Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Turquie : Paris pris entre ses intérêts et les réalités européennes

La France a réaffirmé la «vocation européenne» de la Turquie, mais a également rappelé à Ankara le nécessaire respect des droits de l’homme au cours de la visite d’Etat de deux jours en France du président turc Suleyman Demirel. Le chef de l’Etat turc entendait saluer à Paris l’excellence des relations franco-turques, mais aussi exprimer l’amertume de la Turquie après la fin de non-recevoir opposée par l’Union européenne à sa candidature. Ils s’est montré très sévère sur ce sujet, parlant de «discrimination» religieuse. La Turquie est un Etat laïc, mais sa population est à 98% musulmane. «Quelle est la différence entre nous (les Turcs) et eux (les Quinze)? C’est seulement une question de foi, et la foi est une affaire privée qui ne devrait pas conduire à une discrimination», a-t-il souligné. L’image de «club chrétien» donnée à l’Union européenne embarrasse Paris, avocat de l’ancrage européen de la Turquie, mais dont le plaidoyer n’a pas convaincu ses partenaires lors du sommet européen de Luxembourg en décembre dernier. Les Turcs, «blessés», comme l’a rappelé le président Demirel, ont rompu depuis tout dialogue politique avec l’Union européenne et ont décidé de boycotter la Conférence européenne, projet français destiné à réunir tous les postulants à l’UE et les Etats membres. Ils bloquent également les négociations avec Chypre, «dont la question doit être pensée en termes de deux Etats distincts», a affirmé le président Demirel. La partie nord de l’île est occupée militairement par Ankara depuis 1974. La France tente de recoller les morceaux mais ne peut aller plus loin que la réaffirmation de la «vocation européenne» de la Turquie pour ne pas indisposer l’Allemagne, opposée à son adhésion. Le président Chirac avait donné le ton en recevant le président Demirel avec tous les fastes de la République. «Ma conviction, c’est qu’il faut que la Turquie vienne à la Conférence européenne et en soit un membre actif, car la conférence, c’est une réunion de la famille européenne», lui a-t-il déclaré. Le problème kurde Le premier ministre socialiste Lionel Jospin a également plaidé en ce sens. Mais le président Demirel a fait comprendre que la Turquie ne reviendrait sur sa décision que si l’Union européenne «répare cette discrimination» lors du sommet européen de Cardiff en juin. Lionel Jospin a également abordé le sujet délicat des droits de l’homme et le problème kurde, au risque de provoquer la susceptibilité de son invité. «Les Français observent avec attention les efforts engagés en Turquie pour promouvoir l’Etat de droit et moderniser le fonctionnement de sa démocratie», a-t-il souligné dans le toast porté durant le déjeuner offert vendredi au président Demirel. Il a reconnu que la Turquie est «confrontée à des actes de terrorisme», en évoquant la lutte armée des Kurdes, mais il a estimé que le terrorisme devait être combattu «dans le respect du droit des gens et des valeurs démocratiques». L’exercice était difficile, le sujet n’ayant pas été évoqué par le président Chirac, «ami personnel et ami de la Turquie», comme l’a souligné le président Démirel. De gros enjeux économiques pesaient également dans la balance. «Pour les dix ans à venir, nous avons programmé un investissement de 30 milliards de dollars dans le secteur énergétique. D’autres plans, très importants, concernent le secteur de la communication. Et le développement de notre industrie de défense atteindra 150 milliards de dollars». «De par ces demandes, la Turquie est très attractive», avait opportunément rappelé le président turc dans une interview à un magazine français avant sa venue à Paris. (AFP).
La France a réaffirmé la «vocation européenne» de la Turquie, mais a également rappelé à Ankara le nécessaire respect des droits de l’homme au cours de la visite d’Etat de deux jours en France du président turc Suleyman Demirel. Le chef de l’Etat turc entendait saluer à Paris l’excellence des relations franco-turques, mais aussi exprimer l’amertume de la Turquie après la fin de non-recevoir opposée par l’Union européenne à sa candidature. Ils s’est montré très sévère sur ce sujet, parlant de «discrimination» religieuse. La Turquie est un Etat laïc, mais sa population est à 98% musulmane. «Quelle est la différence entre nous (les Turcs) et eux (les Quinze)? C’est seulement une question de foi, et la foi est une affaire privée qui ne devrait pas conduire à une discrimination», a-t-il souligné....