Festival du Bustan, dimanche dernier. Belle, époustouflante de vitalité, Schygulla s’est emparée de la scène, jouant de tous les registres pour traquer l’émotion, et véhiculer les mots «des garçons qui aiment le son des canons», de «la terre qui s’est mal embarquée», des «exploités et exploitants» et du «besoin de s’aimer»... un répertoire donné dans le cadre du festival d’Avignon 97. Tour à tour grave et sourde, chargée de rêverie et de tendresse, nostalgique et fiévreuse, impétueuse et éblouissante, la voix résonne pour déclamer et chanter la vie et la mort, des mots écrits pour elle par Jean-Claude Carrière, Heiner Müller, Fassbinder ou Thomas Bernhard. Sans compter des textes de Borges, Twain, Neruda et Rilke. Accompagnée au piano par le compositeur Jean-Marie Sénia et par Olivier Gredzinski qui joue du Didjouridou ( instrument aborigène), Hanna Schygulla a soulevé une tempête d’applaudissements en déployant des images exaltées. Des scintillements rappelant l’actrice qui a marqué au cinéma les années 70 et qui, au cours d’un entretien à bâtons rompus, nous déclare: «Je n’ai pas choisi d’être chanteuse; je le suis par hasard». L’égérie de Fassbinder qui incarna pour lui Effie Briest, Maria Braun ou la fameuse Lili Marlène, a marqué son époque: les années 70. Elle a tourné avec les plus grands réalisateurs allemands comme Wim Wenders ou Volker Schlondorff mais aussi avec des cinéastes internationaux, Ettore Scola, Jean-Luc Godard, Carlos Saura et Marco Ferreri dans «Storia di Piera» qui lui vaut le prix d’interprétation féminine au festival de Cannes 1983. «Hanna Schygulla fait partie de ces très rares comédiennes dont les chefs opérateurs disent qu’elles apportent avec elles, en entrant sur un plateau, leur propre lumière. Phénomène inexplicable, signe d’un état intérieur particulier... elle prend possession de l’espace et du temps à sa manière, elle leur donne éclat et vie, et il devient difficile de modifier cette lumière, de la détourner...», dit d’elle Jean-Claude Carrière. Ses rôles fétiches restent Maria Braun et l’histoire de Piera. «Mais ce n’est pas tellement pour les personnages, auxquels je ne m’étais jamais identifiée à cent pour cent, que pour le bonheur de travailler avec des hommes remarquables : Rainer Werner Fassbinder et Marco Ferreri. Ce sont des poètes du cinéma. Il y a une espèce de curiosité, une tension, une joie de se laisser guider par leur art... C’étaient des moments d’intense créativité, où on est emporté par une irrésistible envie de donner le meilleur de soi». Son dernier long métrage, «Dead again», remonte à 1991. «C’est le cinéma qui a mis un terme à ma carrière d’actrice. A quelques rares exceptions, cela arrive à toutes les actrices entre 50 et 60 ans à qui on offre des rôles qui ne sont pas intéressants... Mais je ne suis pas malheureuse; au bout de 25 ans de métier, le cinéma était devenu une routine...». Elle n’est pas pour autant reléguée au chapitre des mythes et des légendes. La chaîne Arte qui préparait une émission sur la Grande Guerre lui demande pour l’occasion des chansons berlinoises. «Chanter a toujours été un rêve d’enfance», dit-elle. Dès lors Hanna Schygulla entre en conquérante sur la scène de la chanson. «Je me suis mise à créer mes propres spectacles... Je ne veux être ni Marlyn ni Marlène et je ne cherche pas un style précis. Ce qui m’intéresse c’est l’art de la transformation, que je puise dans les expériences de la vie. Finalement quand on suit un besoin, on trouve son chemin». «Quel que soit le songe», quel que soit l’âge, Hanna Schygulla poursuit son voyage sous les feux de la rampe. May MAKAREM
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Festival du Bustan, dimanche dernier. Belle, époustouflante de vitalité, Schygulla s’est emparée de la scène, jouant de tous les registres pour traquer l’émotion, et véhiculer les mots «des garçons qui aiment le son des canons», de «la terre qui s’est mal embarquée», des «exploités et exploitants» et du «besoin de s’aimer»... un répertoire donné dans le cadre du festival d’Avignon 97. Tour à tour grave et sourde, chargée de rêverie et de tendresse, nostalgique et fiévreuse, impétueuse et éblouissante, la voix résonne pour déclamer et chanter la vie et la mort, des mots écrits pour elle par Jean-Claude Carrière, Heiner Müller, Fassbinder ou Thomas Bernhard. Sans compter des textes de Borges, Twain, Neruda et Rilke. Accompagnée au piano par le compositeur Jean-Marie Sénia et par Olivier Gredzinski...