Nouvelle édition du symposium international de sculpture de Rachana. Pour la cinquième année consécutive des artistes venus du monde entier à l’invitation d’Alfred Basbous, vont — durant une quinzaine de jours — nourrir leur talent de leurs échanges d’idées, d’inspiration et de culture... Il devrait en sortir sept nouvelles sculptures, qui viendront enrichir la quarantaine d’œuvres réalisées durant les précédents forums et plantées dans le jardin des Basbous. Ce «parc-musée» de la sculpture contemporaine internationale sera d’ailleurs officiellement inauguré le 12 septembre, lors de la cérémonie de clôture des travaux. Organisé donc par les frères Basbous avec le soutien du ministère de la Culture, du ministère du Tourisme et de la SNA, le forum réunit cette année sept sculpteurs de différentes nationalités. Ils sont là depuis le 28 août. Ils ont déjà choisi leur pierre, — de la roche libanaise pour la plupart —, ils ont conçu leur idée et se sont mis au travail. Burin ou perceuse, sous un soleil de plomb, ils frappent, taillent, façonnent chacun leur bloc, donnant corps à leurs rêves et à leurs inspirations, insufflant de la vie à la matière inerte... — Sur un bloc de marbre rectangulaire assez massif, Serge Gangolf, sculpteur belge, qui a longtemps travaillé le bronze et l’aluminium avant de se tourner vers la pierre, trace des lignes-fissures qui se rencontrent en un point central d’éclatement. Le contraste entre la force de ce bloc pur de carrare et le sillon qui le lézarde est l’expression selon l’artiste «de cette force souterraine qui déchire petit à petit le carcan dans lequel s’enferme l’homme suite aux contraintes de la vie». — Le Cubain Thomas Vicente Lara Franquis, chef du département de sculpture de la Haute-Académie des Arts de La Havane, a participé à plus de quarante expositions de par le monde. A Rachana, il projette de réaliser une œuvre géométrique qui représenterait de manière symbolique une machine à extraire le pétrole. Dans un grand cube de pierre libanaise, il a déjà incisé des lignes horizontales dans lesquelles il va insérer des plaques de métal. «Je travaille surtout sur la dualité des matériaux, ce mélange de pierre blanche pure, compacte et de métal lisse», dit-il. — Représentant la Jordanie, d’où elle est originaire, Mona el-Saoudi, installée depuis près de trente ans au Liban et diplômée des Beaux-Arts de Paris, a choisi une pierre testa à trois faces. Son œuvre sera une «Improvisation». Adepte du minimalisme artistique, Mona el-Saoudi sculpte «un corps humain au centre duquel s’inscrit un soleil». Elle laisse aux autres le soin d’interpréter sa création et parle plutôt de sa fascination pour la sculpture «ce contact entre l’homme et la terre qui transforme un élément inerte en matière vivante». Sa vocation est née ici même dans les années soixante suite à une rencontre avec le regretté sculpteur Michel Basbous, raconte-t-elle. «Pour moi», conclut-elle, «Rachana est le paradis de la sculpture». — Le Russe Guennedi Panko a choisi de représenter une allégorie de la liberté. On discerne déjà une sorte de buste cuirassé surmonté d’ailes sortant du roc... — L’Ukrainien, Mikhaïl Gorlovy, arrondit les angles d’une «Bandoura» en pierre libanaise. «C’est l’instrument musical à corde ukrainien», explique-t-il. Une sorte de harpe, semble-t-il. — Ikram Kabage, Marocaine, diplômée de Paris, n’a pas encore entamé son travail. Elle voudrait suivre les formes rondes d’un bloc de testa pour en faire un nu féminin... — Enfin, le Libanais Pierre Karam, bien connu pour ses sculptures classiques, celle notamment d’Elias Abou-Chabké, compte s’essayer dans ce symposium à l’expression figurative stylisée. Son ébauche prend déjà l’allure d’une silhouette féminine. Longitudinale, sa sculpture représentera la «femme universelle, ni figure maternelle, ni virginale mais symbole de beauté», précise-t-il. L’Eve éternelle en somme... Des conceptions intéressantes, à voir au final. Rendez-vous donc le 12 septembre...
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