L’immensité des richesses pétrolières encore à exploiter dans le Caucase a exacerbé les tensions régionales, longtemps contenues par l’ex-URSS, et dont l’attentat manqué contre le président géorgien Edouard Chevardnadzé est le dernier épisode. Sorti lundi soir indemne d’un attentat en plein centre de Tbilissi, Edouard Chevardnadzé a aussitôt pointé un doigt accusateur contre «de puissantes forces pétrolières». Comme d’autres pays de la région, la Géorgie voit dans la manne pétrolière et le contrôle des routes du pétrole les plus sûrs moyens de décoller économiquement. Les avatars de la chute de l’URSS L’écroulement de l’Union Soviétique en 1991 et, son corollaire, l’émergence de nouveaux Etats ont réveillé de grandioses appétits nationaux, régionaux et internationaux sur une région considérée par les experts pétroliers comme l’une des plus riches du monde en hydrocarbures et encore très largement sous exploitée. A peine l’Azerbaïdjan avait-il proclamé son indépendance, en août 1991, que la Turquie, encouragée par les Etats-Unis, s’est précipitée à Bakou, au nom de retrouvailles historiques, d’une langue et d’une multitude d’intérêts communs. L’urgence était double: contenir la guerre au Nagorny Karabakh — l’enclave à population majoritairement arménienne ayant fait sécession de l’Azerbaïdjan avec l’appui de l’Arménie, elle-même portée à bout de bras par Moscou — et, avec les Américains, prendre de vitesse les Russes dans la reprise de l’exploitation du pétrole de la mer Caspienne. Le soulèvement abkhaze La Géorgie voisine, également devenue indépendante en 1991, a tenté en vain de se dégager de Moscou qui a rapidement compris le parti à tirer des divers courants indépendantistes du pays, en Abkhazie jouxtant, la Russie au bord de la mer Noire, en Ossétie du Sud limitrophe du Caucase russe et en Adjarie voisine de la Turquie. Dès le début de l’aventure du pétrole en Transcaucasie, à la fin du siècle dernier, la Géorgie a su en tirer profit par l’installation d’un oléoduc sur son territoire reliant la mer Caspienne à la mer Noire. L’une des ambitions d’Edouard Chevardnadzé est précisément de le remettre en service pour évacuer le pétrole azerbaïdjanais vers l’ouest du monde en évitant la Russie. Les difficultés Cet oléoduc pourrait, à terme, être concurrencé par un autre qui relierait directement Bakou à la Turquie, via l’Arménie en passant au nord du Nagorny Karabakh. Une route qui nécessite un règlement définitif du statut du Nagorny Karabakh. Ce à quoi s’emploient, conjointement et sans succès jusqu’à présent, les Etats-Unis, la Russie et la France. Le président arménien Levon-Ter-Petrossian, favorable à un règlement par étape de cette question, a démissionné début février en raison notamment de désaccords fondamentaux avec son premier ministre, Robert Kotcharian. Ce dernier, ancien président de la République autoproclamée du Nagorny Karabakh, défend farouchement un règlement global du problème. Du côté du Caucase russe, la situation n’est guère brillante. La Tchétchénie «une gare de triage» La Tchétchénie, considérée du temps de l’URSS comme «la gare de triage» des oléoducs régionaux, est depuis 1993 en rébellion ouverte contre Moscou. Samedi dernier, le président tchétchène Aslan Maskhadov a décidé de rompre toutes les négociations avec la Russie accusée de ne pas tenir ses engagements. Mais celle-ci avait déjà pris les devants en concluant l’année dernière avec l’Azerbaïdjan la remise en service d’un autre oléoduc entre Bakou et le port russe de Novorossisk, sur la mer Noire, permettant de contourner la rebelle Tchétchénie. L’exploitation de cet or noir caucasien ne sera totale qu’une fois apaisées, sinon réglées, toutes les tensions régionales, relèvent experts pétroliers et diplomates. Autant de difficultés auxquelles s’ajoutent les interdits posés par Washington contre l’Iran islamique, empêchant toute évacuation du pétrole caucasien vers le Golfe. (AFP)
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