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Actualités - Reportage

Archéologie De Rome à Byzance, Chehim dévoile ses secrets (photos)

Niché dans l’Iklim el-Kharroub, Chéhim livre un vestige pratiquement unique ou en tout cas très rare au Liban : une basilique protobyzantine présentant les spécificités architecturales de la Syrie du Nord et de la Mésopotamie. «Ce lieu de culte qui intègre dans ses structures le bêma et l’ambon ne s’inscrit pas dans l’esprit des traditions architecturales locales; je crois qu’on n’en a jamais trouvé de pareil dans le pays», dit Tomasz Waliszewski, chef de la mission archéologique polonaise qui entreprend, depuis l’été 96, des travaux de fouilles sur le terrain. Chéhim est entré dans l’histoire du patrimoine libanais vers la fin des années soixante, à travers la découverte, par H. Kalayan, d’un temple romain, d’une église byzantine, d’un quartier d’habitations et de pressoirs d’huiles. Avec la guerre, les fouilles ont cessé, laissant les 2/3 du site non explorés. En 96, Chéhim reconnaît un regain d’activité grâce à une mission tripartite composée de la direction générale des Antiquités (DGA), de l’Institut français d’archéologie pour le Proche-Orient (IFAPO) et de l’Université d’archéologie de Varsovie. Fouilles intensifiées, travaux de nettoyage, de sondage, reconstitution de la stratigraphie et du contexte archéologique des monuments dégagés... Les lieux révèlent couche par couche les traces émouvantes de Rome et de Byzance. l Tout d’abord le petit temple romain, de style corinthien, avec des blocs à très fort bossage. Dans le sous-sol, les archéologues ont découvert les structures d’un bâtiment antérieur au temple. «La cella dont il ne reste plus rien de l’aménagement intérieur est précédée d’un pronaos (partie antérieure d’un temple antique) assez particulier... Le tétrastyle de la façade présente une architecture hybride. En effet, ne pouvant placer de face la colonne d’angle, les constructeurs ont opté pour la formule demi-colonne engagée dans le mur et tournée vers l’axe du temple. Le même dispositif a été adopté pour la colonne d’angle nord-est qui se trouve placée contre un pilier. Sans antes et sans podium, ce temple est assez atypique pour le Liban», explique M. Waliszewski. Les sculptures et les reliefs culturels qui ornent les murs d’entrée de la cella constituent l’intérêt principal du temple. La porte monumentale aux chambranles moulurées est surmontée d’un linteau décoré de quatre guirlandes. De part et d’autre de la porte du temple, les murs sont décorés de reliefs. Un personnage est représenté avec la figure et les mains sévèrement martelées. «Nous retrouvons ce type de représentation sur les naiskos et les monnaies sidoniennes... mais aussi sur un cadre de porte provenant du temple est d’Oum el’Amed. Il s’agit en fait d’un prêtre offrant une libation, tenant dans la main gauche une situle contenant du vin ou de l’huile; dans la main droite, un sceptre décoré d’une tête de bélier et à laquelle est suspendue généralement une cassolette... Ces figures remontent soit à l’époque hellénistique, soit à l’époque perse; ils sont de beaucoup antérieurs au temple de Chéhim qui date pour sa part du IIe siècle de notre ère. On peut penser que certaines pratiques culturelles s’étaient perpétuées sur une longue période». Le temple a été détruit et abandonné vers la fin du IVe siècle. Aux Ve et VIe siècles, il est transformé en pressoir à raisins. «En fouillant à l’angle nord-est, dans les niveaux de remplissage des fondations du temple, les archéologues ont dégagé un bassin circulaire (environ 1,30 m de profondeur et 1,20 m de diamètre), au fond duquel gisait une cupule». Une église pas comme les autres l Outre son temple romain, Chéhim s’est révélé avoir une église pas comme les autres. Construite avec des blocs de pierre provenant du temple abandonné, l’église protobyzantine date de 498. Une inscription grecque découverte devant une des entrées latérales indique les noms du protecteur de l’église, le prêtre Thomas, de l’archevêque André de Sidon et de son chorepiskopos, Iannos. Le sol de la basilique est entièrement pavé de mosaïques bien conservées par endroit: trois tapis à motifs géométriques comportant au centre un médaillon avec un oiseau, et dont les bordures sont ornées de guirlandes végétales; un quatrième représentant une lionne, deux oiseaux et un poisson, a été utilisé au VIe siècle pour surélever le chœur jusqu’au niveau du bêma. La basilique subit encore des modifications puisqu’à la fin du VIe les entrecolonnements de la nef sont murés pour adapter les lieux au développement de la liturgie byzantine. «L’intérêt de cette basilique réside dans son bêma qui n’est pas une spécificité régionale; l’ambon qu’on ne trouve presque jamais dans l’abside; on les a trouvés ici... Est-ce que le père Thomas qui est mentionné dans l’inscription venait d’ailleurs?» dit M. Waliszewski. Les travaux ont également permis de recueillir dans l’abside des fragments d’enduit peint en rouge. «Tout semble indiquer que les murs de l’église étaient ornés de peintures d’inspiration religieuse. les mosaïques n’étaient qu’un petit fragment de décor de la basilique», souligne le chef de la mission polonaise. M. Tomasz Waliszewski ajoute qu’une équipe de huit archéologues polonais arrivera le 28 août pour entreprendre sur place la restauration des mosaïques. Par ailleurs, une grosse quantité de tuiles et de clous, découverts sur l’emplacement de l’église, laisse supposer que le bâtiment avec son atrium à colonnades comportait un toit. Le lieu fut abandonné à la fin du VIIe siècle, suite à un incendie dont les traces marquent par endroit les mosaïques. Quelque temps après, des fouilleurs clandestins, chasseurs de trésor, ont pratiqué un trou dans le chœur en défonçant la mosaïque. C’est dans cette fosse que les archéologues ont déterré des lampes à l’huile datant de l’époque ommeyade. Un village et des pressoirs à huile Les archéologues datent du Ve siècle le village qui s’est développé autour de l’église. Des amoncellements de rochers bloquent les grandes articulations de cette agglomération. Mais une ruelle encore bien tracée conduit vers des habitations monocellulaires, dotées d’un étage dont on voit parfois l’escalier posé sur un mur d’échiffre et appuyé contre la paroi extérieure. De nombreux éléments de pressoirs à olives, éparpillés à travers tout le site, attestent de la prédominance de la production de l’huile d’olives à l’époque protobyzantine. Une dizaine d’huileries dont deux assez complètes ont été dégagées; l’une est située dans la partie nord-ouest du village et l’autre dans la partie sud-ouest. La première est presque intacte. Dans l’une des fosses qui recueillait le jus, une balance romaine en très bon état de conservation a été trouvée. L’huilerie sud-ouest a connu une évolution plus complexe. La fouille a démontré qu’à l’origine le bâtiment était une modeste habitation de deux pièces installée à proximité d’une petite nécropole d’époque romaine. Cette structure a été agrandie par l’adjonction et la transformation des pièces supplémentaires pour l’aménagement d’une huilerie à double pressoir. Le sous-sol n’a pas fini de dévoiler ses secrets. Chéhim à la rencontre de Rome et de Byzance détient une belle part de la mémoire du Liban.
Niché dans l’Iklim el-Kharroub, Chéhim livre un vestige pratiquement unique ou en tout cas très rare au Liban : une basilique protobyzantine présentant les spécificités architecturales de la Syrie du Nord et de la Mésopotamie. «Ce lieu de culte qui intègre dans ses structures le bêma et l’ambon ne s’inscrit pas dans l’esprit des traditions architecturales locales; je crois qu’on n’en a jamais trouvé de pareil dans le pays», dit Tomasz Waliszewski, chef de la mission archéologique polonaise qui entreprend, depuis l’été 96, des travaux de fouilles sur le terrain. Chéhim est entré dans l’histoire du patrimoine libanais vers la fin des années soixante, à travers la découverte, par H. Kalayan, d’un temple romain, d’une église byzantine, d’un quartier d’habitations et de pressoirs d’huiles. Avec...