Les marchés asiatiques ont connu vendredi une journée de très fortes turbulences qui ont contraint le gouvernement de Hong Kong à injecter des milliards de dollars pour éviter une implosion de la Bourse et fait plonger Tokyo à son plus bas niveau depuis douze ans. Déjà en forte chute jeudi, la Bourse de Tokyo a dévissé jusqu’à son plus bas niveau depuis 1986, l’indice Nikkei cédant 3,45% à 13.915,63 points, bien en dessous d’un seuil historique que les autorités s’attachaient à défendre. L’événement le plus spectaculaire mais aussi le plus dramatique s’est déroulé à la Bourse de Hong Kong où l’Autorité monétaire de Hong Kong (HKMA) a dû dépenser des sommes colossales pour soutenir les cours, achetant systématiquement tous les titres placés à la vente par les investisseurs. Espérant décourager les spéculateurs et sauver ainsi le «peg» qui lie le cours du dollar de Hong Kong à celui du dollar américain, le HKMA, l’équivalent de la Banque centrale pour le territoire, a acheté virtuellement tout ce qui se présentait à la vente, selon les sources du marché. Il n’est pas sûr pourtant que le gouvernement parvienne à son but. La rumeur insistante veut que le milliardaire américain George Soros ait décidé de prendre pour cible le dollar de Hong Kong et son indexation sur le dollar américain, pariant sur le fait que le fameux «peg» n’est maintenant plus tenable au vu de la situation économique à Hong Kong et en Chine. Cette rumeur, reprise par les médias locaux, a renforcé la défiance des investisseurs et le sentiment que la situation à Hong Kong devient grave. Le gouvernement a d’autre part annoncé vendredi une baisse de 5% du PIB pour le second trimestre après un recul de 2,8% au premier. Hong Kong, l’un des symboles du capitalisme asiatique, est donc officiellement en récession. L’intervention des autorités à la Bourse a en outre renforcé encore la fuite des capitaux, soulignent les analystes. «Chaque dollar dépensé par les autorités représente un dollar de capital qui fuit Hong Kong», a ainsi estimé l’économiste Geoff Barker de la Dresdner Kleinwort Benson. A Tokyo, la Bourse a enfoncé pour la première fois le seuil des 14.309,41 points enregistré le 18 août 1992 et que défendaient avec ardeur les pouvoirs publics puisqu’il marquait le plus bas atteint après l’éclatement de la «bulle» japonaise, cette période de spéculation frénétique sur les marchés boursier et immobilier. Le reste de l’Asie n’était pas plus optimiste, les dernières statistiques confirmant qu’une bonne partie de l’Asie orientale s’enfonce dans la récession. La crainte dans la région est maintenant une dépression mondiale. «La vraie question est de savoir si nous nous dirigeons réellement vers une récession globale», a souligné Deep Kapur, économiste pour Salomon Brothers Singapore. Les monnaies asiatiques n’ont pas échappé à ce nouveau tourbillon. Le dollar de Singapour, la monnaie de référence pour une partie de l’Asie du Sud-Est, s’est nettement effritée. Le yen, qui avait étrangement repris des couleurs depuis jeudi malgré la baisse de la bourse japonaise, a violemment replongé vendredi. Il valait 143,30 yen pour 1 dollar en fin de journée à Tokyo contre 140,67 en début de séance. (AFP)
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