Le marché de l’arak au Liban est estimé à trois millions de litres par an, soit une consommation moyenne annuelle d’un litre par individu. Un marché important, donc, et que se disputent plus de 225 marques enregistrées. Ce qui ne prend pas en compte les marques non enregistrées et le fameux arak “baladi” distillé hors du circuit commercial. Tous ces producteurs se réclament d’une tradition ancestrale et d’un savoir-faire unique. Beaucoup de Libanais se déclarent connaisseurs, mais la plupart sont incapables de faire vraiment la différence entre les différents produits présents sur le marché. Les prix variant de 2.000 LL. pour une bouteille de 70cl à plus de 20.000 LL., comment un tel écart peut-il exister entre des produits qui affichent tous la même composition à base d’arak et d’anis? Répondre à cette question nous a semblé utile, surtout qu’il en va de la santé du consommateur et de celle de son porte-monnaie. Le législateur, lui, s’en est préoccupé depuis longtemps, et plus précisément depuis une loi en date du 7 juin 1937 et signée par le président Emile Eddé. C’est donc une loi qui a plus de soixante ans, ce qui peut porter à croire qu’elle est désuète. Il n’en est rien. C’est une loi très stricte, soucieuse des intérêts du consommateur qui réglemente dans le détail la production et la vente de l’arak. Mais que dit donc cette loi? Tout simplement, que seuls peuvent être appelés araks, les alcools obtenus par la distillation de raisins pressés avec des graines d’anis. Toute autre boisson, préparée selon des procédés différents, est considérée comme frelatée. Sont notamment visés les araks fabriqués à partir d’alcools industriels, avec du concentré d’anis. Les peines encourues pour toute violation de ces dispositions sont très sévères et vont d’un mois à un an de prison. La loi a même fixé une période qui va du 15 août au 15 février, en dehors de laquelle il est interdit de produire de l’arak. Tout possesseur d’un alambic est tenu de le déclarer, pour obtenir une patente l’autorisant à le garder chez lui. Des inspecteurs sont chargés de veiller à la bonne application de la loi et sont autorisés à opérer des descentes dans les distilleries clandestines, à y prélever des échantillons et à poser des scellés sur les installations contrevenantes. Les applications sur le terrain Mais il en va loin des textes à la réalité. Le développement des distilleries industrielles laisse à penser que cette loi, votée pour organiser une production plutôt artisanale, n’est plus adaptée pour une production de masse. Les premières brèches ont été constatées il y a plus de quarante ans, quand la vigne au Liban a souffert du phylloxéra, ce qui a réduit fortement les stocks de raisin nécessaires pour répondre à la demande des distilleurs. Certains vont se tourner alors vers des produits de substitution tels que la mélasse (à base de betterave surtout). Il faut savoir que 2 cépages sont utilisés pour la fabrication de l’arak: le «Obeidy» (ancêtre du Chardonnay) et le «Meksassi». Ces 2 cépages se caractérisent par une pellicule fine et peu de grains, ainsi que par une teneur élevée en sucre, ce qui rend leur fermentation facile. Les autres cépages, comme le «Baytamouni» ou le «Tfayfihé», donnant des raisins de table, sont peu juteux et présentent une pellicule épaisse et beaucoup de grains ce qui donne au jus de raisin un goût amer. Ceci explique la réticence actuelle de beaucoup d’industriels à racheter la surproduction de raisin de table, invendue du fait de la fermeture de certains marchés arabes. Beaucoup ont opté pour la solution la plus économique, à savoir la mélasse de betterave. Mais est-ce toujours de l’arak? C’est tout le problème auquel les producteurs et le gouvernement ont décidé de s’attaquer. Les ministères concernés, à savoir l’Agriculture, l’Industrie et le Commerce, dépendent chacun un peu d’une même activité surtout que l’industrie de l’arak joue un rôle moteur dans l’économie libanaise: le raisin est acheté au Liban, les bouteilles, les cartons d’emballage et les étiquettes sont de fabrication locale. Seuls l’anis et les capsules sont achetés à l’étranger. Différents secteurs sont donc impliqués. Surtout que l’arak est un produit qui s’exporte de plus en plus: Canada, Etats-Unis, Brésil et France sont les premiers importateurs. Ce sont donc les pays d’implantation d’une grande communauté libanaise. Mais ce sont aussi des pays appliquant une réglementation sévère quant à l’entrée sur leur territoire de toute production agro-alimentaire. Pour y accéder, les producteurs libanais ont tout intérêt à organiser leur profession. L’organisation actuelle de la profession Conscients de ce problème, les producteurs se sont attelés à la tâche de la modernisation de la loi pour l’adopter à l’évolution du marché et à l’élaboration de normes internationnalement reconnues. C’est dans ce contexte qu’est né le syndicat des producteurs des alcools, des vins et des boissons alcoolisées au Liban. Ce syndicat a permis dans un premier temps, à des gens qui se connaissaient mal, de se rencontrer et de se rendre compte qu’ils avaient en commun des problèmes dont la solution ne pouvait surgir que du dialogue et pour le bénéfice de tous. Dans une première étape, ce syndicat a participé à l’élaboration de la loi sur le vin, votée par le Parlement il y a à peine un mois et comblant ainsi un vide juridique regrettable. On passa par la suite à l’arak. Les négociations furent laborieuses, plusieurs pistes de travail ont été explorées, et l’accord sur un texte final est attendu incessament.* Un texte qui devrait d’abord tordre le cou à une légende répandue parmi les Libanais et qui veut que l’arak «baladi» (fabriqué par des bouilleurs de cru inconscients des risques qu’ils font courir au consommateur) soit un produit naturel et inoffensif. Or rien n’est moins vrai. Cet arak est souvent fabriqué à base d’alcool industriel, ne respecte pas les règles minimales d’hygiène et surtout ne possède pas les moyens techniques pour éliminer les métaux lourds et autre méthanol. Or, ce sont ces produits qui font la mauvaise réputation de l’arak: maux de tête ou d’estomac, dessèchement de la gorge, troubles nerveux et même cécité en cas de très fortes doses de méthanol. Tous ces problèmes peuvent être évités si l’on réduit le méthanol à des proportions acceptables. Pour cela, il faut des équipements coûteux que seuls les grands producteurs peuvent s’offrir. Les mesures préconisées Parmi les mesures préconisées par le syndicat des producteurs d’arak, l’imposition d’un numéro de lot. Chaque producteur sera obligé de garder un échantillon de 3 bouteilles de chaque lot qu’il commercialise. En cas de problème, des analyses poussées sont effectuées pour y remédier. Dans cette optique, la plupart des producteurs sérieux se sont équipés de laboratoires modernes, qui leur permettent de contrôler en permanence la qualité de leur arak. Autre front sur lequel se bat le syndicat, c’est celui des frais qui pèsent sur les industriels en général, et en tête desquels se situe le coût de l’électricité. M. Elie Salem, ministre de l’Industrie, a promis dernièrement de la fournir moitié moins chère aux industriels. C’est un point positif qui, s’il est appliqué, aidera les industriels à investir et à conquérir des parts de marché. Autres postes de dépenses importantes, les charges patronales (caisse nationale de Sécurité sociale) et surtout les frais d’embarquement qui font du port de Beyrouth l’un des plus coûteux du bassin de la Méditerranée. On le voit, les producteurs ont beaucoup de réclamations. Mais à leur tour, ils vont devoir consentir des efforts, et d’abord sur celui de l’appellation de leur produit. En effet, il est impensable de proposer une boisson à base d’alcool industriel et de l’appeler arak. Comme on peut trouver du spiritueux de whisky, il faut créer une appellation qui permette de différencier un tel produit d’un arak fabriqué à base de raisin et de graines d’anis. C’est un problème sur lequel travaille LIBNOR (organisme public chargé de la fixation des normes et des mesures) en collaboration avec les ministères concernés et les producteurs. Chaque bouteille devrait mentionner clairement les ingrédients qu’elle contient pour que le consommateur puisse faire la part des choses. Ce dernier doit savoir qu’en dessous d’un certain prix, il est quasiment impossible d’acheter de l’arak de raisin. Une grande marque est souvent une garantie supplémentaire, même si elle peut coûter plus chère. En fin de compte, nous conseillons au lecteur de déguster cette boisson nationale surtout par temps de chaleur, mais toujours avec modération. * En date du 19/8/1998 le ministre de l'Agriculture Chawki Fakhoury a fait paraître un arrêté ministériel réglementant la production de l'Arak. (cf An-Nahar du 20/8/1998).
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le marché de l’arak au Liban est estimé à trois millions de litres par an, soit une consommation moyenne annuelle d’un litre par individu. Un marché important, donc, et que se disputent plus de 225 marques enregistrées. Ce qui ne prend pas en compte les marques non enregistrées et le fameux arak “baladi” distillé hors du circuit commercial. Tous ces producteurs se réclament d’une tradition ancestrale et d’un savoir-faire unique. Beaucoup de Libanais se déclarent connaisseurs, mais la plupart sont incapables de faire vraiment la différence entre les différents produits présents sur le marché. Les prix variant de 2.000 LL. pour une bouteille de 70cl à plus de 20.000 LL., comment un tel écart peut-il exister entre des produits qui affichent tous la même composition à base d’arak et d’anis? Répondre à cette...