L’expulsion du dissident Wang Bingzhang vers les Etats-Unis est une nouvelle preuve du changement d’attitude du régime chinois à l’égard d’un mouvement dissident toujours actif mais désorganisé, estiment à Pékin mardi diplomates et dissidents. «Il y a quelques années, Wang n’aurait jamais pu espérer une expulsion et aurait été condamné à une lourde peine de prison»: pour Wang Juntao, l’un des principaux activistes exilés aux Etats-Unis, le changement est réel. «Le gouvernement chinois ne veut plus répéter les erreurs du passé, a-t-il poursuivi lors d’une interview par téléphone depuis New York. Les pressions internationales ont porté leurs fruits et il cherche aujourd’hui à éviter tout risque de controverse sur la scène mondiale». Wang Juntao, considéré comme l’un des penseurs du mouvement démocratique de la place Tiananmen en 1989, a lui-même bénéficié de cette nouvelle politique. Condamné à 13 ans de prison, il a été libéré pour raisons médicales en 1994 et autorisé à suivre un traitement aux Etats-Unis. «Les autorités ne veulent plus s’encombrer de ce genre d’affaire, car elles ont compris que ce n’était pas payant sur le plan international», a confirmé un diplomate occidental. Les cas des dissidents les plus en vue étaient jusqu’à ces derniers mois régulièrement soulevés lors de visites de délégations occidentales en Chine ou bien dans le cadre de conférences internationales sur les droits de l’homme. «On est dans la continuité de la libération anticipée de Wei Jingsheng et de son expulsion vers l’étranger, a ajouté ce diplomate. Wang Dan devrait être logiquement le prochain sur la liste, probablement à l’occasion de la visite à Pékin du président Bill Clinton à la fin de l’année». Wei, 47 ans, considéré comme le père de la dissidence chinoise, a été autorisé à sortir de prison en novembre à condition qu’il parte pour les Etats-Unis. Wang Dan, 28 ans, l’un des meneurs des étudiants qui manifestaient sur la place Tiananmen au printemps 1989, purge depuis fin 1996 une peine de 11 ans de prison pour «subversion». Le régime chinois a compris qu’une fois à l’étranger, les dissidents perdaient de leur influence et ne présentaient plus aucun danger pour lui. «Le mouvement dissident en Chine n’est pas organisé et ne bénéficie pas non plus d’une structure solide à l’étranger, a commenté un sinologue européen. Les autorités chinoises tuent dans l’œuf toute tentative d’activité syndicale libre à l’intérieur, qui présente un risque réel pour le pouvoir, mais n’hésitent pas à expulser un dissident si cela peut éviter une nouvelle source de friction avec les Etats-Unis». Pour Wang Juntao, ce changement d’attitude est dû à Jiang Zemin, le numéro un du régime. «La seule possibilité qu’il a de contribuer à l’histoire de la Chine est d’être l’artisan de réformes politiques, car les réformes économiques resteront pour toujours comme l’héritage de Deng Xiaoping», a-t-il estimé. (AFP)
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