Le général Augusto Pinochet, futur sénateur à vie, a été le tombeur du socialisme au Chili mais aussi l’artisan d’une des plus spectaculaires réussites économiques d’Amérique latine. Son coup d’Etat du 11 septembre 1973, marqué par le suicide du président socialiste Salvador Allende élu démocratiquement le 4 septembre 1970, avait porté un coup d’arrêt à «la voie chilienne vers le socialisme». Allende proposait de «faire la révolution dans le cadre des institutions», à la différence de la «voie armée» choisie par son ami Castro à Cuba. La première mesure «révolutionnaire» d’Allende, approuvée à l’unanimité par le Parlement, avait été la nationalisation des grandes mines de cuivre, principale richesse du Chili, exploitée jusqu’alors par des compagnies américaines. La réforme agraire figurait ensuite au programme, avec la vente de «la terre à celui qui la travaille», de même que l’expropriation de centaines d’industries, pour mettre en place une économie centralisée. La pénurie des denrées essentielles, une inflation annuelle de 500%, l’embargo sur les exportations de cuivre imposé par les Etats-Unis et les grèves des transports et des patrons qui refusaient de perdre leur patrimoine, ont sonné le glas de cette expérience. Pinochet et les militaires pouvaient se soulever contre «le chaos». Une «politique de choc» En arrivant au pouvoir, Pinochet héritait d’une dette extérieure de trois milliards de dollars, et, si, 17 ans plus tard, il a laissé un endettement sept fois supérieur, il a en revanche posé les bases d’un modèle de marché libre qui sert de modèle à de nombreux autres pays d’Amérique latine. Son gouvernement a reçu, deux ans après le coup d’Etat, l’aval de Milton Friedman, prix Nobel d’économie et maître de l’«école de Chicago», qui a recommandé en mars 1975 de vendre les entreprises nationales et de réduire les dépenses publiques pour vaincre l’inflation. La recette des «Chicago Boys» a provoqué une «politique de choc», avec un gel des salaires, du chômage, de la pauvreté. Les terres, les banques et les entreprises expropriées ont été rendues à leurs anciens propriétaires tandis que l’Etat privatisait la compagnie aérienne nationale, le téléphone, l’électricité et plusieurs autres entreprises. Lors de l’échec de Pinochet au plébiscite du 5 octobre 1988, lui interdisant de rester au pouvoir huit années de plus, le patrimoine des groupes privés atteignait presque 55% du produit intérieur de la nation. Quand la démocratie a été restaurée, en mars 1990, l’Etat a conservé les mines de cuivre, la compagnie nationale du pétrole, la plus grande banque du pays et plusieurs autres entreprises que Pinochet n’avait pas eu le temps de privatiser. Désormais les grands groupes chiliens sont présents à l’étranger alors que le Chili a ouvert son marché à l’Amérique latine, l’Asie et l’Europe. Attirés par les programmes de privatisations, ils ont investi notamment en Argentine, au Brésil, en Bolivie, au Pérou. Le Chili, avec 14,5 millions habitants, compte néanmoins encore aujourd’hui quatre millions de pauvres. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le général Augusto Pinochet, futur sénateur à vie, a été le tombeur du socialisme au Chili mais aussi l’artisan d’une des plus spectaculaires réussites économiques d’Amérique latine. Son coup d’Etat du 11 septembre 1973, marqué par le suicide du président socialiste Salvador Allende élu démocratiquement le 4 septembre 1970, avait porté un coup d’arrêt à «la voie chilienne vers le socialisme». Allende proposait de «faire la révolution dans le cadre des institutions», à la différence de la «voie armée» choisie par son ami Castro à Cuba. La première mesure «révolutionnaire» d’Allende, approuvée à l’unanimité par le Parlement, avait été la nationalisation des grandes mines de cuivre, principale richesse du Chili, exploitée jusqu’alors par des compagnies américaines. La réforme agraire...