryste Gaines puissent inquiéter Marion Jones. Seule Christine Arron, détentrice du record d’Europe (10’’73), aurait pu peut-être y parvenir. Mais la Française, fatiguée, a déjà mis un terme à sa saison. De même, les Kenyans Laban Rotich, John Kibowen ou William Tanui ne devraient pas causer davantage de soucis à Hicham el-Guerrouj que leur compatriote Luke Kipkosgei à Haïle Gebreselassie. Pour le reste, il faudra surveiller le 100m masculin, avec notamment le Canadien Bruny Surin et le Namibien Frankie Fredericks, le 1500m où Masterkova, la Roumaine Gabriela Szabo et la Portugaise Carla Sacramento se disputeront sans doute la victoire, ainsi qu’un concours de la perche très relevé avec l’Américain Jeff Hartwig, le Français Jean Galfione, le Russe Maxime Tarasov ou le Sud-Africain Riaan Botha. Des athlètes embarrassés Le mouvement de protestation de certains athlètes contre la tenue à Moscou, dans les circonstances politiques actuelles, de la finale de la Golden League et du Grand Prix IAAF provoque un certain embarras parmi les principaux engagés, a-t-on constaté sur place vendredi. Rapidement circonscrite par la Fédération internationale (IAAF), cette action, qui a notamment pris la forme d’une pétition signée par une trentaine d’athlètes appelant à ne pas se rendre dans la capitale russe pour raison de sécurité, a été évoquée vendredi lors de la conférence de presse de présentation de la finale, créant instantanément une gêne parmi les athlètes présents. Le cas le plus flagrant a été celui de Marocain Hicham el-Guerrouj. Signataire de la pétition avant de se rendre finalement à Moscou, le détenteur du record du monde du 1500m est l’un des quatre athlètes encore en lice pour se partager le million offert samedi aux concurrents invaincus en Golden League, avec l’Ethiopien Haïle Gebreselassie (3000m), l’Américaine Marion Jones (100m) et son compatriote Bryan Bronson (400m haies). «Tout le monde a signé. J’ai fait comme les autres. On nous a dit qu’il y avait une forte criminalité à Moscou. Je l’ai cru. A présent, je vois que ce n’est pas le cas. Les gens sont sympathiques», a-t-il notamment argumenté pour expliquer son changement d’attitude. «J’avais entendu des choses inquiétantes concernant la sécurité à Moscou. Je n’ai pas voulu y prêter attention. Je veux faire une bonne course demain et gagner», a expliqué de son côté Gebreselassie. Quant à Bronson, il a lui aussi assuré être venu «pour gagner. Réussir un «chrono» serait très bien, mais ce n’est pas l’essentiel». De son côté, le président italien de l’IAAF, Primo Nebiolo, a affirmé «ne pas comprendre» les protestataires. «Ce mouvement vient, me semble-t-il, de trois ou quatre athlètes américains. Il y a deux ans, ils avaient peur de venir à Sarajevo. A présent, ils ont peur de venir à Moscou, alors que le président américain Bill Clinton vient d’y séjourner. Certes, il y a des difficultés ici, mais ailleurs dans le monde aussi», a-t-il constaté. (AFP)
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