Les manifestations d’hostilité anti-américaines se sont multipliées en fin de semaine en Afghanistan et au Soudan, alors que les Etats-Unis déclaraient par la voix de Bill Clinton qu’ils se préparaient à une «longue bataille» contre le terrorisme. «Nos efforts contre le terrorisme ne peuvent pas s’arrêter et ne s’arrêteront pas avec les attaques de jeudi contre des sites terroristes présumés au Soudan et en Afghanistan, a déclaré le président américain. Nous devons nous préparer à une longue bataille». Les taliban afghans ont affirmé de leur côté que les raids des missiles Tomahawk américains, qui ont fait selon eux 21 morts et 30 blessés à Khost (est), avaient visé l’Islam tout entier et non Oussama Ben Laden, le milliardaire d’origine saoudienne accusé par Washington d’être le commanditaire des attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar es Salaam (257 morts, dont 12 Américains). Plus de 10.000 Soudanais se sont rassemblés devant le palais présidentiel à Khartoum, où le chef de l’Etat Omar Béchir a promis que le Soudan était «prêt à faire payer chèrement» les Etats-Unis. Il s’agissait de la plus importante manifestation anti-américaine à Khartoum depuis que les Etats-Unis ont bombardé jeudi soir l’usine al-Chifaa, dans le nord de la capitale, faisant un mort et sept blessés selon un responsable de l’usine. Demande d’enquête M. Béchir a affirmé que le Soudan, qui a décidé d’interdire aux avions des compagnies américaines d’utiliser son espace aérien, était déterminé à riposter à cette «agression». Des manifestants ont déchiré et piétiné le drapeau américain, et un groupe a tenté de pénétrer dans la résidence vide de l’ambassadeur américain dans la capitale soudanaise, tandis que d’autres se sont rendus devant les locaux de l’ONU à Khartoum. Le président a demandé à nouveau la mise sur pied d’une commission internationale pour enquêter sur la nature des activités de l’usine pharmaceutique d’al-Chifaa, dans le nord de Khartoum, que Washington affirme être une fabrique d’agents précurseurs du gaz neurotoxique VX. Par ailleurs, M. Béchir a déploré la faiblesse des réactions arabes à l’attaque américaine et écarté la possibilité d’une condamnation des Etats-Unis par le Conseil de Sécurité de l’ONU «parce que l’Amérique a un droit de veto». Les taliban s’en sont aussi violemment pris aux Etats-Unis. «L’attaque américaine n’est pas contre Oussama. C’est un prétexte qui montre leur haine de l’islam et du monde musulman», a déclaré le ministère afghan des Affaires étrangères. La principale organisation intégriste armée égyptienne, la Jamaa islamiya, a menacé de riposter aux frappes américaines en appelant «les mouvements islamistes (...) à traiter avec les Etats-Unis en employant le langage qu’ils comprennent», celui de la violence. Le président américain Bill Clinton a pour sa part réaffirmé que la lutte contre le terrorisme ne visait pas l’islam. «Il est très important, a-t-il dit, que les Américains comprennent que la menace que nous affrontons ne fait pas partie de la foi musulmane». «Des centaines de millions de musulmans à travers le monde, dont des millions d’entre eux aux Etats-Unis, sont opposés au terrorisme», a-t-il ajouté. Sécurité renforcée Les mesures de sécurité ont été renforcées dans les représentations américaines à travers le monde, notamment à New Delhi et Budapest, ainsi qu’autour des bases américaines au Japon. Le ressortissant italien travaillant pour les Nations Unies qui avait été atteint vendredi par les tirs d’un groupe d’hommes armés à Kaboul, est mort des suites de ses blessures, le «vice-ministre» des Affaires étrangères taliban déplorant cette «tragédie» qu’il a qualifiée d’incident isolé. deux suspects ont été arrêtés, ont annoncé les taliban. Après les déclarations de soutien aux frappes de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne contrastant avec l’indignation de la Russie, le chef de la diplomatie française Hubert Védrine a réaffirmé que la France avait «pris acte» des frappes américaines et «comprenant» la décision des Etats-Unis. Le premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a condamné les frappes, de même que la Syrie, qui a estimé qu’elles laissaient présager des «actes de vengeance». Le vice-premier ministre irakien Tarek Aziz a pour sa part qualifié les Etats-Unis de «criminel international» et s’est déclaré solidaire du Soudan, soulignant «la nécessité d’une solidarité arabe pour faire face à l’agression américaine».
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