Sept ans après la guerre, les irakiens en ressentent toujours les effets
le 28 février 1998 à 00h00
Hussein al-Ahraji, qui gagnait 15.000 dollars par mois en exerçant son métier d’avocat avant la guerre du Golfe en 1991, vient de vendre sa voiture pour nourrir sa famille. «Le marteau de l’embargo a frappé tout le peuple irakien sur la tête», déclare l’avocat de 58 ans, à la veille du septième anniversaire de la fin de la guerre, le 28 février 1991. Les malheurs des Irakiens n’ont pas pris fin pour autant, l’embargo, imposé à leur pays depuis l’invasion du Koweit, en août 1990, ayant été maintenu par l’ONU pour forcer l’Irak à se débarrasser des armes de destruction massive. «La plupart de mes collègues sont aujourd’hui au chômage», relève l’avocat. Avant la guerre du Golfe, le cabinet de Me al-Ahraji, dans le centre de Bagdad, lui rapportait quelque 5.000 dinars par mois, soit 15.000 dollars au taux de change de l’époque. La valeur de la monnaie irakienne n’a cessé de péricliter depuis en raison d’une inflation vertigineuse. Les 18.000 dinars d’honoraires mensuels que l’avocat perçoit ne valent plus aujourd’hui que 110 dollars. «J’ai vendu ma voiture pour pouvoir donner à manger à ma famille», explique ce père de six garçons et de quatre filles. «Et quand je pense qu’avant la guerre, l’Irak disposait de réserves en milliards de dollars à la Banque centrale!», s’exclame-t-il. «Il y a deux mois, j’ai perdu un onzième enfant alors qu’il avait quatre jours, en raison du manque de médicaments», dit-il. Vol et délinquance Les effets de l’embargo sur la société irakienne, Me al-Ahraji les ressent au jour le jour. «Les cas de divorce, de délinquance juvénile et de récidive ont sensiblement augmenté depuis la fin de la guerre», constate-t-il. L’absence de revenu fixe ou d’habitation adéquate provoque souvent des disputes conjugales, d’où l’augmentation des divorces, selon l’avocat. Quant à l’accroissement de la délinquance, elle a une explication simple, toujours selon l’avocat: le vol. Pour beaucoup d’Irakiens, et notamment les jeunes, c’est devenu le moyen le plus simple de rapporter de l’argent. Mme Nassira al-Saadoun, directeur-général de la Documentation et de la Librairie nationale en Irak, affirme pour sa part qu’«une génération entière d’Irakiens a quasiment été privée d’éducation» depuis la mise en place de l’embargo. «Mais l’aspect le plus grave de la situation dans laquelle nous vivons est l’absence de toute vision de l’avenir», dit-elle. «Depuis 1990 aucun livre, aucune revue n’est arrivée en nombre de l’extérieur en Irak. Nous connaissons une véritable récession culturelle et nous nous trouvons à des années-lumière des dernières évolutions dans tous les domaines», assure Mme al-Saadoun. Evoquant la multiplication des délits depuis la fin de la guerre du Golfe, elle se dit «effrayée par la perspective de voir la criminalité devenir un mode de vie si l’embargo n’est par levé». Affirmant que «le niveau des services médicaux en Irak avant la guerre du Golfe était comparable à celui de l’Europe», elle explique que se faire soigner aujourd’hui en Irak est une entreprise «fort coûteuse». «Notre voisin a vendu sa voiture afin de payer des médicaments qu’il fait venir d’Amman et il ne va pas tarder à vendre sa maison», affirme Mme al-Saadoun. (AFP)
Hussein al-Ahraji, qui gagnait 15.000 dollars par mois en exerçant son métier d’avocat avant la guerre du Golfe en 1991, vient de vendre sa voiture pour nourrir sa famille. «Le marteau de l’embargo a frappé tout le peuple irakien sur la tête», déclare l’avocat de 58 ans, à la veille du septième anniversaire de la fin de la guerre, le 28 février 1991. Les malheurs des Irakiens n’ont pas pris fin pour autant, l’embargo, imposé à leur pays depuis l’invasion du Koweit, en août 1990, ayant été maintenu par l’ONU pour forcer l’Irak à se débarrasser des armes de destruction massive. «La plupart de mes collègues sont aujourd’hui au chômage», relève l’avocat. Avant la guerre du Golfe, le cabinet de Me al-Ahraji, dans le centre de Bagdad, lui rapportait quelque 5.000 dinars par mois, soit 15.000 dollars...
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