Devant les polémiques internes au sujet de la prochaine échéance présidentielle et les hypothèses prématurément évoquées quant à la composition d’un nouveau gouvernement solidaire et homogène qui en découlera, le marché des changes de Beyrouth a fonctionné la semaine dernière sous le signe de la politique. Cela d’autant que la montée du ton entre les deux chefs du Législatif et du gouvernement ne tardait pas à nourrir quelques appréhensions au niveau de la communauté financière. En effet, un certain changement de climat paraissait s’installer sur le marché avec comme corollaire un léger développement de la demande du dollar accompagné d’une contraction de son offre. Pourtant ce phénomène ne parvenait pas à prendre de l’ampleur surtout après les médiations entreprises entre les deux chefs du Législatif et du gouvernement et les mises au point formulées au sujet de certains points litigieux qui avaient assombri les rapports entre l’Exécutif et certains pôles politiques influents dans le pays. De plus, la perspective d’un règlement judicieux de l’effet rétroactif de la nouvelle échelle des traitements du secteur public est venue rassurer le marché quant à l’engagement aussi bien du gouvernement que de la majorité parlementaire à respecter l’objectif de réduction du déficit budgétaire, condition sine qua non de toute stabilité monétaire. Cela étant, les pressions, qui commençaient à s’exercer sur la livre libanaise pendant la première moitié de la semaine, ne tardaient pas à se relâcher vers sa fin, permettant même à la Banque du Liban (B.D.L.) d’acheter à la veille du week-end tout excès d’offres du dollar au bas de sa fourchette d’intervention, en l’absence de contreparties valables à la demande en dehors d’elle, contrairement aux jours précédents. De ce fait, la tendance du marché continuait à être dictée par la B.D.L. qui, en procédant à l’abaissement de son taux d’intervention à l’achat de 1508,50 à 1508,00 L.L. puis de son taux à la vente de 1520,50 à 1520,00 L.L., est parvenue à le faire clôturer vendredi dernier au taux moyen indicatif de 1514,00 L.L. contre 1514,50 L.L. à la fin de la semaine se terminant au vendredi 24 juillet, en léger repli de 0,03% en moyenne. En parallèle, les établissements de crédit, qui avaient négocié le dollar de lundi à mercredi entre 1509,50 et 1510,50 L.L., devaient le traiter finalement entre 1508,00 et 1508,25 L.L. contre 1508,25 et 1508,75 L.L. à la fin de la semaine se terminant le 24 juillet, témoignant de la propension du marché à l’offre plutôt qu’à la demande, comme auparavant, quoique dans un contexte marqué toujours d’incertitudes. Rechute du yen et irrégularité du dollar A l’étranger, l’orientation du dollar a été gouvernée la semaine dernière, par plusieurs facteurs émanant tantôt des incertitudes entourant la formation du nouveau gouvernement japonais et tantôt des inquiétudes suscitées par l’affaire Lewinsky et les éventuels problèmes qu’elle posera au président Clinton, ainsi que des contrastes qui avaient marqué les indicateurs en provenance de l’économie américaine. Et si le «billet vert» a trouvé soutien dans l’accès de faiblesse du yen et les perspectives de relèvement des taux d’intérêt aux Etats-Unis, il s’est ressenti aussi des craintes liées à l’affaire Lewinsky qui pourrait entraver l’efficacité du président américain, phénomène qualifié de très mauvais pour les marchés financiers. Cela d’autant que le président de la commission judiciaire du Sénat, Orrin Hatch, laissait entendre que le Congrès pourrait envisager la destitution du chef de la Maison-Blanche s’il refuse de comparaître devant le procureur Kenneth Starr. Dans ce contexte, l’annonce vendredi dernier, par le département américain de Commerce que la première estimation de croissance du produit intérieur brut (P.I.B.) au deuxième trimestre ne devait pas dépasser 1,4% contre 5,5% au premier trimestre, est venue jeter du froid sur le marché du dollar face aux autres grandes monnaies, à l’exception toutefois du yen et du sterling, dans la mesure que ce ralentissement de l’économie, qui s’est accompagné d’une baisse de l’inflation à 0,8% contre 0,9% pendant la même période, a dissipé tous les espoirs fondés sur un prochain durcissement de la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed) tel qu’évoqué par le président de cet organisme, Alan Greenspan, lors de son récent témoignage sur l’état de l’économie américaine devant les commissions du Congrès. Cela d’autant que le marché venait d’apprendre aussi que l’indice de sentiment des consommateurs américains de l’université de Michigan a reculé de 115,4 points en juin à 113,3 points le mois dernier ainsi que l’indice de confiance des consommateurs établi par le Conference Board qui est tombé de 138,2 à 135,4 points pendant la même période, ne justifiant aucun durcissement monétaire. Plus tôt dans la semaine, d’autres indicateurs étaient venus, au contraire, militer en faveur d’un resserrement du crédit surtout après l’annonce par le département américain du Travail que les coûts salariaux aux Etats-Unis auraient augmenté de 0,9% au deuxième trimestre contre 0,7% au premier, laissant craindre une pression des salaires sur les prix à la production et à la consommation. Ce sentiment avait été renforcé par la forte hausse de 3,8% des ventes de logements neufs en juin contre 1,1% en mai (chiffre révisé de 0,3%), ainsi que par l’augmentation de l’indice des directeurs d’achats de New York et de Chicago de 57,50 points et de 50,80 points en juin à respectivement 57,80 points et 57,60 points le mois dernier, reflétant quelques signes de surchauffe économique. Devant ces contrastes, les opérateurs ont opté pour l’expectative et la prudence en manipulant leurs positions de changes à la veille du week-end, surtout après que le secrétaire américain au Commerce, William Daley, laissait entendre vendredi dernier, que la seule difficulté à laquelle se heurtait l’économie des Etats-Unis serait le commerce avec les pays asiatiques dont l’aggravation de la crise économique continuait de contracter les exportations américaines et d’augmenter les importations. Compte tenu de toutes ces considérations et eu égard aussi à l’annonce par le nouveau ministre japonais des Finances, Kiichi Miyazawa, qu’il préférait laisser au marché le soin de déterminer les taux de change, excluant par cela toute prochaine intervention de la Banque du Japon en faveur du yen, à un moment où un haut responsable de la Banque d’Angleterre faisait savoir que les taux d’intérêt britanniques auraient atteint un niveau très élevé, le dollar a repris le chemin de la hausse contre le yen et le sterling, tout en éprouvant beaucoup de peine à conserver ses gains face aux autres grandes monnaies. Il a dû, en effet, achever la semaine vendredi dernier, à New York, en comparaison avec la semaine se terminant au vendredi 24 juillet, comme suit : — 1,6320 pour un sterling contre 1,6555 (+1,44%). — 1,7785 D.M. contre 1,7790 (—0,03%). — 1,4915 F.S. contre 1,4970 (—0,37%). — 5,9615 F.F. contre 5,9710 (—0,16%). — 1755,90 lires contre 1757,00 (—0,06%). — 144,65 yen contre 141,45 (+ 2,26% ). Affaiblissement de l’or Loin de bénéficier des incertitudes entourant les marchés de changes, les métaux précieux se sont ressentis, la semaine dernière, des craintes liées aux répercussions négatives de la crise asiatique sur la croissance économique des deux côtés de l’Atlantique et du Pacifique. C’est ainsi qu’un certain courant de ventes de lassitude ne tardait pas à s’installer sur le marché de l’or, faisant retomber la parité de l’once à New York, vendredi dernier, à 286,30 dollars contre 290,90 dollars à la fin de la semaine se terminant au vendredi 24 juillet, en baisse de 1,58% en moyenne. En parallèle, l’argent-métal s’est tassé encore plus sévèrement devant l’ampleur des dégagements, fléchissant à New York, vendredi dernier, à 5,4480 dollars l’once contre 5,6850 dollars au vendredi 24 juillet, en baisse de 4,17% en moyenne.
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