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Actualités - Chronologie

Les russes prennent calmement la nouvelle crise financière

La tempête financière qui secoue les marchés et le gouvernement russes n’a guère aggravé la situation du Russe de la rue, accablé depuis des années déjà par les crises successives de la période postcommuniste. «Il n’y a pas de quoi paniquer. Moi, je suis vaccinée contre toutes les crises: je n’ai rien à perdre», assure Ioulia Vassilievna, une retraitée d’une soixantaine d’années, ancienne comptable. «La crise en Russie est permanente. Elle ne change que de qualificatif: politique, gouvernementale, boursière, financière, économique...», ironise de son côté Alexeï, étudiant en économie. La crise financière actuelle, qui inquiète les marchés du monde entier, n’a en fait eu encore quasiment aucune répercussion sur la vie quotidienne en Russie, depuis longtemps très difficile. Les rumeurs de dévaluation, notamment, ne semblent pas perturber les Russes. Les employés des bureaux de change moscovites ne notent aucune affluence exceptionnelle de gens qui voudraient se débarrasser de leurs roubles. Ivan, 30 ans, gestionnaire dans un magasin de vêtements du centre de Moscou, affirme n’avoir d’économies ni en roubles, ni en dollars. «Quand il n’y a pas de stabilité, il vaut mieux tout dépenser», conseille-t-il. Une conviction partagée, depuis la chute de l’URSS, par un grand nombre de ses compatriotes de la classe moyenne. Pour Lidia Pavliouchenko, ancienne ingénieur, vendeuse depuis trois ans dans un magasin de jeans pour 500 roubles (80 dollars) par mois, c’est sous l’Union soviétique que la vie était stable. «Maintenant j’ai peur d’être virée parce que je ne suis pas jeune, j’ai peur d’être sous-payée ou pas payée du tout», explique-t-elle. «La nourriture, les vêtements, les services publics sont devenus plus chers, mais mon salaire reste toujours le même», poursuit Mme Pavliouchenko. Pourtant, le premier ministre Sergueï Kirienko répète chaque jour que la seule possibilité de surmonter la crise actuelle est de mettre en œuvre un programme de rigueur draconien. Ce programme «anti-crise» prévoit notamment la hausse des taxes à l’importation, le durcissement de la discipline fiscale et l’augmentation des tarifs publics. Des mesures qui touchent immédiatement et directement les gens comme Lidia Pavliouchenko et Ivan. «Si vous avez l’intelligence d’organiser votre petit commerce, on vous étrangle avec les impôts», proteste Ivan. Oleg Guirine, directeur commercial de «Style TM», entreprise textile, dénonce de son côté l’imperfection des systèmes fiscal et bancaire. Pour lui, investir dans l’industrie est devenu éminemment risqué. «C’est du délire. L’administration fiscale confisque ce qu’on dépose sur nos comptes en banque, si l’entreprise n’a pas d’avantages accordés par l’Etat», s’insurge-t-il. Par ailleurs, les banques retardent les paiements, ce qui peut entraîner la rupture des contrats signés. «Cette situation m’inquiète: je peux perdre mon affaire du jour au lendemain», avoue-t-il. Marina, vendeuse au marché, partage cette impression de vivre depuis des années une crise permanente, à laquelle les remous financiers actuels ne changent rien. «Je n’ai pas de bénéfices depuis un an. Les gens n’achètent plus rien», se plaint-elle. Enceinte, elle s’inquiète pour son enfant: «Dès sa naissance, dit-elle, pèsera sur lui la dette accumulée par l’Etat». Mme Pavliouchenko, quant à elle, espère que ses enfants vivront mieux mais n’«y croit pas trop». Pour le gestionnaire Ivan, il n’y a en Russie que deux classes sociales: les riches et les misérables. Les lois actuelles, dit-il, ne permettront jamais à la classe moyenne de renaître. «Elles sont faites pour ceux qui sont au pouvoir. C’est comme les prêts du FMI, les dirigeants les demandent pour finir de payer leurs datchas» (maison de campagne), lance-t-il.
La tempête financière qui secoue les marchés et le gouvernement russes n’a guère aggravé la situation du Russe de la rue, accablé depuis des années déjà par les crises successives de la période postcommuniste. «Il n’y a pas de quoi paniquer. Moi, je suis vaccinée contre toutes les crises: je n’ai rien à perdre», assure Ioulia Vassilievna, une retraitée d’une soixantaine d’années, ancienne comptable. «La crise en Russie est permanente. Elle ne change que de qualificatif: politique, gouvernementale, boursière, financière, économique...», ironise de son côté Alexeï, étudiant en économie. La crise financière actuelle, qui inquiète les marchés du monde entier, n’a en fait eu encore quasiment aucune répercussion sur la vie quotidienne en Russie, depuis longtemps très difficile. Les rumeurs de...