Le projet ultrasensible d’un mémorial de l’Holocauste a été écarté hier de la campagne des législatives en Allemagne, le chancelier Helmut Kohl et le maire de Berlin, Eberhard Diepgen, annonçant le report de la décision à l’après-scrutin. Ils ont ainsi choisi de contenir quelques semaines encore le foyer de dissensions que constitue ce projet discuté depuis dix ans et objet de moult polémiques entre historiens, sociologues, artistes et hommes politiques. «Nous n’avons pas actuellement l’atmosphère d’objectivité requise pour un sujet aussi sensible», or la décision est «d’une importance considérable et d’une portée internationale», ont fait valoir les deux démocrates-chrétiens dans un communiqué du gouvernement régional de Berlin. Le rival de M. Kohl dans la course à la chancellerie, Gerhard Schroeder, avait prévenu début août qu’un gouvernement social-démocrate le rediscuterait et l’annulerait le cas échéant. Le chancelier a quant à lui plaidé pendant des mois en faveur d’une décision rapide, puis assuré qu’il fixerait son choix avant les élections du 27 septembre pour faire finalement machine arrière à la mi-août. Il avait alors laissé dans le flou la date de la décision définitive, jugeant «indispensable» que le Bundestag, la Chambre basse du Parlement, élabore un «concept global» de musée ou de mémorial. MM. Kohl et Diepgen sont convenus qu’il «serait irresponsable de laisser la construction d’un mémorial à la mémoire des juifs assassinés devenir un sujet de campagne». Polémique Les déclarations s’étaient multipliées ces dernières semaines sur l’opportunité d’arrêter un choix avant le vote. Un historien réputé, Wolfgang Benz, avait plaidé pour un délai de réflexion, alors que l’un des candidats à la réalisation du mémorial, l’Américain Peter Eisenman, prônait au contraire une décision rapide. La polémique s’était envenimée au sein même du camp d’Helmut Kohl. Eberhard Diepgen avait porté un sérieux coup au mémorial en rejetant clairement la maquette d’Eisenman et son site, près de la Porte de Brandebourg – un labyrinthe hérissé de quelque 2.500 stèles de béton –, qui passe pour avoir les préférences du chancelier. Selon la presse allemande, M. Diepgen a l’intention de faire édifier un mémorial plus modeste et ailleurs qu’aux abords de la Porte de Brandebourg. Un mémorial doit voir le jour à Berlin, sur le terrain mis à disposition par l’Etat près de la Porte de Brandebourg, a néanmoins répété lundi le chancelier. Or c’est à l’Etat fédéral, à la ville de Berlin et à une fondation privée qu’il incombe de choisir, ensemble, de construire ou non ce monument et de retenir l’une des trois maquettes encore en lice. Le gouvernement régional de Berlin examinera comme prévu le dossier mardi, mais sans prendre aucune décision définitive. Le projet Eisenman coûterait quelque 29 millions de marks (16 millions de dollars), alors que 15 millions ont été dévolus à l’édification d’un tel monument, a indiqué le ministre berlinois de la Construction, Juegen Klemann (CDU), au quotidien Berliner Zeitung. Deux autres projets sont encore en lice: celui d’un autre architecte américain, Daniel Libeskind, et celui de la Berlinoise Gesine Weinmueller. Un quatrième candidat, Jochen Gerz, s’était retiré fin juillet, jugeant insuffisants le consensus pour la réalisation du monument et le soutien du public. Dans cette situation confuse, une fondation a relancé début août l’idée d’un Musée de l’Holocauste, à vocation pédagogique et documentaire, soutenue par le président du Parti social-démocrate (SPD), Oskar Lafontaine. La fondation se défend toutefois de vouloir faire de la concurrence au mémorial. (AFP – Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le projet ultrasensible d’un mémorial de l’Holocauste a été écarté hier de la campagne des législatives en Allemagne, le chancelier Helmut Kohl et le maire de Berlin, Eberhard Diepgen, annonçant le report de la décision à l’après-scrutin. Ils ont ainsi choisi de contenir quelques semaines encore le foyer de dissensions que constitue ce projet discuté depuis dix ans et objet de moult polémiques entre historiens, sociologues, artistes et hommes politiques. «Nous n’avons pas actuellement l’atmosphère d’objectivité requise pour un sujet aussi sensible», or la décision est «d’une importance considérable et d’une portée internationale», ont fait valoir les deux démocrates-chrétiens dans un communiqué du gouvernement régional de Berlin. Le rival de M. Kohl dans la course à la chancellerie, Gerhard...