Médiocre officier nazi à Rome pendant la guerre, Erich Priebke, 84 ans, n’a jamais compris au cours de son procès pourquoi le tribunal militaire de Rome a voulu engager sa responsabilité dans un massacre au cours duquel, soldat, il n’a fait qu’obéir aux ordres de Hitler. Au cours d’une audience de son premier procès, Erich Priebke a déclaré au tribunal, dans un silence glacial, qu’il avait été forcé de participer, en mars 1944, au massacre des fosses Ardéatines parce que «l’ordre était venu directement de Hitler, à Berlin». Sans remords ni compassion, il a ajouté que «celui qui aurait refusé d’obéir aurait été envoyé devant le tribunal des SS». «Comme tous les autres, je savais que mon refus, ma mort et la persécution de ma famille n’auraient de toutes façons pas sauvé ceux» qui avaient été désignés pour être exécutés dans les fosses Ardéatines, a-t-il dit. Depuis qu’il a été retrouvé en Argentine en mai 1994, il a plaidé l’irresponsabilité. «Je suis innocent», a-t-il clamé à l’occasion devant le tribunal militaire, affirmant que ce sont les résistants qui, en commettant un attentat contre une unité SS, sont les véritables responsables du massacre décidé en représailles. Il a cherché à faire valoir qu’il n’a été qu’un exécutant, contraint d’obéir sous peine d’être lui-même exécuté. Né le 29 juillet 1913 à Henningsdorf, dans la banlieue de Berlin, orphelin à 7 ans, Erich Priebke se spécialise en 1929 dans l’hôtellerie. Il apprend l’anglais et l’italien, qu’il perfectionne grâce à de longs séjours de travail en Italie, à Rapallo, où il réside deux ans, et en Angeleterre où il travaille pendant dix mois à l’hôtel Savoy de Londres. De retour en Allemagne, il s’inscrit en 1933 au Parti nazi et, en 1936, il entre dans la police. L’année suivante, il entre dans les Sections spéciales (SS). En 1939, il épouse Alice Stoll, une Berlinoise de trois mois son aînée, dont il aura deux fils. Sa carrière dans les organismes nazis s’affirme en 1940, lorsqu’il est admis à l’école des dirigeants de la «Sicherheitspolizei» (Sipo), police de la SS, à Berlin. Il est nommé en août 1941 «Kriminalkommissar» dans le service créé par Reinhard Heydrich, le bourreau de Prague. Le 9 novembre 1943, il est promu au grade de capitaine. Un élément médiocre Selon des notes retrouvées dans la documentation de Berlin sur la Seconde Guerre mondiale, Priebke ne suscite pas un grand intérêt de ses supérieurs. Il est considéré comme un élément médiocre et fait preuve d’un esprit confus. Il est cependant muté en 1943 de Berlin à Rome, où il est l’un des adjoints du lieutenant-colonel SS Hubert Kappler, qui sera condamné à la réclusion à perpétuité pour son rôle dans le massacre des fosses Ardéatines. Priebke participe le 12 septembre 1943 à la libération de Mussolini, incarcéré dans les Abruzzes (centre de l’Italie) sur ordre du roi. Il sera décoré de la Croix de Fer pour cet épisode. Alors que les Alliés ont débarqué en janvier 1944 à Anzio, au sud de Rome, les résistants italiens font exploser le 23 mars une bombe qui fait 33 morts au passage d’une colonne SS dans une rue de Rome. En représailles, 335 civils sont massacrés le lendemain dans les fosses Ardéatines. Priebke est chargé par Kappler de veiller à ce que les victimes exécutées soient effectivement celles qui figurent sur la liste officielle. Il déclarera en 1946 avoir lui-même exécuté deux des victimes désignées. Peu après le massacre des fosses Ardéatines, Priebke est envoyé en août 1944 par ses supérieurs à Vérone. Puis il est nommé chef de la sûreté à Brescia (nord), où il dirige, selon des résistants, des rafles qui conduisent à des exécutions. A la fin de la guerre, Priebke est fait prisonnier par les Britanniques avant de réussir à fuir vers l’Argentine comme de très nombreux autres criminels nazis. Il échappe ainsi au procès des responsables du massacre qui se déroule à Rome en 1948. Priebke arrive en 1948 à San Carlos de Bariloche, au sud-ouest de Buenos Aires. Il reprend sa profession d’hôtelier qu’il avait apprise avant la guerre en Allemagne, et coule une vie tranquille sous sa propre identité. Il est estimé et respecté notamment par la communauté allemande de la ville. Avec son passeport allemand, il voyage plusieurs fois aux Etats-Unis, en Allemagne et en Italie. En mai 1994, après avoir été repéré à Bariloche par une équipe de télévision américaine, il est arrêté à son domicile à la suite d’un mandat d’arrêt international. En novembre 1995, il est remis par la police argentine à la police italienne, et arrive à Rome où il est incarcéré à la prison militaire de Forte Boccea. (AFP)
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