Ce n’est pas la première fois que des industriels libanais exposent leurs productions au Liban. Mais leur dernier salon est une première pour celui qui veut ouvrir les yeux sur l’industrie nationale. Une industrie très inventive, présente dans tous les domaines; une industrie qui souffre, mais qui, après avoir survécu, existe et visiblement fait vivre directement et indirectement une partie importante de la population (environ 5000 emplois), même si elle est encore souvent proche de l’artisanat. Une abondante littérature a été consacrée aux professionnels et aux associations de ce secteur; c’est au tour du consommateur de l’interroger sur l’avenir de l’industrie libanaise et, en tout cas, de porter un regard admiratif devant autant de génie, cette fois productif. Depuis le 10 février et jusqu’au 15, le salon «Lebanese Industry Week» a ouvert ses portes aux professionnels libanais et étrangers, mais aussi au public, les 13, 14 et 15 courant. Les industriels ont donc invité, durant le mois du shopping (ce n’est pas par hasard), tout ce qui compte comme visiteurs, au Liban, durant cette période, mais aussi les consommateurs libanais, (vous et moi), à découvrir un secteur dont le seul véritable handicap est peut-être celui de ne pas savoir se vendre; être mal connu et connu en mal. Dans un pays où le commerce est roi, l’industrie a fait souvent figure de parents pauvres, alors que les premiers pas à travers cet espace de 5000 m2 de stands, groupant quelque 150 participants laissent découvrir une diversité dans les domaines les plus inattendus tels les cuveries en acier inoxydable ou encore les sets de rideaux exportés à Londres, sans compter les tissus les plus modernes et les épices les plus subtiles. Les quelques industries-phares telles celles de la céramique ou du papier-tissu sont bien sûr présentes, mais aussi celles, multiples, de l’agroalimentaire, des cosmétiques, de l’imprimerie ou encore des chaussures. Impressionnant est le nombre de fabricants d’objets en plastique ou issus de l’industrie chimique. Enfin, se côtoient aussi boiseries classiques ou anciennes et les multitudes de liquides tous produits au Liban (eau, jus de fruits, alcools, vins, etc.). Tous ces exposants témoignent d’un savoir-faire et d’un dynamisme qui dissuaderait du pessimisme qui entoure ce secteur, pourtant touché de plein fouet par la crise intérieure, mais pis encore, par la mondialisation des marchés qui n’épargne pas les pays industriels où la normalisation est à la traîne et dans lesquels l’OMC (Organisation mondiale du commerce) n’est encore qu’un concept abstrait. Résultat: une baisse de 7% environ des exportations en 97 et une chute de moitié des investissements dans ce secteur économique. Si les uns tentent d’incriminer les tarifs douaniers excessifs qui, certes, sont de toute façon voués à disparaître, à travers le monde, dans les prochaines années; les autres ne voient qu’une fatalité pour un domaine qui n’est pas la «vocation du Liban-pays des services». Quoi qu’il en soit, même si, depuis la fin de la guerre, les mesures de financement et d’aménagement de zones industrielles tardent, certaines améliorations seraient-elles possibles? Interrogé par «L’Orient-Le Jour», le ministre de l’Industrie, M. Nadim Salem, qui participe largement aux conférences du salon, s’est félicité du dernier accord avec les Syriens. «Cela va permettre, a-t-il dit, aux industries libanaises de produire davantage, alors qu’elles n’utilisent en moyenne que 30% de leur capacité de production. Avec l’allégement des droits de douanes, c’est un marché de 16 millions d’habitants qui s’ouvre et qui va permettre aux entrepreneurs libanais de poursuivre leur production à partir du Liban sans avoir à s’expatrier». Mais, pour le ministre, le plus important de ce salon tient «dans l’invitation du public libanais à découvrir sa propre industrie, de manière à prendre conscience de sa réalité, de son efficience dans le rapport qualité/prix et de sa diversité. Ce salon est, d’abord, le salon des industriels libanais pour les Libanais», a-t-il conclu. En fait, l’envers du décor, montre une industrie qui se cherche. Si plus d’une centaine de maisons ont été représentées, lors de ce salon, il reste étonnant de ne pas avoir aperçu quelques ténors des cimenteries ou encore des plus importantes unités de production de vin, entre autres. Par ailleurs, visiblement, les chefs des entreprises présentes sont souvent plus des artisans, connaissant leur art comme personne, un peu jaloux de leurs secrets et surtout angoissés par l’avenir et burinés par l’ingratitude des marchés. La solution? Lors d’un entretien, M. Nadim Assi, président de l’Association des commerçants, a lancé une idée qui devrait peut-être faire son chemin. «Les commerçants libanais ne sont pas les ennemis des industriels; le problème des taxes douanières doit trouver pour solution un équilibre, dans l’attente d’une disparition desdites taxes. L’industrie et le commerce doivent coopérer; l’industriel doit fabriquer et laisser le commerçant faire son métier. Ainsi, l’industrie bénéficiera du savoir-faire des commerçants qui, eux-mêmes, seront fiers de défendre les produits libanais. Ensuite, au consommateur, s’il est suffisamment informé, de faire son choix». Sans prétendre que cette suggestion soit la panacée, il n’en demeure pas moins vrai que les industriels-artisans manquent de punch commercial. Pour preuve, l’attitude souvent timide ou maladroite des «tenants de stands». Plus au fond, il est clair que si l’industrie libanaise offre des produits dont le rapport qualité/prix est bon, la tendance des marchés mondiaux et à l’excellence. Autrement dit, si la qualité de nos productions est manifestement bonne, est-elle au niveau de l’excellence de ceux qui, de plus, se permettent, à l’échelon mondial, de casser les prix? N’oublions pas que l’heure est à la «qualité totale». Ce salon est en tout cas une large porte ouverte sur le Liban authentique et productif. Il a l’avantage de justement propulser au devant de la scène des industriels quelquefois empreints d’un certain complexe. Pour être une première démonstration, c’est une réussite, à ne pas manquer! Gérard de HAUTEVILLE
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