Le Royaume-Uni se surprend à commémorer le premier anniversaire de la mort de Diana — vécue comme un drame national — avec une bonne dose de perplexité: le culte voué à la princesse moderniste s’étiole et les sujets plébiscitent leur monarchie jugée hier archaïque. «La nation se lasse de Diana» titrait vendredi, sondage à l’appui, le quotidien conservateur «The Daily Telegraph», d’ordinaire plus révérencieux. Un paradoxe illustre le changement d’humeur. Elizabeth II et son fils Charles passeront la journée de lundi au château écossais de Balmoral, en compagnie de William et Harry, les deux princes orphelins. Là même où la souveraine a appris le 31 août 1997 l’accident fatal, à Paris, de Diana et de son amant Dodi. Mais là où la foule immense avait grondé contre la réclusion royale perçue comme une marque d’insensibilité, personne, un an plus tard, ne trouve à redire à l’explication du palais de Buckingham: «Après ample consultation, il a été décidé de marquer la journée par des commémorations privées». Les manifestations officielles ont été réduites au strict minimum. Les drapeaux flotteront en berne sur tout ce que le pays compte de demeures royales et d’édifices publics; la famille royale assistera à l’office en la chapelle de Crathie, proche de Balmoral; une messe de requiem sera dite pour les proches au palais londonien de Saint James. La famille de Diana réunie autour de son frère, le très controversé comte Spencer, passera la journée à huis clos sur le domaine d’Althrop, où repose «la princesse du peuple». Une séparation qui souligne le divorce consommé entre les Windsor et la princesse de Galles. Le milliardaire égyptien Mohammed Fayed, décrié du fait de ses charges inlassables contre l’establishment et ses multiples théories du complot, dévoilera un buste à la mémoire de son fils Dodi et de Diana, dans son magasin de luxe, Harrod’s. Le palais rassuré Pareille sobriété tranche avec le déluge médiatique qui tente de réveiller depuis des semaines la Dianamania. Pourtant, les sondages sont catégoriques. Celui de l’institut Gallup, diffusé par le «Telegraph», relève qu’un Britannique sur six seulement entend observer l’anniversaire. Divers autres ont souligné que la majorité des 31 millions de sujets ayant regardé les funérailles à la télévision ne se reconnaissent pas dans la foule éplorée. Quasi unanimes à célébrer l’héritage caritatif de la princesse, les deux tiers ont oublié leurs griefs envers Charles et la majorité envisage son mariage morganatique avec sa maîtresse Camilla Parker-Bowles. Enfin, Elizabeth II bénéficie d’un indice de satisfaction de 73% à faire pâlir de jalousie Tony Blair, pourtant de loin le premier ministre le plus populaire de ce siècle. Le rétablissement royal s’est opéré au prix d’une rigueur budgétaire accrue, de quelques concessions largement symboliques au protocole et surtout d’une offensive spectaculaire dans le domaine des relations publiques. «L’évolution de la monarchie se poursuit, constante et graduelle», répétait vendredi le palais rassuré sur la pérennité de la plus vieille monarchie constitutionnelle au monde. Les églises débordées il y a un an par la vague profane appellent à la mesure. «Elle n’était pas une sainte, et n’a jamais prétendu l’être», relève Basil Hume, prélat de l’Eglise catholique. Il convient de se méfier des «fausses déesses à la moralité élastique,» suggère son ancien homologue anglican, Lord Coggan. Des sociologues dissèquent le phénomène atypique pour estimer que Diana était le symbole et non le moteur du changement en cours. «Il y a eu hystérie collective mais aussi une déferlante d’émotion vraie», tempère Jonathan Dollimore, auteur d’un ouvrage sur la mort, le désir et le sentiment de perte dans la culture occidentale. La BBC, dont les présentateurs portaient cravates noires il y a un an, s’interroge sur le rôle amplificateur des médias. Le «Times» déplore «le déluge médiatique», l’«Independent», «l’idolâtrie» et l’Economist» constate — graphique à l’appui — la chute de la fréquence mensuelle du recours au mot Diana dans la presse nationale, de 6.418 fois en septembre 1997 à 800 un an plus tard. Et même le Dianabusiness, plus sûr indicateur évalué à 200 millions de dollars, connaît les premiers signes d’essoufflement. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Royaume-Uni se surprend à commémorer le premier anniversaire de la mort de Diana — vécue comme un drame national — avec une bonne dose de perplexité: le culte voué à la princesse moderniste s’étiole et les sujets plébiscitent leur monarchie jugée hier archaïque. «La nation se lasse de Diana» titrait vendredi, sondage à l’appui, le quotidien conservateur «The Daily Telegraph», d’ordinaire plus révérencieux. Un paradoxe illustre le changement d’humeur. Elizabeth II et son fils Charles passeront la journée de lundi au château écossais de Balmoral, en compagnie de William et Harry, les deux princes orphelins. Là même où la souveraine a appris le 31 août 1997 l’accident fatal, à Paris, de Diana et de son amant Dodi. Mais là où la foule immense avait grondé contre la réclusion royale perçue comme...