L’industrie du sexe est en Asie du Sud-Est un secteur économique en plein essor, «fortement structuré», qui génère plusieurs millions de dollars et pèse lourd: de 2% à 14% du PNB dans quatre pays (Malaisie, Thaïlande, Philippines, Indonésie), indique un rapport publié mardi par le Bureau international du travail (BIT). En Thaïlande, le revenu annuel du secteur est estimé entre 22,5 et 27 milliards de dollars (10 à 14% du PNB): c’est «la plus importante économie souterraine» du pays, avant la drogue, le trafic d’armes et de main-d’œuvre, la contrebande et le jeu. Les prostituées transfèrent chaque année 300 millions de dollars dans leurs zones rurales d’origine. En Indonésie, les flux financiers seraient de l’ordre de 1,2 à 3,3 milliards de dollars (entre 0,8 et 2,4% du PNB). Ces profits reposent sur l’exploitation de millions de femmes et d’enfants: 140.000 à 230.000 en Indonésie, de 43.000 à 142.000 en Malaisie, de 100.000 à 600.000 aux Philippines, et de 200.000 à 300.000 en Thaïlande (65.000, officiellement) et peut-être 100.000 Thaïlandaises à l’étranger, selon les estimations citées. Entre «0,25% et 1,5%» de la population féminine de ces quatre pays pourrait avoir été entraînée. Les clients seraient majoritairement locaux, avant les touristes. La prostitution est clairement «liée à l’expansion économique». Elle a organisé un «vaste réseau d’activités dépendantes et d’intérêts puissants», doté de nombreuses ramifications économiques nationales et internationales (immobilier, hôtellerie, restauration, tourisme, chauffeurs de taxis...). Répartie en d’innombrables maisons closes, salons de massages, saunas, hôtels et cabarets, elle fait vivre directement ou indirectement «des millions» de personnes (serveurs, proxénètes, gardiens, caissiers, barmen, personnel d’entretien, intermédiaires, accompagnateurs, marchands d’alcool et de cigarettes...). Stratégies du survie Aujourd’hui, les téléphones portables permettent des passes plus discrètes, déjouant les descentes de police. Enfin, les pouvoirs publics perçoivent de ce secteur des sommes non négligeables, légalement (patentes et taxes locales) ou illégalement (corruption). S’attaquer au phénomène implique d’agir sur son fondement économique et social. Mais la prostitution a des implications commerciales, politiques et criminelles qu’il «ne sera pas facile de démanteler», avertit le rapport. Et deux facteurs risquent de la «doper»: la faiblesse des monnaies asiatiques (taux de change favorables) et la récession en Asie: les milliers de salariées qui perdront leur emploi seront, pour nourrir leur famille, «contraintes de chercher du travail dans l’industrie du sexe». Les politiques publiques ont pu «indirectement encourager» son essor, affirme le rapport, qui cite plusieurs facteurs: faible rémunération des emplois manufacturiers, «inégalités sociales croissantes», urbanisation rapide et déclin de l’agriculture, pas de protection sociale, «stratégies de survie» des pauvres et des non-qualifiés, mais aussi promotion «agressive» du tourisme et du divertissement, sources de devises. De plus, une conception «patriarcale» de la sexualité contribue à la résignation générale: la prostitution est jugée comme «un mal inévitable, une soupape de sûreté» préservant la famille et les autres femmes. L’itinéraire des «sex workers» adultes a pu être guidé par la pauvreté, ou peut relever de la servitude pour dette. Mais beaucoup ont commencé enfant, domaine qui relève «clairement de la violence et de la contrainte». Le rapport fait d’ailleurs état des multiples trafics de femmes et d’enfants, organisés par les mafias entre le Népal, le Vietnam, la Chine, le Cambodge, la Thaïlande, la Birmanie, l’Inde... Quant à l’épidémie de sida, le rapport presse les pouvoirs publics d’agir, la qualifiant de «bombe à retardement». (AFP- Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’industrie du sexe est en Asie du Sud-Est un secteur économique en plein essor, «fortement structuré», qui génère plusieurs millions de dollars et pèse lourd: de 2% à 14% du PNB dans quatre pays (Malaisie, Thaïlande, Philippines, Indonésie), indique un rapport publié mardi par le Bureau international du travail (BIT). En Thaïlande, le revenu annuel du secteur est estimé entre 22,5 et 27 milliards de dollars (10 à 14% du PNB): c’est «la plus importante économie souterraine» du pays, avant la drogue, le trafic d’armes et de main-d’œuvre, la contrebande et le jeu. Les prostituées transfèrent chaque année 300 millions de dollars dans leurs zones rurales d’origine. En Indonésie, les flux financiers seraient de l’ordre de 1,2 à 3,3 milliards de dollars (entre 0,8 et 2,4% du PNB). Ces profits reposent sur...