La démission du président arménien Levon Ter-Petrossian porte un coup sérieux au processus de paix engagé au Nagorny-Karabakh, même si les avis des experts divergent quant à la possibilité d’une reprise de la guerre dans cette région du Caucase. Le conflit du Nagorny-Karabakh, une enclave peuplée d’Arméniens à l’ouest de l’Azerbaïdjan, a été le plus meurtrier en ex-URSS jusqu’à la guerre de Tchétchénie, et a fait environ 20.000 morts et des centaines de milliers de réfugiés entre 1988 et mai 1994, date à laquelle une trêve entre Azerbaïdjanais et séparatistes arméniens a mis un terme aux combats mais n’a pas réglé le problème sur le fond. Depuis, les négociations ont peu avancé et butent toujours sur le refus des séparatistes de rendre les territoires conquis sur l’Azerbaïdjan en 1993 si Bako ne leur donne pas de garanties de leur souveraineté totale. Or l’Azerbaïdjan exige la reconnaissance de son intégrité territoriale et propose au Nagorny-Karabakh un simple régime d’autonomie que Stépanakert (la capitale) rejette. Le territoire n’a plus, depuis plusieurs années, aucun lien avec Bakou, et est ravitaillé depuis l’Arménie par hélicoptère ou par la route dite du «corridor de Latchine», conquise aux Azerbaïdjanais. La question du Nagorny-Karabakh est très sensible en Arménie, et Levon Ter-Petrossian, un modéré, était devenu l’avocat à Erevan des propositions faites par «le groupe de Minsk» chargé au sein de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) de négocier la paix. Il a d’ailleurs annoncé mardi sa démission face à l’opposition suscitée par ses efforts de paix au Nagorny-Karabakh. Ces propositions consistent dans l’adoption d’un règlement «par étapes»: restitution réciproque des terres occupées et instauration de «mesures de confiance», retour des réfugiés, ensuite seulement négociations sur le statut futur du Karabakh. Retour à la case départ «Nous sommes totalement surpris, les ambassadeurs du groupe de Minsk (coprésidé par la Russie, la France et les Etats-Unis) venaient de rencontrer M. Ter-Petrossian pour organiser la prochaine visite d’une délégation du groupe. Tout est suspendu maintenant», a déclaré une source proche du groupe de Minsk. L’inquiétude est d’autant plus grande que le nouvel homme fort de l’Arménie, le premier ministre Robert Kotcharian, originaire de Stepanakert, a été l’artisan de la victoire militaire très «musclée» des séparatistes arméniens sur l’Azerbaïdjan en 1992-1993. Cette victoire a consisté non seulement dans le contrôle militaire total du Nagorny-Karabakh, mais aussi dans la conquête de 8.000 kilomètres carrés d’une zone-tampon située en Azerbaïdjan proprement dit, entre le plateau séparatiste et les frontières de l’Arménie à l’ouest. Robert Kotcharian a en outre présidé à partir de 1994 le territoire, s’appliquant à édifier une véritable armée, équipée de chars et même d’une aviation, selon les séparatistes. «Les forces armées du Karabakh sont aujourd’hui les plus fortes et les plus professionnelles dans la région» du Caucase, selon une député russe spécialiste des problèmes arméniens, Galina Starovoïtova. Devenu premier ministre à Erevan, M. Kotcharian ne pouvait pas ne pas entrer en conflit avec M. Ter-Petrossian, qui a toujours évité de reconnaître l’indépendance du Nagorny-Karabakh — proclamée unilatéralement en 1991 et non reconnue par la communauté internationale — et n’a jamais reconnu l’engagement de l’armée arménienne dans la guerre. «Nous pourrions être revenus au point de départ», estime un expert des questions caucasiennes. De là à pronostiquer une reprise de la guerre, il y a toutefois un pas que beaucoup ne franchissent pas. «Bien sûr, nous assistons à des violations plus fréquentes du cessez-le-feu ces derniers temps mais le gouvernement azerbaïdjanais n’a pas vraiment besoin d’une guerre actuellement et va se mettre dans une position d’attente», estime un diplomate occidental à Bakou. (AFP)
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