Deux jours après les attentats antiaméricains de Nairobi et de Dar-es-Salaam, la parole est désormais aux policiers et experts de la lutte anti-terroriste pour recherher les auteurs. Le bilan global du double attentat s’est alourdi en week-end, atteignant 140 morts et plus de 4.200 blessés. A Nairobi, l’ambassadrice des Etats-Unis, Mme Prudence Bushnell, a indiqué que 132 personnes avaient péri au total, dont 120 Américains et 14 Kenyans tués dans l’enceinte de la mission diplomatique. Auparavant, le ministre kenyan des Affaires étrangères, Bonaya Godana, avait avancé le chiffre de 108 morts. A Dar-es-Salaam, le dernier bilan, émanant des hôpitaux, de l’explosion de la voiture piégée est de huit morts et de 74 blessés, dont 18 dans un état grave. Deux blessés ont succombé samedi. «Le terrorisme s’est manifesté au seuil de notre porte», a commenté tristement le chef de la diplomatie de Nairobi lors d’une conférence de presse. A Washington, le président Bill Clinton a répété que les autres du double attentat seraient pourchassés et châtiés. Les Etats-Unis ont envoyé plus 200 sauveteurs, Marines et enquêteurs du FBI pour conduire les opérations de secours et mener les investigations. C’est à Nairobi que la bombe — d’une très forte puissance — a fait le plus de dégâts, dans un quartier de bureaux du centre-ville. Les sauveteurs craignent que le bilan de 111 morts et de plus de 4.000 blessés ne s’alourdisse encore. Les secouristes continuent à fouiller les décombres de l’ambassade, un bâtiment de quatre étages dont toute la façade arrière a été détruite, et d’un petit immeuble voisin. Ils retiraient toujours des cadavres des ruines. «Nous avons fouillé tout le rez-de-chaussée et nous procédons étage par étage», a indiqué à l’AFP Chris Sharf, un porte-parole de l’ambassade, prévoyant que «d’autres victimes seront découvertes». Sous la violence de la déflagration, le Gateway House, petit immeuble coincé entre l’ambassade américaine et le building de la Cooperative Bank, s’est écroulé comme un château de cartes sur une école de secrétariat et plusieurs bureaux. Les 25 étages de la Cooperative Bank sont toujours débout, mais vitres et cloisons ont volé en éclat. Quant à l’ambassade américaine, toute sa façade arrière a été détruire par l’explosion. La bombe a explosé à l’entrée de la porte du parking souterrain de l’ambassade des Etats-Unis, sur la grande avenue Haile Selassié, dans le centre-ville. «Il est probable qu’ils ont essayé de rentrer dans le parking souterrain de l’ambassade américaine, mais qu’ils n’ont pu le faire», a-t-il déclaré. L’explosion a endommagé 40 immeubles à 150 mètres à la ronde. 542 personnes ont été hospitalisées et 24 sont toujours dans un état grave, en service de soins intensifs. Le président kenyan Daniel arap Moi, qui a décrété un deuil national, a réclamé à la communauté internationale une assistance médicale pour les victimes, ainsi qu’une aide pour mener l’enquête sur ce drame. A Dar es-Salaam, d’importantes forces de sécurité, y compris des soldats et des unités paramilitaires, restent déployées autour de l’ambassade des Etats-Unis. La sécurité a également été renforcée aux postes-frontières et aux aéroports internationaux de la capitale tanzanienne, du Kilimandjaro et de Mwanza. Les deux cibles choisies par les terroristes figurent parmi les ambassades américaines les moins sûres, principalement celle de Nairobi, située en plein centre-ville, ont indiqué samedi des experts à Washington. Ni l’un ni l’autre bâtiment ne répondaient au normes de sécurité américaines définies après l’attentat de 1983 contre l’ambassade des Etats-Unis à Beyrouth, qui avait fait 240 morts.
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