La création par le sommet des chefs d’État réunis à Victoria Falls (Zimbabwe) d’une commission de quatre membres chargée d’obtenir un cessez-le-feu en République démocratique du Congo (RDC) cache mal l’échec des tentatives menées par les participants pour rapprocher les positions de la RDC et du Rwanda. Laurent Kabila et Pasteur Bizimungu se sont ignorés, peu après leurs arrivée dans la ville touristique du nord-ouest du Zimbabwe, et ne se sont rencontrés qu’au cours d’un petit déjeuner en présence de leurs cinq homologues. Dès le début du sommet, les différentes délégations se déclaraient pessimistes sur les chances d’un compromis ente les deux hommes, bien déterminés à rester sur leurs positions. Selon Kinshasa, la rébellion de soldats banyamulenge d’origine tutsie du nord-est de la RDC est soutenue militairement par Kigali, qui de son côté dément toute implication et promet de se défendre si le Rwanda venait à être attaqué. Le ministre de la Justice de la RDC, Mwenze Kongolo, avait déclaré: «Nous demanderons au Rwanda qu’il retire ses troupes de la RDC, mais je ne crois pas qu’ils le feront, car ils nient avoir envoyé des troupes dans notre pays». «S’il (le Rwanda) ne se retire pas, alors ce sera la guerre, a-t-il ajouté. C’est la seule option qui restera au peuple congolais». Devant ce blocage, les participants, réunis à huis clos, ont décidé de créer une commission de quatre membres (Tanzanie, Zambie, Namibie et Zimbabwe) chargée d’obtenir un cessez-le-feu en RDC. «Nous allons nous mettre au travail immédiatement pour tenter d’obtenir un cessez-le-feu», a déclaré le président Robert Mugabe au cours d’une conférence de presse à l’issue du sommet. «Nous allons travailler avec les pays impliqués et avec les autres pays de la région», a-t-il ajouté, en soulignant que la commission «fera tout son possible pour que cessent les combats». Interrogé à l’issue du sommet, le président Kabila a déclaré que sa seule mission à Victoria Falls avait été «d’informer le sommet de l’agression rwandaise». «Je ne suis pas venu ici pour chercher de l’aide, mais pour exiger le respect de la souveraineté de notre pays», a-t-il dit. Pour le chef de l’État congolais, la création d’une commission pour tenter d’obtenir un cessez-le-feu est une bonne chose, car «la commission travaillera sur le terrain et pourra vérifier les allégations de chacun». «La situation (en RDC) est tendue, car il s’agit d’une agression dans laquelle nous sommes les victimes. La situation n’est pas bonne du tout», a-t-il ajouté. Interrogé enfin sur la crainte que lui inspireraient les Banyamilenge, il a affirmé: «Je ne suis pas Mobutu. Notre pouvoir est un pouvoir populaire. Nous sommes capables de mobiliser les gens comme nous l’avons fait alors» pour renverser le président Mobutu. M. Mugabe était l’hôte de ce sommet demandé par le président ougandais Yoweri Museveni et qui a réuni, outre MM. Museveni et Mugabe, les présidents de Zambie Frédéric Chiluba, de Namibie Sam Nujoma, de RDC Laurent Kabila, de Tanzanie Benjamin Mkapa et du Rwanda Pasteur Bizimungu. L’Afrique du Sud, qui préside actuellement la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) dont la RDC fait partie, n’avait pas été invitée à Victoria Falls. Sur le terrain Sur le terrain entre-temps, les rebelles banyamulenges affirmaient avoir pris le contrôle des villes côtières de la République démocratique du Congo, situées à l’embouchure du fleuve Congo, qui permet l’approvisionnement de la capitale Kinshasa, où vivent six millions de personnes. La Télévision du peuple (officielle) a toutefois démenti que les villes de Kitona, Moanda et Banana (sud-ouest) soient tombées aux mains des rebelles. Par ailleurs, La Voix du peuple (radio officielle) a annoncé que les troupes gouvernementales avaient repris le contrôle de l’aéroport de Kisangani (nord-est), où des combats avaient opposé en semaine les forces de Kabila aux rebelles banyamulenges, Tutsis congolais d’origine rwandaise. Depuis le début de la rébellion, dimanche dernier, les médias officiels n’avaient pas mentionné la prise de l’aéroport par les rebelles, qui contrôlent dans l’est les villes de Goma au Nord-Kivu et de Bukavu et Uvira au Sud-Kivu. La ville côtière et pétrolière de Moanda (500 kilomètres au sud-ouest de Kinshasa) est «tombée aux mains des rebelles», a-t-on appris de source diplomatique à Kinshasa. Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé cette information, précisant que «les rebelles banyamulenges contrôlent le triangle Kitona-Banana-Moanda, dans le sud-ouest de la RDC» et que des soldats congolais auraient rallié la rébellion dans cette région. La rébellion a interdit la navigation fluviale dans la zone, a ajouté le Quai d’Orsay. «C’est sûr, la ville de Moanda est aux mains des rebelles», a dit la source diplomatique à Kinshasa, qui a ajouté que la prise de la cité pétrolière n’avait pas donné lieu à des «combats». Chasse aux Tutsis Ville portuaire, Moanda est située non loin du port de Banana qui donne accès à la ville de Boma et à Matadi, chef-lieu de la province du Bas-Congo, frontalière du Congo-Brazzaville et de l’Angola. Le port de Matadi est situé à quelques dizaines de kilomètres de la base militaire de Kitona où, d’après Kinshasa, le Rwanda a débarqué mardi dernier 400 soldats à bord d’un cargo 707 de Congo Air Lines «arraisonné» à Goma (Nord-Kivu) dans l’Est. La prise de Kitona semble avoir été bien orchestrée avec l’attaque et la prise simultanée des principales villes du Kivu, région stratégique frontalière du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi, les anciens «parrains» de Kabila qui l’ont porté militairement au pouvoir en mai 1997. L’Angola, qui a aussi considérablement aidé Kabila avant de lui reprocher les facilités accordées à la guérilla angolaise de l’UNITA pour s’approvisionner, est frontalier de la zone de Matadi. Les autorités angolaises de l’enclave pétrolière de Cabinda du conflit en RDC, selon la presse angolaise. Dans Kinshasa, la chasse aux Tutsis se développe, répercutée par les médias officiels. Un bourgmestre d’un quartier de Kinshasa a affirmé à la radio avoir «tout mis en œuvre pour dénicher les Tutsis». Les Banyamulenges, estimés à 10.000 dans la capitale, se cachent. Mais leurs arrestations par la police se poursuivent, souvent sur dénonciation de la population. (AFP)
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