Rechercher
Rechercher

Actualités - Biographies

Hommage aux Siodmak à la Berlinale

Côté rétrospective, la Berlinale (jusqu’au 22 février) braque cette année ses projecteurs sur les frères Siodmak, deux juifs allemands qui émigrèrent sous le nazisme et se découvrirent une nouvelle patrie à Hollywood, l’un comme maître du film noir, l’autre comme scénariste. Pour cet hommage pas tout à fait comme les autres, empreint de nostalgie et d’émotion, Curt Siodmak, 95 ans, le scénariste et seul des deux frères encore en vie, a fait spécialement le voyage de Californie à Berlin. Pendant plusieurs jours, il est allé à la rencontre du public berlinois, participant ici à une séance de signatures, là à la projection des «Hommes le dimanche» (1929), le film culte des Siodmak, sur l’escapade de quatre Berlinois au bord d’un lac par une chaude journée d’été. Lundi soir, le directeur du festival, Moritz de Hadeln, lui a remis la «Caméra de la Berlinale», couronnement tardif sans doute d’une carrière bien remplie. Pour la première fois aussi, une monographie vient de paraître en allemand sur les deux frères. Robert, un des grands réalisateurs de Hollywood dans les années 40, avec des films comme «The Spiral Staircase» ou «The Killers», se retrouve en fait toujours au premier plan, au détriment de Curt. Exilé d’abord à Paris en 1933 puis aux Etats-Unis en 1939, il a réalisé plus de 60 films et révélé des stars comme Burt Lancaster. Dans les années 50, il rentra toutefois en Europe, las de Hollywood, sur le déclin et heureux de retrouver ses racines. Il revient d’abord en France, où il avait tourné des films à grand succès dans les années 30 comme «La Crise est finie» (1934), avec Danielle Darrieux, ou «Mister Flow» (1936), avec Louis Jouvet et Edwige Feuillère. Il rejoint ensuite l’Allemagne, où il réalisa des films marquants sur le nazisme, dont «Les SS frappent la nuit», qui reçut dix distinctions au festival de Berlin en 1958. Quelques années plus tard, en mai 1973, Robert mourut d’une crise cardiaque à Locarno (Suisse), pauvre, seul et quasiment oublié. Son frère Kurt, qui a changé l’orthographe de son prénom en Curt après son arrivée aux Etats-Unis en 1937, a pris ses distances en revanche avec le Vieux Continent. Les chemins des deux frères se sont aussi séparés dans l’exil. «Quand je suis arrivé aux Etats-Unis, ma vie a recommencé à zéro», raconte-t-il volontiers. A Hollywood, il s’imposa vite comme un maître des scénarios d’épouvante et de science-fiction, avec «The Wolf Man» (1941) ou «I Walked with a Zombie», tourné par Jacques Tourneur en 1943. Il signa aussi plusieurs romans, dont le plus célèbre «Donovan’s Brain», récit d’une transplantation de cerveau, qui a été traduit en douze langues et porté plusieurs fois à l’écran. En 1929, c’est Curt déjà qui avait donné l’idée du film «Les hommes le dimanche», un mélange de reportage et de fiction, tourné dans les rues de Berlin. Le scénario fut signé Billy Wilder, la réalisation Robert Siodmak. Soixante-dix ans plus tard, un tel film fait fatalement resurgir un flot de nostalgie autour de ce Berlin disparu à jamais, détruit sous les bombes en 1945, et de tous ces artistes, qui quittèrent définitivement l’Allemagne, quand ils ne furent pas exterminés par les nazis. «Avec le départ des Siodmak, le cinéma allemand a subi des pertes irréparables», constatait dernièrement le quotidien berlinois «Tagesspiegel». «En chassant tous les Siodmak d’Allemagne», les nazis ont privé le septième art allemand d’une bonne partie de ses forces vives pour le restant du siècle, ajoutait-il. (AFP)
Côté rétrospective, la Berlinale (jusqu’au 22 février) braque cette année ses projecteurs sur les frères Siodmak, deux juifs allemands qui émigrèrent sous le nazisme et se découvrirent une nouvelle patrie à Hollywood, l’un comme maître du film noir, l’autre comme scénariste. Pour cet hommage pas tout à fait comme les autres, empreint de nostalgie et d’émotion, Curt Siodmak, 95 ans, le scénariste et seul des deux frères encore en vie, a fait spécialement le voyage de Californie à Berlin. Pendant plusieurs jours, il est allé à la rencontre du public berlinois, participant ici à une séance de signatures, là à la projection des «Hommes le dimanche» (1929), le film culte des Siodmak, sur l’escapade de quatre Berlinois au bord d’un lac par une chaude journée d’été. Lundi soir, le directeur du...