«Je suis heureux d’être encore là, je reste optimiste»: condamné à mort il y a neuf ans par l’Iran, Salman Rushdie croit possible une annulation de la «fatwa» grâce à «un nouvel élan» dans l’attitude de la Grande-Bretagne et de ses alliés européens. Malgré le récent durcissement de ton de l’Iran, l’auteur des «Versets sataniques» a estimé que «bien évidemment, la «fatwa» peut être annulée», lors de la première conférence de presse officielle organisée en neuf ans, au ministère britannique des Affaires étrangères à Londres. «Sans illusions» sur la difficulté de sa situation, Salman Rushdie a avoué relever des «signes qui font une différence», et notamment «sa plus grande association avec l’actuel gouvernement» britannique. «J’ai vraiment la sensation d’un nouvel élan sur la question», a-t-il dit. L’écrivain s’est dit peu surpris par le récent durcissement de ton des responsables iraniens qui ont affirmé le week-end dernier que la «fatwa» était «irrévocable»: «Il y a toujours un mouvement de remarques de plus en plus désagréables à l’approche de chaque anniversaire. Cette année, le bruit a pu être amplifié par le résultat des élections iraniennes. Si vous regardez qui fait tout ce bruit, ce sont au fond ceux qui ont perdu ces élections». «Je suis toujours une balle de football sur le terrain de la politique intérieure iranienne», a estimé Salman Rushdie. Vivre sans peur Après avoir dîné le jour anniversaire de la «fatwa» en compagnie du premier ministre britannique, Tony Blair, Salman Rushdie a été reçu le lendemain par le secrétaire au Foreign Office, Robin Cook. Ce dernier a indiqué que «le retrait de cette menace sur sa vie sera une priorité centrale de ce gouvernement dans sa politique vis-à-vis de l’Iran». «Nous travaillerons pour obtenir le plus de soutien de nos partenaires européens», a-t-il ajouté. Le secrétaire au Foreign Office a réclamé du gouvernement iranien, qu’il donne des gages de sa volonté de dialogue en produisant «une assurance écrite qu’il ne tentera rien lui-même pour mettre en œuvre la «fatwa» sur M. Rushdie» et «en retirant la rançon placée sur sa tête». «L’Iran doit reconnaître (...) qu’il est dans son propre intérêt de sortir de cette impasse», a-t-il ajouté. Salman Rushdie a «quitté, il y a neuf ans, (sa) maison le matin de la Saint-Valentin pour (se) rendre à une interview télévisée». «Je n’y suis jamais revenu. J’avais 41 ans à l’époque. J’en ai plus de 50 aujourd’hui». «Mon fils avait 9 ans. Il a dû vivre avec cette situation toute sa vie, aussi loin qu’il se souvienne», dit-il encore. «Ma famille va bien, mais ça a été une pression colossale», a-t-il dit. «J’ai essayé autant que possible de vivre sans peur, et si aujourd’hui je bénéficie toujours d’une protection policière, c’est parce que l’on me dit que je dois en avoir une», a-t-il ajouté. Salman Rushdie «ne regrette pas du tout» d’avoir écrit «Les Versets sataniques», «un travail littéraire» dont il est «très fier». Contrairement à ce que certains ont laissé entendre, cette histoire «n’a pas été bénéfique pour moi».«Elle a été extrêmement douloureuse sur le plan privé et a causé beaucoup de dégâts à mon image d’écrivain», a dit M. Rushdie. «Cela a pris longtemps avant que les gens se rappellent que j’étais un écrivain qui valait la peine d’être lu», a-t-il ajouté. «Aujourd’hui, après neuf ans, je trouve incroyable d’être encore à parler de cela. Cela doit commencer à être un peu ennuyeux pour les journalistes», a-t-il dit en souriant. «Dites-vous bien que c’est encore plus ennuyeux pour moi», a-t-il conclu. (AFP)
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